Moyen Orient et Monde

Le royaume et le pouvoir

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30/04/2016

Le président américain Barack Obama a soi-disant « apaisé les tensions » avec le roi saoudien Salmane avant la dernière réunion du Conseil de coopération du golfe à Riyad, la capitale de l'Arabie saoudite. Compte tenu du caractère tendu de la relation bilatérale (un long processus toujours en cours), cela est probablement le meilleur résultat que l'on pouvait raisonnablement espérer. Mais ce n'est pas suffisant.
La relation de l'Amérique avec l'Arabie saoudite est basée sur une approche de compromis pragmatiques visant à faire avancer des intérêts communs, le plus important d'entre eux consistant à maintenir la paix et la sécurité relative dans une région instable qui est vitale pour l'économie mondiale. Mais cette approche est rapidement en train de passer de mode. En effet, nous sommes entrés dans une nouvelle ère idéologique, dans laquelle le plaidoyer en faveur du pragmatisme, plutôt que des valeurs communes, est de plus en plus difficile.
Dans ce contexte, il n'est a donc pas très surprenant que des failles commencent à se faire jour au sein des relations bilatérales. Dans un récent entretien, Obama a décrit les Saoudiens (ainsi que d'autres alliés des États-Unis) comme des « parasites » de la politique étrangère américaine. Cela a suscité une discussion non seulement sur le fait de savoir si cela est vrai (les Saoudiens achètent d'énormes quantités de matériel militaire aux États-Unis), mais également de savoir si cela devait être exprimé au grand jour. Après tout, en politique comme dans la vie, toutes les convictions d'une personne n'ont pas à être partagées publiquement. Mais Obama ne s'est pas arrêté là. Au cours du même entretien, il a déclaré que l'Arabie saoudite avait besoin d'apprendre à « partager » le Moyen-Orient avec l'Iran, son ennemi juré. Et il a formulé une critique ouverte sur le traitement des femmes dans le royaume, en faisant valoir « qu'un pays ne peut pas fonctionner dans le monde moderne s'il réprime la moitié de sa population. »
Dans l'ensemble cependant, les responsables américains restent humbles dans les débats relatifs à l'Arabie saoudite. Bien qu'ils reconnaissent des « différences » avec l'Arabie saoudite au sujet des modalités de la lutte contre le terrorisme, ils ont l'air de faire part d'un désaccord entre Roosevelt et Churchill sur l'endroit précis où les Alliés devaient frapper l'Allemagne nazie.
En fait, les différences sont énormes et une grande partie s'ancre dans les attitudes et les politiques internes du royaume. Voyons par exemple quelle est l'approche de l'Arabie saoudite de l'État islamique (EI) et plus largement du radicalisme sunnite dans le monde arabe. On a souvent fait remarquer que les Saoudiens exportaient le terrorisme. Ce n'est pas le cas. Ce qu'ils ont fait consiste à encourager leurs propres radicaux (un sous-produit naturel du wahhabisme, la marque fondamentaliste de l'islam en Arabie saoudite) à commettre leurs actes terroristes ailleurs. Quand les radicaux quittent le pays, il en va de même de l'argent saoudien qui finance leurs activités violentes.
Au cours du mandat du président George W. Bush, les États-Unis ont collaboré avec les Saoudiens pour suivre les flux financiers vers les groupes radicaux et donc pour affaiblir les opérations de ces groupes dans toute la région, y compris dans l'ouest de l'Irak. Leurs efforts ont produit certains résultats. En fait, au lieu de se féliciter du succès supposé de l'augmentation des effectifs militaires américains en Irak en 2007, l'administration Bush aurait peut-être dû se vanter davantage de l'impact de cette initiative orientée sur le financement.
Malheureusement les efforts visant à interdire les flux financiers de l'Arabie saoudite ont considérablement été affaiblis après 2011, lorsque des régions de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient ont sombré dans le printemps arabe (une appellation qui devrait être remplacée par un terme moins gai et plus précis). Le chaos qui s'ensuivit a alimenté la propagation du sunnisme radical, une tendance à laquelle l'inattention de l'Arabie saoudite a sûrement contribué. Et l'Arabie saoudite a peu de chances de commencer à s'en soucier maintenant, au moment où elle est confrontée à une foule de problèmes, à commencer par les prix du pétrole au plus bas. Ensuite vient le conflit sur le processus de succession royale, avec l'effort du roi Salmane de consolider le pouvoir dans les mains de son fils de 30 ans, agressif et talentueux, mais pas particulièrement populaire, ce qui provoque un bouleversement considérable au sein de la famille royale élargie.
L'Irak pose un autre problème au royaume, par le fait qu'il est un exemple de consolidation du pouvoir politique chiite. Cet exemple, comme le craignent les Saoudiens, pourrait favoriser l'agitation politique dans la Province orientale à majorité chiite du royaume, où est basée la plus grande partie de la production pétrolière du pays. Si le gouvernement irakien consolide ses relations avec l'Iran, le risque pour la stabilité pourrait être encore accru.
Pour l'Arabie saoudite, ces défis sont prioritaires par rapport à une victoire sur l'EI, ce qui revient à la quasi-disparition du pays relativement à ce conflit. En effet, alors que de nombreux Saoudiens (pas nécessairement les élites) considèrent l'EI comme un mouvement barbare ayant à terme le potentiel de nuire à leur propre pays, ils sont prêts pour le moment à autoriser l'EI à poursuivre sa campagne violente. Après tout, malgré toutes les horreurs de Paris, Bruxelles et San Bernardino, les victimes de l'EI ont été, en général, des chiites.
Maintenant que les États-Unis ont « apaisé les tensions » avec les Saoudiens, le vrai travail doit commencer. Cela implique d'entamer une conversation honnête au sujet de la relation bilatérale, fondée sur une certaine reconnaissance du rôle central du wahhabisme dans la montée du radicalisme sunnite dans toute la région. L'Arabie saoudite ne peut plus se permettre de rejeter sa responsabilité, par exemple, sur la question du gouvernement de l'Irak à majorité chiite, à ne pas tendre la main à la communauté sunnite. Il appartient à tous les Saoudiens (et pas seulement à la famille royale), de faire davantage d'efforts pour modérer le radicalisme au sein des frontières de leur pays et au-delà.

