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Liban - La Vie, Mode D’Emploi

12 - Le salut par les sourires

À distribuer à la ronde et chacun à son tour.
Vous entrez dans un bureau : premier sourire sur une affiche qui vous avertit (condition sine qua non pour être servi) qu'un sourire ne coûte rien et illumine la vie. Vous encaissez l'avertissement et affichez votre sourire. La secrétaire sans doute affiche complet car elle ne vous sourit pas. Elle en a tant vu de pure commande et de mauvais aloi que les sourires elle n'en veut plus et s'en méfie. L'affiche est restée par négligence ou par ironie du sort. Lui aussi a son sourire, en coin.
Il y a une variété de sourires. Vous les détachez délicatement de votre album souvenirs comme les pétales d'une marguerite. Le sourire extasié pour tendre mari. Le sourire attendri pour enfants en furie. Le sourire câlin pour nouveau-né horrifié. Le sourire engageant pour sortie à la campagne. Le sourire allumé pour soirée arrosée. Le sourire musqué pour changer la musique. Le sourire mystique quand vos souliers vous martyrisent les pieds : les Chinoises, cela s'y connaît. Les sourires à maman, à papa et même à Mademoiselle. Enfin ...dans les romans pour bons enfants et charmants petits diables ! Les sourires gaillards, les sourires faiblards, les sourires soudards, toute la gamme des sourires à garçons. Il y a bien sûr les sourires aimants, mais ceux-ci vous les gardez pour vous : ils n'ont pas leur place dans cet inventaire des saluts truqués. Il y a les sourires zipper aussitôt fermés qu'ouverts. Juste pour dire qu'on ne vous sourit pas et que si vous ne comprenez pas et faites des réclamations, qu'on vous sourit mais que vous ne voulez pas le reconnaître, par pure mauvaise foi. Le sourire dégagé pour frimeur invétéré et le sourire pincé pour vieille demoiselle invariablement offensée. Les sourires en guirlandes qu'on achète cinq sous à la petite Cosette des rues. Les sourires guéguerres, pleins de drôlerie, et les sourires de guerre, pleins de dynamite. Les sourires maison, tout beurrés et tout dorés, et les sourires chinois, à un dollar le paquet. Le tout sourire pour vous envoyer à tous les diables et le sourire béat pour ceux qui y croient. Le sourire complice pour voleur de magot et poignard dans le dos. Les sourires lunaires jusqu'aux deux oreilles et les sourires d'hiver arrachés aux forceps. Le sourire mi-figue mi-raisin, pour faire le malin et cueillir un sourire, assurément cerise. Le sourire Mona Lisa (pouvait-on y couper ?), pour pèlerins japonais, amoureux transis, moqués et ravis. Le sourire Mona Lisa (pouvait-on ne pas y retomber ?), papillon échappant à tous les filets et dont Léonard lui-même ignore le secret. Le sourire si fin qu'il réussit à se glisser dans vos plus belles histoires pour les pourrir, sûr et certain. Le sourire dans la barbe et à la barbe de cette vieille barbe : le destin ! Le sourire narquois dans votre carquois pour jouer les Robin dans ce beau monde qui ressemble à s'y méprendre aux bois très sombres. Les sourires Signal pour signaler qu'on a refait toutes ses dents si blanches, si scintillantes, si étincelantes. Les sourires bon enfant et bonasses et bonnetier pour qui ne connaît ni les enfants ni la bonté et porte un bonnet pour tout dissimuler. Les sourires serpents pour qui connaît et les chausses et les trappes. Les sourires piteux pour jours pluvieux et cœurs essorés. Les sourires effilés pour les nuits des longs couteaux et à bras raccourcis. Les sourires filandreux qui s'effilochent à peine les effleurez-vous des yeux. Les sourires sans mat dérivant sur des mers démontées et holà matelot tu dors comme le meunier ! Les sourires de septembre quand il ne reste plus qu'à en sourire. Les sourires de défi sans gants et purs sangs. Les faux sourires sur des fausses dents comme une fausse note et un faux ami. Les sourires qu'on suspend à ses lèvres, pour sécher, tant ils sont mouillés de tous les pleurs rentrés. Les sourires araignées en quête de moucherons et des moucherons mordant à l'hameçon. Les sourires régaliens pour se régaler des deniers citoyens en battant monnaie et rappel des vieilles peurs du vilain. Les sourires tout lisses pour qui aime les glissades et les lapalissades. Les sourires carnassiers pour chasseurs en campagne, l'arme à la bretelle, allant au point du jour abattre des bartavelles sans ombre de gloire, par simple vice de tuer. Les sourires à la pelle et à la fourche et même à l'arrosoir. Il en poussera ainsi des milliers, comme les marguerites. Et la vie sera comme un immense sourire sur le visage du monde. Mais non, Eschyle disait mieux : la mer et son « innombrable sourire » ! Que meure le sourire sur vos lèvres et qu'on se repose un peu sur la grève !

À distribuer à la ronde et chacun à son tour.Vous entrez dans un bureau : premier sourire sur une affiche qui vous avertit (condition sine qua non pour être servi) qu'un sourire ne coûte rien et illumine la vie. Vous encaissez l'avertissement et affichez votre sourire. La secrétaire sans doute affiche complet car elle ne vous sourit pas. Elle en a tant vu de pure commande et de mauvais aloi que les sourires elle n'en veut plus et s'en méfie. L'affiche est restée par négligence ou par ironie du sort. Lui aussi a son sourire, en coin.Il y a une variété de sourires. Vous les détachez délicatement de votre album souvenirs comme les pétales d'une marguerite. Le sourire extasié pour tendre mari. Le sourire attendri pour enfants en furie. Le sourire câlin pour nouveau-né horrifié. Le sourire engageant pour sortie à la...
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