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Liban

« C’est ma boulimie de papier qui m’a conduit aux délices de l’écriture »

Vue de l’assistance, à gauche l’éditorialiste et sa famille. Photo Michel Sayegh

« Libanais d'origine, d'appartenance, d'enracinement, Mexicain de naissance, de filiation maternelle, de citoyenneté, c'est par inclination amoureuse que je suis tout aussi bien imprégné de France », a dit lundi, sur le ton de la confidence, Issa Goraieb, qui a assumé et exalté ce métissage tout au long de ses cinquante ans de vie professionnelle, dans la fidélité au devoir de gratitude envers la France, comme au service passionné de la francophonie. Voici le texte qu'il a prononcé lundi à la Résidence des Pins :
« Monsieur l'Ambassadeur, « C'est avec une sincère, une profonde émotion que je vous remercie pour l'accueil que vous nous réservez à l'occasion de ma réception, de vos mains, des insignes de la plus haute distinction de France.
« Je voudrais, en premier lieu, vous prier de transmettre ma profonde gratitude à Monsieur François Hollande, président de la République française, qui a bien voulu m'honorer en me nommant chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur. Je tiens à vous exprimer mes remerciements les plus chaleureux pour les démarches que vous avez personnellement déployées en vue de cette nomination qui m'emplit de fierté, ainsi que pour les termes extrêmement élogieux dont vous m'avez gratifié en évoquant mon parcours.
« Libanais d'origine, d'appartenance, d'enracinement, Mexicain de naissance, de filiation maternelle, de citoyenneté, c'est par inclination amoureuse que je suis tout aussi bien imprégné de France.
« Un père essentiellement arabophone, car, à peine sorti de l'adolescence, il avait dû quitter le collège et gagner les lointaines Amériques pour contribuer à la subsistance d'une famille nombreuse ; et une mère hispanophone, soudain transplantée aux antipodes de son Oaxaca natal, et qui m'a inculqué cette langue en tout point maternelle qu'est, pour moi, l'espagnol.
« C'est pourtant le français qui, dès ma petite enfance, s'est imposé tout naturellement à moi, comme à mes frère et sœurs (et ça continue de plus belle avec mes petits-enfants) comme langue d'expression, d'émotion, d'enrichissement culturel, de passion.
« De Tintin et Spirou à Jules Verne, et puis à des lectures dites plus sérieuses, c'est ma boulimie de papier qui m'a conduit aux premiers tourments de la réflexion et aux délices de l'écriture : pour tout dire au journalisme, profession que j'embrassais il y a exactement 51 ans, jour pour jour. Mon très talentueux chef de service de l'époque était l'homme d'exception, l'ami, Marwan Hamadé.

Le français, langue de résistance
« Dans le cadre de ma collaboration aux quotidiens Le Jour, puis L'Orient-Le Jour, le français devint alors langue d'opinion, de croyance, de résistance, de combat. Combat politique et social bien évidemment, au service de ces idéaux – qui nous sont communs – de liberté, de souveraineté, d'indépendance, d'unité, de fraternité, d'adhésion nationale, idéaux hérités des pères fondateurs, nos maîtres à penser, les géants Michel Chiha, Georges Naccache, Ghassan Tuéni.
« Combat pour la survie physique, pour la pérennité du journal, durant les quinze années de guerre qui ont ensanglanté le Liban. S'il me faut remuer ces pénibles souvenirs, c'est d'abord pour saluer la mémoire de ces martyrs du devoir que furent mon prédécesseur à la rédaction en chef, le grand Édouard Saab, et l'inoubliable collègue, amie, sœur, Fabienne Thomas, tous deux frappés par une disparition aussi prématurée que violente.
« C'est aussi pour adresser un confraternel salut à mes vieux compagnons de route, dont je m'honore d'avoir partagé la tenace résilience : Amine Aboukhaled, le cher Amine avec qui j'ai longtemps eu le privilège d'une symbiose, d'une complicité parfaites dans l'exercice de nos attributions, mes amis, les vétérans Camille Menassa, Nagib Aoun, Michel Touma, Roger Geahchan, Christian Merville, Élie Masboungi, Abdo et Maria Chakhtoura, Gaby Nasr, les regrettés Marie-Thérèse Arbid et Jean Issa, Josette Nahas, Thérèse Saber, l'irremplaçable petite maman de la bande, et bien d'autres.
« Combat intellectuel aussi, que le nôtre. Plus que jamais, L'Orient-Le Jour se voue à sa vocation naturelle qui est la défense et la promotion, au Liban et dans cette région, d'une langue porteuse, comme nulle autre au monde, d'une aussi formidable charge culturelle : précieux bagage face aux dérives et aux délires ultrareligieux qui cherchent à incendier la planète, s'acharnant tout particulièrement sur ce pays cher à nos cœurs, qu'est le vôtre, Monsieur l'Ambassadeur.

