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Nos lecteurs ont la parole - Élie Michel Nasard

Le confessionnalisme, cette maladie endémique

Mais pourquoi donc les maladies de la corruption et de l'injustice (objet de mes précédents articles), ainsi que du confessionnalisme (objet de cet article) ont trouvé chez nous le terreau propice à leur propagation ? N'est-ce pas à cause de la philosophie de la fondation-même de l'État libanais, basée sur le partage du pouvoir et des différentes administrations entre les nombreuses communautés religieuses qui fleurissent dans notre pays ? Ce fut donc la consécration du confessionnalisme.
Il se peut que, vu les grands bouleversements qui ont éclaté dans la région du Proche-Orient à la fin de la grande guerre et la situation précaire de la société libanaise qui en a découlé, la formule en question était provisoirement nécessaire, afin de convaincre les différentes communautés religieuses de cohabiter au sein d'un seul pays, dans l'intérêt de tous. Mais, hélas, après l'avoir vécue depuis 1920, en la confirmant en 1943 et en la reconfirmant en 1990, elle s'est transformée en malédiction, bloquant carrément la marche des institutions. Chaque fois qu'on veut élire un chef de l'État, il faut sonder sa communauté (sauf pour le prochain président, au grand dam des chrétiens...), ainsi que toutes les autres, une à une. Chaque fois qu'il faut nommer un Premier ministre, idem. Chaque fois qu'il faut nommer un directeur général appartenant à une communauté déterminée, on est de nouveau obligé de consulter les représentants de toutes les communautés.
Prenons l'état actuel des choses où les trois principales communautés se partagent les trois premiers postes de la république, suivies des Grecs-orthodoxes en tant que citoyens de 4e catégorie, des Druzes en 5e catégorie, des Grecs-catholiques en 6e catégorie, et puis suivent les autres : Arméniens-orthodoxes, Arméniens-catholiques, Alaouites, Évangéliques, et enfin les minorités Syriaques-orthodoxes,
Syriaques-catholiques, Assyriens, Chaldéens, coptes-orthodoxes, coptes-catholiques, latins, etc. Ainsi, un citoyen de confession alaouite est un Libanais de 9e catégorie, et un latin de 11e catégorie. Pourtant, la Constitution dit que tous les Libanais sont égaux devant la loi. C'est quoi cela ? Une devinette ?
C'est ce fléau qui a divisé les Libanais, en poussant certaines communautés à chercher la protection d'une nation plus importante et plus forte, appartenant généralement à la même confession et qui soit aussi proche géographiquement que possible, consacrant ainsi la vassalisation du pays.
La formule de répartition confessionnelle a vécu son temps jusqu'à 1975, après quoi elle a commencé à se transformer en malédiction génératrice d'injustice, de fanatisme, de corruption, de sous-développement, et souvent de misère et de décadence, le tout couronné parfois par des guerres civiles. On ne peut plus continuer comme avant, sinon ce serait la ruine. Il nous faut absolument un État laïc, ou (si le mot dérange certains) un État civil, où la religion sera séparée de l'État, et où le recrutement des fonctionnaires civils et militaires sera exclusivement basé sur la compétence, et ce comme première étape, mettons pour une période d'une dizaine d'années. Quant aux pouvoirs législatif et exécutif, ainsi que la présidence de la république, ils pourraient continuer à être répartis entre les différentes communautés, pour la même période d'essai, et ainsi, après ces dix années de test, on pourrait revoir ensemble la situation, en évaluer les progrès, afin d'entamer alors la 2e phase, pour parvenir un jour à avoir une administration et des institutions complètement et parfaitement laïcisées. Pourtant, sur ce plan, et quoiqu'on en dise, la Syrie (malgré les défauts du pouvoir avant 2011, et malgré la guerre qui y fait rage), nous a devancés de plusieurs décennies. Je suppose qu'actuellement c'est un des rares pays multiconfessionnels (non athés) authentiquement laïcs (dans la loi et dans la pratique) en Asie et en Afrique, où l'ethnie, la race, la religion, la langue maternelle sont complètement séparées de l'État.
Entre-temps, au Liban, la profusion de confessionnalisme à outrance dans les médias et (surtout) dans les talk-shows télévisés, qui a atteint un stade de laisser-aller frisant l'écœurement, devra immédiatement cesser, en application de la loi (car je crois qu'il existe une loi à cet effet), sinon cela pourrait mal finir, car, si nous persévérons dans cette voie, nous risquons d'arriver, entre autres, à une situation où l'on se contentera d'évoquer les noms des tierces personnes (objet d'une conversation entre deux individus) par leurs confessions, et non plus par leurs noms. D'ailleurs, nous ne sommes pas loin d'avoir atteint ce stade, parce que pas mal de Libanais utilisent déjà ce langage.
Pour revenir à la formule suggérée plus haut, évidemment cela n'est qu'une ébauche de plan, lequel est destiné à sauver le pays de l'effondrement total. L'essentiel c'est qu'il y ait la bonne volonté de sauver le Liban de l'impasse actuelle, quitte à confier la tâche de la déconfessionnalisation et de la laïcisation à des spécialistes reconnus pour leur compétence et surtout pour leur intégrité. Vivement un état civil, parce que cette situation ne peut et ne doit plus continuer, afin d'empêcher la gangrène du confessionnalisme/fanatisme de finir par dévorer le pays, d'autant plus que, depuis le début de la guerre en Syrie, un nouveau monstre est apparu, celui des jihadistes-takfiristes. Il y a donc urgence.

