Lors du sommet anticorruption à Londres, le Royaume-Uni a notamment promis d’imposer la transparence fiscale sur son marché immobilier. Stefan Rousseau/Reuters
Une cinquantaine de pays ont promis hier à Londres de renforcer la lutte anticorruption, à l'image du Royaume-Uni qui a pris des mesures contre l'argent sale dans l'immobilier, les ONG regrettant néanmoins le manque de progrès contre les paradis fiscaux.
« Nous chercherons à dévoiler la corruption où qu'elle se trouve, et à poursuivre et sanctionner tous ceux qui la commettent, la facilitent ou en sont complices », stipule la déclaration finale publiée à l'issue du sommet, auquel participaient aussi le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Parmi les signataires figurent les représentants d'une cinquantaine de pays, dont les présidents afghan Ashraf Ghani et nigérian Muhammadu Buhari, ou le secrétaire d'État américain John Kerry.
Les termes employés dans cette déclaration sont « étonnamment fermes » au regard du nombre de signataires, s'est réjouie Maggie Murphy, une responsable de l'organisation anticorruption Transparency International, en s'interrogeant toutefois sur les mesures concrètes qui en découleront.
Car au-delà de cette déclaration d'intention, ce sont surtout les promesses faites par les pays à titre individuel qui ont été saluées par les ONG. Régulièrement pointé du doigt pour sa complaisance envers ses propres paradis fiscaux, le Royaume-Uni a ainsi annoncé que « les entreprises étrangères qui possèdent ou veulent acheter un bien au Royaume-Uni devront désormais révéler le nom du véritable propriétaire ». Cette initiative a été suivie par cinq autres pays : la France, l'Afghanistan, le Kenya, le Nigeria et les Pays-Bas, tandis que six autres ont promis d'explorer cette possibilité.
Le Royaume-Uni, hôte critiqué
Le Royaume-Uni lui-même est critiqué pour le manque de transparence de ses territoires d'outre-mer : sur les 214 000 entreprises représentées par le cabinet panaméen Mossack Fonseca, au cœur des Panama papers, plus de la moitié sont domiciliées dans les îles Vierges britanniques. Celles-ci n'étaient pas représentées à Londres, pas plus que le Panama. L'implication de David Cameron dans les Panama papers a également terni sa crédibilité en tant qu'hôte du sommet.
Très attendue, la mesure sur les registres publics annoncée par M. Cameron vise d'abord les quelque 100 000 logements en Angleterre et au pays de Galles, dont 44 000 rien qu'à Londres selon les chiffres officiels, qui sont détenus actuellement par des sociétés offshore. Outre l'immobilier, Londres a annoncé la mise en place d'un échange automatique d'informations sur les registres avec la plupart de ses territoires outre-mer et des dépendances de la Couronne. Ainsi que la création d'un centre international d'enquête anticorruption basé à Londres.
Par ailleurs, treize pays, dont l'Afghanistan, l'Italie, la France et les États-Unis, se sont engagés à mettre en place de nouveaux critères dans l'attribution des marchés publics. Dix-neuf autres, incluant le Nigeria, ont promis d'améliorer la transparence quant aux achats de pétrole, gaz et dans le secteur minier.
À l'issue du sommet, Robert Palmer, de l'ONG Global Witness, a applaudi « un pas en avant ». « Mais la plus grande pièce du puzzle manque toujours : que les paradis fiscaux montrent patte blanche », a-t-il déclaré à l'AFP. Les annonces de M. Cameron « risquent d'être éclipsées par le fait qu'(il) ait manqué à sa promesse de 2013 de lever le voile du secret sur les paradis fiscaux britanniques », a ajouté Mark Goldring, directeur général d'Oxfam pour le Royaume-Uni.
(Source : AFP)

