Un soir de mai 1965, une nouvelle recrue, Issa Goraieb, frais lauréat des facultés de droit et des sciences économiques, se joint à l'équipe du Jour, une équipe qui, à l'exception de Jean Choueiri et Édouard Saab, était composée de novices déjà appelés à affronter un géant de la presse francophone, L'Orient.
Très vite, les plus talentueux et les plus assidus se distinguent. Au service étranger, Issa s'affirme, déborde le cadre étriqué de simple rédacteur, devient correspondant et fourbit ses premières armes d'éditorialiste. Les choses se précipitent alors. Georges Naccache rejoint Ghassan Tuéni, la fusion des deux journaux francophones se fait sur un fond de rivalité Nahj-Helf (chéhabisme et opposition libérale). La guerre – ou plutôt les guerres – du Liban apportent à la profession leur suite tragique. Naccache décédé, Tuéni devient ministre d'un cabinet d'exception, Saab tombe sous les balles d'un franc-tireur au passage de Barbir. Personnellement, je fais le choix de la politique au détriment du journalisme. Dans la nouvelle équipe déjà brillante et appelée à prendre la relève, Issa Goraieb, Amine Aboukhaled et Camille Menassa se répartissent des responsabilités aussi lourdes qu'éprouvantes. Ils sont assaillis de toutes parts : par les balles, les bombes et la faillite qui guette les organes de presse. C'est alors qu'un sauveteur se présente : Michel Eddé qui prend à sa charge morale et matérielle la survie de L'Orient-Le Jour. Dans les colonnes, ce sont les jeunes, Issa en tête, qui contribuent à ce sauvetage.
Hier, Issa Goraieb a été honoré par la France. Une juste reconnaissance de son talent, de sa probité et de son rôle national. C'est à nous désormais, Libanais de toutes souches, d'apporter à ce journaliste exceptionnel les signes de notre adhésion à des honneurs qui lui reviennent de droit.
Pour moi, le compagnon des "manchettes" et des éditoriaux créés et écrits à la lumière des bougies, ce frère jumeau du Chouf restera surtout, et pour toujours, l'ami d'une carrière et, plus encore, d'une vie.
Liban
Marwan Hamadé : Le compagnon, le frère et l’ami...
OLJ / le 04 mai 2016 à 00h00


"Issa Goraieb a été honoré par la France. Une juste reconnaissance de son talent, de sa probité et de son rôle national. Des honneurs qui lui reviennent de droit. Pour moi, ce frère jumeau du Chouf restera surtout, et pour toujours, l'ami d'une carrière et, plus encore, d'une vie.".
08 h 00, le 26 mai 2016