Élie Michel NASARD

Mais pourquoi donc les maladies de la corruption et de l'injustice (objet de mes précédents articles), ainsi que du confessionnalisme (objet de cet article) ont trouvé chez nous le terreau propice à leur propagation ? N'est-ce pas à cause de la philosophie de la fondation-même de l'État libanais, basée sur le partage du pouvoir et des différentes administrations entre les nombreuses communautés religieuses qui fleurissent dans notre pays ? Ce fut donc la consécration du confessionnalisme.Il se peut que, vu les grands bouleversements qui ont éclaté dans la région du Proche-Orient à la fin de la grande guerre et la situation précaire de la société libanaise qui en a découlé, la formule en question était provisoirement nécessaire, afin de convaincre les différentes communautés religieuses de cohabiter au sein d'un...
commentaires (4)

Il a fallu tout lire, pour croire que c'était encore possible !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

17 h 23, le 13 mai 2016

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Commentaires (4)

  • Il a fallu tout lire, pour croire que c'était encore possible !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    17 h 23, le 13 mai 2016

  • CE N,EST PAS LE COMFESSIONNALISME QUI PECHE... C,EST LA NON APPARTENANCE NATIONALE DE PLUS D,UNE COMMUNAUTE... ET LEURS APPARTENANCES RELIGIEUSE A DES CENTRES ETRANGERS !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    01 h 00, le 13 mai 2016

  • "Parce que cette situation ne doit plus continuer, afin d'empêcher la gangrène du confessionnalisme/fanatisme de finir par dévorer le Grand-Liban, d'autant plus que, depuis le début de la guerre en cette sœur-syrie ; n'est-ce pas ; lorsqu'elle a gangréné déjà ce pays avec, en sus, un nouveau monstre qui est apparu : Celui des jihadistes VS les fakkihîstes-takfiristes. Il y a donc urgence, mahééék ? !".

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 20, le 12 mai 2016

  • "La Syrie (malgré les défauts - Les défauts ou les Crimes ? - du pouvoir avant 2011, et malgré la guerre qui y fait rage - Pourquoi ne dites-vous pas guerre Confessionnelle ? -), nous a devancés de plusieurs décennies. Je suppose qu'actuellement c'est un des rares pays multiconfessionnels (non athées - pourquoi pas athée ? -) authentiquement laïcs (dans la loi et dans la pratique - Laïc dans la pratique alors que toutes les rênes du pouvoir sont entre les mains des Äalaouïtes ? -), où l'ethnie - nouSSaïrie, la race -äalaouïte, la religion - äalaouïte, sont complètement séparées de l'État." ! Sérieux ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 07, le 12 mai 2016

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