© Project Syndicate, 2016.

Christopher R. Hill, ancien secrétaire d'État adjoint américain pour l'Asie du Sud-Est, doyen de la Korbel School of International Studies, Université de Denver et auteur de « Outpost: Life on the Frontiers of American Diplomacy ».

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Henrik Yowakim

En effet, alors que de nombreux Saoudiens (pas nécessairement les élites) considèrent l'EI comme un mouvement barbare ayant à terme le potentiel de nuire à leur propre pays, ils sont prêts pour le moment à autoriser l'EI à poursuivre sa campagne violente.

COMMENT LES SAOUDIENS PEUVENT ILS AUTORISER OU FINANCER L'ETAT ISLAMIQUE DONT LA RAISON D'ETRE EST DE FAIRE CHUETER LE REGIME DES BANI SAOUD, ET CE EN REETABLISSANT SUR LA PENISULE ARABIQUE LE CALIFAT ISLAMIQUE DU NOUVEAU HOMARD ?

ASSSEZ RIGOLEE L'ETAT ISLAMIQUE PRETENDUMENT ANTICHIITE A A CE JOUR BOUFFEE SURTOUT DES SUNNITES REBELLES EN SYRIE,EN IRAK AVEC LE GENOCIDE DES TRIBUS ARABES ET DERNIEREMENET AU YEMEN AVEC AU PASSAGE QUELQUES ATTENTATS ANTICHIITES FOLKLORIQUES POUR FAIRE PASSER LA PILLULE.

SECRETAIRE DES TAS DE MENSONGES ET D'HYPOCRISIE ADJOINTS CHRISTOPHER HILL CONTINUE LE MEME TRAVAIL D'OCCULTATION :A SAVOIR QUE LES ETATS UNIS CE MONSTRE NOMMEE DAECH POUR FAIRE PASSER LEUR STRATEGIE MOYEBN ORIENTALE.

QUANT AUX SAOUDIENS ILS FERAIENT MIEUX DE SORTIR DE LEUR BETE ALLEGEANCE AUX ETATS HONNIS.

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