En remaniant le gouvernement saoudien, le roi Salmane et son fils Mohammad ont mis l'appareil d'État en ordre de marche pour lancer leur plan visant à rendre l'économie moins dépendante du pétrole, selon des experts.
Le roi a promulgué samedi une série de décrets royaux qui fusionnent plusieurs ministères afin de refléter les priorités de l'ambitieux programme « Vision saoudienne à l'horizon 2030 » présenté le 25 avril par le vice-prince héritier Mohammad ben Salmane.
« Cela montre qu'ils sont sérieux » et « essaient de changer », commente un banquier, pour lequel ces annonces vont « dans la bonne direction ».
Le premier exportateur mondial de brut évoque depuis longtemps la nécessité de diversifier l'économie pour sortir de « l'addiction du pétrole ». Mais l'effondrement des revenus pétroliers depuis deux ans a accéléré cet effort, sous l'impulsion du prince Mohammad qui dirige, à seulement 30 ans, le Conseil pour les affaires économiques et de développement.
Ce dernier a annoncé l'intention des autorités de vendre moins de 5 % de Saudi Aramco, première compagnie pétrolière mondiale, ce qui constituerait la plus grosse capitalisation boursière au monde. Le produit de cette vente contribuera à créer le plus gros fonds d'investissement au monde, de 2 000 milliards de dollars, et dont les profits pourront offrir une alternative aux revenus pétroliers.
« Aramco a un rôle-clé », explique une source industrielle pétrolière, en notant que ce n'est pas un hasard si le PDG de cette compagnie, Khaled al-Faleh, a été choisi pour diriger un superministère de l'Énergie, de l'Industrie et des Ressources minières.
M. Faleh a remplacé Ali al-Nouaïmi, ministre du Pétrole pendant plus de deux décennies. Selon un diplomate européen, l'élargissement des domaines de ce ministère reflète la volonté du pouvoir de développer d'autres sources d'énergie que le pétrole, qui représente encore aujourd'hui plus de 70 % des revenus de l'État.
L'Arabie saoudite a du potentiel dans les domaines solaire et éolien. Elle veut aussi dynamiser ses industries, notamment pétrochimique, militaire et minière.
M. Faleh est devenu le mois dernier président de Ma'aden, la compagnie minière saoudienne qui a été partiellement cotée en Bourse. « Je crois que les gens attendent beaucoup de lui », estime le diplomate.
« Gros paquebot »
Parmi les autres changements annoncés, le ministère de l'Eau et de l'Électricité est remplacé par celui de l'Environnement, de l'Eau et de l'Agriculture, alors que des Saoudiens sont de plus en plus nombreux à acheter des terres cultivables à l'étranger, notamment en Afrique de l'Est. « Il y aura certainement davantage de développement agricole à l'étranger », conformément à l'appel formulé par le plan du prince pour nouer « des partenariats stratégiques avec des pays dotés de ressources naturelles », poursuit le diplomate.
Une autre fusion concerne les ministères du Travail et des Affaires sociales. Le royaume, qui emploie des millions de travailleurs étrangers, cherche à améliorer les compétences de ses citoyens et à créer de nouveaux emplois pour ces derniers alors que plus de 35 % des Saoudiens ont moins de 19 ans.
Le ministère du Commerce et de l'Industrie est également rebaptisé ministère du Commerce et de l'Investissement, Riyad cherchant à attirer davantage d'étrangers tout en devenant une force mondiale pour l'investissement. Enfin, Ahmad al-Khulaifi a été nommé nouveau gouverneur de la Banque centrale.
« La façon dont il (le plan) a été structuré est très prometteuse », affirme Salah Saleh Sultan, de l'entreprise de services financiers Muscat Capital à Riyad. Mais il faut, selon lui, « plus de précisions » sur la manière dont sera effectivement mise en œuvre la « feuille de route » pour la transformation de l'économie.
Le banquier, qui a requis l'anonymat, souligne que l'intransigeance bureaucratique constituera le principal obstable pour le gouvernement. Car « il est difficile de manœuvrer un gros paquebot ».
Le diplomate européen cite, lui, d'autres défis, notamment le déficit d'institutions capables de former des Saoudiens pour remplacer des étrangers qualifiés.
Ian TIMBERLAKE/AFP


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