Dans la peau d’une sage-femme de l’Angleterre médiévale, Nathalie Bécue entre en scène vêtue d’un tablier noué sur une robe en tissu épais. Photos Michel Sayegh
Dans la peau d'une sage-femme de l'Angleterre médiévale, Nathalie Bécue entre en scène vêtue d'un tablier noué sur une robe en tissu épais. Pour tout décor, quelques objets rustiques : un baquet en bois au sol, une chaise, une table, une cruche, un bol, un couteau et trois pommes.
Une scénographie dépouillée pour un puissant solo féminin. Et une pièce qui flirte avec le conte. Car L'apprentie sage-femme de Félix Prader, adapté du roman éponyme de l'Américaine Karen Cushman, est avant tout un captivant récit de vie. Celui d'une femme qui, dans la sombre Angleterre médiévale et campagnarde, réussit à conquérir son destin.
Car c'est du fumier qu'elle est sortie, cette accoucheuse âgée et respectée qui revient, dans un long monologue de 90 minutes, sur sa vie. D'un tas de fumier nauséabond dans lequel cette gamine abandonnée, sans origines, sans visage et sans nom, avait trouvé refuge. C'est là qu'elle a été découverte, transie de faim et de froid, par « La pointue », l'indispensable et revêche sage-femme du village. Elle la recueillera, en fera son apprentie et la surnommera « Le cafard » ou encore « la morveuse ». Malgré le dur labeur et la rudesse qu'elle lui fait subir, la petite, en œuvrant à ses côtés, se sent enfin exister. Et dans cet univers de souffrances à vif, elle apprend l'amour du métier. Au fil des expériences, des rencontres et des amitiés, elle deviendra Alice, une femme qui aura réussi à acquérir un savoir-faire mais aussi un « savoir-être » ... Devenant enfin un individu à part entière au sein de sa communauté. Au sein de la vie.
Au fil d'un texte à la fois cru et poétique, se dessine une belle figure d'héroïne modeste du quotidien. Porté par l'excellente Nathalie Bécue – ex-pensionnaire de la Comédie-Française, (longuement applaudie lors de la première, hier soir) qui incarne avec brio cette « accoucheuse » de vie, mais également l'ensemble des personnages hauts en couleur qui l'entourent – ce conte initiatique charrie un tas d'images et d'atmosphères oscillant entre rudesse et émotions. Et qui, outre le dépaysement d'une peinture d'époque, celle d'une Angleterre médiévale de misère et de superstitions, offre des résonnances intemporelles sur ce si nécessaire chemin d'apprentissage de la vie... Un spectacle familial (à partir de 14 ans) présenté à Beyrouth (à l'initiative de Persona Productions) tous les soirs jusqu'au dimanche 15 mai au Théâtre Monnot. Recommandé !
*Rue de l'église St-Joseph. Billets en vente dans les différentes branches de la Librairie Antoine et online sur Antoine Ticketing.