Gratitude et fidélité
« Oui, bien cher à nos cœurs. Si nombre de Libanais aiment tant la France, c'est surtout parce que la France aime, n'a jamais cessé d'aimer ce Liban dont elle proclamait l'émergence, dans ses frontières actuelles, en ces lieux mêmes pétris d'histoire. Un peu moins d'un siècle plus tard, bien des paramètres géopolitiques ont changé. Mais, malgré les moyens actuels des uns, et les attentes parfois démesurées des autres, ce qui n'a pas changé, ce qui jamais ne doit changer, c'est, pour les Libanais, le devoir de gratitude nationale ; c'est, pour la France, celui de fidélité à ces responsabilités qui sont le propre de toute mère.
« Et puisqu'il est question de mère, c'est en m'en tenant au cadre de la famille que je souhaiterais conclure. Jamais ma vie professionnelle, une vie de longues journées et de soirées de travail, d'absences forcées, n'aurait été possible sans l'amour, la compréhension, l'indéfectible soutien des miens. Merci, ma chère Youmna, d'avoir acrobatiquement, et si gaillardement, porté, tout à la fois, les casquettes de mère, de père, d'éducateur, d'intendant, et j'en oublie, durant les longues périodes où il ne m'était pas toujours donné de voir grandir nos deux fils Fouad et Amine : sans doute la plus belle réalisation de nos existences.
« Tant il est vrai que l'on n'a jamais réussi sa vie si l'on n'a pas réussi ses enfants : vérité sans cesse matraquée par Michel Eddé, le vaillant patriarche de cette belle et grande famille, celle de L'Orient-Le Jour, réunie ce soir ici et qu'il guide avec autant de cœur que de sagesse, de clairvoyance. Famille de tradition, L'Orient-Le Jour, mais aussi de renouveau ; famille qui n'a jamais ménagé son affection, ni son estime, à mon égard ; famille assurée, en retour, de mon propre attachement, de ma constante détermination à la servir.
« Mon vœu le plus ardent, ma ferme certitude est qu'en dépit des contraintes financières découlant de la crise mondiale de la presse, l'équipe, par son sang neuf, par sa quête d'excellence et son éthique, sa cohésion, sa solidarité – son esprit d'équipe, précisément – gardera vivace l'âme de ce journal. L'âme de ce journal étant bien vous-mêmes, chers compagnes et compagnons du quotidien.
« Je me dois enfin, Monsieur l'Ambassadeur, cher Emmanuel Bonne, de réitérer mes remerciements à la France et son chef ; à vous-même, qui m'aviez déjà honoré de votre amical intérêt avant même d'avoir posé le pied sur le sol libanais ; à l'ambassadeur et ami Patrice Paoli, ainsi qu'à toutes les personnes qui, avec vous, ont bien voulu me juger digne de cette haute distinction. Laquelle, soyez-en assuré, ne pourra que renforcer mes convictions quant à la pérennité de l'amitié franco-libanaise et mon engagement au service de la francophonie. Merci à vous tous et toutes. »

« Libanais d'origine, d'appartenance, d'enracinement, Mexicain de naissance, de filiation maternelle, de citoyenneté, c'est par inclination amoureuse que je suis tout aussi bien imprégné de France », a dit lundi, sur le ton de la confidence, Issa Goraieb, qui a assumé et exalté ce métissage tout au long de ses cinquante ans de vie professionnelle, dans la fidélité au devoir de gratitude envers la France, comme au service passionné de la francophonie. Voici le texte qu'il a prononcé lundi à la Résidence des Pins :« Monsieur l'Ambassadeur, « C'est avec une sincère, une profonde émotion que je vous remercie pour l'accueil que vous nous réservez à l'occasion de ma réception, de vos mains, des insignes de la plus haute distinction de France.« Je voudrais, en premier lieu, vous prier de transmettre ma profonde...
commentaires (3)

"Mon vœu le plus ardent, ma ferme certitude est qu'en dépit des contraintes, l'équipe de l'Orient-Le Jour, par son sang neuf, par sa quête d'excellence et son éthique, sa cohésion, sa solidarité – son esprit d'équipe, précisément – gardera vivace l'âme de ce journal.".

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

07 h 51, le 26 mai 2016

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Commentaires (3)

  • "Mon vœu le plus ardent, ma ferme certitude est qu'en dépit des contraintes, l'équipe de l'Orient-Le Jour, par son sang neuf, par sa quête d'excellence et son éthique, sa cohésion, sa solidarité – son esprit d'équipe, précisément – gardera vivace l'âme de ce journal.".

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 51, le 26 mai 2016

  • C,EST DANS L,AME ET DANS LE COEUR... DANS LES COMPORTEMENTS ET LES ACTES... QU,ON EST UN VRAI LIBANAIS... HONNEUR A MONSIEUR ISSA GORAIEB !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    10 h 16, le 04 mai 2016

  • Excellent. Emouvant. Poignant. Et tellement vrai !!!! Felicitations cher Issa pour cet honneur tant mérité.

    Tabet Karim

    09 h 06, le 04 mai 2016

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