La subtilité n'est pas forcément le meilleur moyen d'être entendu, ni compris. Après sa réunion du 27 avril, la Fed avait omis de mentionner que la situation économique et financière globale posait un risque comme elle le faisait six semaines plus tôt. Il y avait plus d'information dans ce qui n'était pas dit que dans ce qui était dit. Par comparaison, les minutes de cette même réunion ont le mérite de la clarté. Elles disent qu'une majorité de membres du FOMC était prête à voter une hausse de taux dès la réunion du 15 juin si trois conditions étaient réunies. 1) Que la croissance économique rebondisse au T2. 2) Que les conditions d'emploi continuent de s'affermir. 3) Que l'inflation progresse vers la cible de 2 % visée par la banque centrale. La majorité des statistiques économiques publiées récemment ont évolué dans le sens souhaité.
La phase d'assouplissement monétaire s'est refermée aux États-Unis d'abord avec le tapering du programme d'achat d'actifs (2013-2014) puis avec la sortie de la politique de taux zéro (2015). La communication de la Fed à destination des marchés financiers a dès lors totalement changé. Il n'est plus question de lier les futures actions monétaires à un calendrier comme c'était le cas dans la forme forte de forward guidance. C'est ce qu'exprime la notion de « dépendance aux données » mise en avant depuis plus d'un an.
On perd de la visibilité à court terme, comme le montre la versatilité des vues de marché. En contrepartie, il y a un recentrage sur le mandat. L'écart par rapport aux objectifs de la Fed, à savoir un chômage à 5 % et une inflation à 2 %, est minime, justifiant de donner à la politique monétaire plus de normalité.
Qu'en est-il de la « dépendance aux marchés » ? La Fed nie ce fait, mais ses hésitations des derniers mois laissent planer un doute. Si les investisseurs devaient juger que la Fed est trop agressive, ne risquerait-on pas un rebond du dollar pouvant amener la Fed à oublier son mandat pour s'en inventer un autre, par exemple celui de stabiliser les marchés mondiaux ? Le jeu du chat et de la souris entre la Fed et les marchés financiers n'est sûrement pas terminé.
Cet article est réalisé par Fidus

