Pour nous autres humains tout a commencé un beau jour, il y a 4,5 milliards d'années de cela, lorsque, par un concours de circonstances tout à fait fortuit, la force de l'univers fit graviter autour d'une étincelante étoile naissante une masse de matières au cœur brûlant, la Terre. Au fur et à mesure du refroidissement de notre système, cette planète, notre mère, prit la forme qu'on lui connaît aujourd'hui, et des couches tectoniques se formèrent à sa surface, glissant au gré des mouvements de convections sur une asthénosphère plastique sous-jacente, rentrant tantôt en collision, tantôt en répulsion, formant monts et océans, continents et dorsales. Puis, quelques centaines de millions d'années plus tard, notre atmosphère ayant accumulé les molécules mendéliennes nécessaires, le miracle arriva, la vie émergea à travers des organismes primitifs monocellulaires. L'environnement aidant, la création se fut de plus en plus diverse et farfelue. La morphologie, la psychologie, les instincts des différentes espèces créèrent un spectacle fantastique d'êtres en interaction constante. L'harmonie avec la nature, apanage de la flore, fut respectée par la faune uniquement mue par l'instinct, jusqu'au moment où l'intelligence fit son apparition telle une nébuleuse. L'homme, cet être faisant la synthèse de cette incroyable évolution tout juste décrite, prit petit à petit de l'assurance. En prenant conscience de son existence, de celle de son espèce et de son univers, il se mit à penser, à créer, à développer et à prier. Voyant ses semblables mourir, il fit appel à ce qu'il ne comprenait pas, à ce qui l'assujettissait en somme. Il implora les divinités.
Mais alors que les êtres disparaissaient, s'accumulaient sur la terre leurs résidus mortifères de carbones et d'hydrogènes. La gravité aidant, ils se mêlèrent au cycle de créations et de destructions de roches sédimentaires mu par la tectonique des plaques. L'organique et le minéral formèrent un couple inséparable, qui, tout en s'enfonçant dans les profondeurs, gagnait en homogénéité, en chaleur et en pression. S'ensuivit ensuite, à partir de ces matières organiques enfouies dans les roches, la formation du kérogène, mère des matières organiques des combustibles fossiles: charbon, gaz et pétrole.
Les années passèrent sur cette terre et en son ventre, donnant libre cours à l'accumulation de matière pétrolifère et gazifière, sans qu'aucun homme ne se doute qu'un jour son évolution le pousserait à creuser, forer, exploser, tout faire en somme, pour extirper à la terre son trésor noir à l'origine macabre. L'industrialisation en plein essor avalerait en quantité faramineuse ce liquide malpropre. Les économies en deviendraient entièrement aliénées. Les hommes s'armeraient de plus en plus lourdement, pour réclamer leurs parts, dessiner des cartes en fonction des gisements sous-jacents, détruire des nations et en créer d'autres.
Aujourd'hui, notre monde ne vibre qu'au rythme du baril, de son cours et de ses caprices. Qui l'eût pensé il y a 4,5 milliards d'années? Personne. Y avait-il matière à penser d'ailleurs? Nul ne le sait, ni le saura un jour. Quel drôle de monde quand même! Allez oust ! je m'en vais! Il me faut travailler pour participer à l'économie mondiale puisque tout ira bien, comme toujours n'est-ce-pas, dans le meilleur des mondes? Que diront mes enfants de mon indifférence plus tard? Que diront les leurs? Peu m'importe puisque je ne serai plus là (ami lecteur je te prie de bien vouloir percevoir l'ironie derrière, ou pas!).

