Les taux directeurs resteront inchangés dans leur fourchette 0,25-0,50 % à la prochaine réunion du FOMC. Il y a unanimité sur ce point, ce qui est étonnant au vu de l'évolution des marchés depuis la réunion du 16 mars. L'indice S&P500 a gagné 4 %, l'indice dollar a perdu près de 3 %. Que la Fed soit prudente quand les conditions financières se durcissent, on le comprend, mais pourquoi l'être quand ces conditions se détendent ? Il y a là une asymétrie. Asymétrie, tel est le nouveau concept-clé pour la Fed. Le discours de Janet Yellen, le 29 mars, le mentionne explicitement. D'un côté, si la croissance et l'inflation faiblissent, dit-elle, la Fed n'aurait que peu de moyens pour y répondre. À l'opposé, si l'économie s'améliore plus vite que prévu, la Fed pourrait facilement remonter ses taux. Dans ces conditions, la Fed prend moins de risque à ne rien faire plutôt qu'à poursuivre la lente normalisation de sa politique. D'où l'asymétrie...
Cet argument contredit ce que la Fed a souvent dit, à savoir qu'il est toujours possible d'assouplir avec des outils non conventionnels. Des années durant, le concept de forward guidance a été présenté comme un moyen de s'affranchir de la limite des taux zéro en jouant sur les anticipations de marché. De plus, si cela ne suffit pas, la Fed peut utiliser l'arme du QE. D'où vient alors l'asymétrie ? Elle montre que la Fed a une forte préférence pour le présent. Le FOMC craint les effets d'une hausse de 25 bp de suite mais n'a aucun problème à envisager des hausses rapides dans le futur. Le résultat est une politique monétaire qui réagit aux variations de l'inflation à court terme, sous l'influence du prix du pétrole. Cela correspond à une règle de Taylor inertielle où le taux d'équilibre est constant. Au vu des dernières prévisions du FOMC de mars 2016, il semble même que la Fed juge que le taux d'équilibre baissera en 2016. Dans les prochains mois, l'effet pétrole disparaissant, l'inflation va rebondir. La Fed aura alors à reprendre son cycle de hausse de taux, ce qui va à l'encontre de l'attente générale des marchés de taux. L'autre possibilité est que la Fed invente de nouvelles excuses pour différer les hausses de taux, mais le risque alors sera d'opacifier encore davantage sa fonction de réaction.
Cet article est réalisé par Fidus

