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Santé

Pour en finir avec les décès évitables de jeunes enfants

Scott Dowell est vice-directeur responsable de la surveillance et de l’épidémiologie à la Fondation Bill et Melinda Gates. Il a dirigé le département de la détection et de la réponse rapide aux maladies mondiales des centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies, et il a été professeur adjoint à la faculté de médecine de l’Université d’Emory à Atlanta.

À une époque où les données sont plus que jamais abondantes et accessibles, nous prenons généralement nos décisions en nous basant sur le plus grand nombre d'éléments que nous pouvons réunir. Plus la décision est importante, plus nous veillons à ce que notre recherche soit complète et nos informations exactes.
Pourtant, nous disposons de très peu de données concernant l'une des décisions les plus importantes à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui. Dans le cadre des Objectifs du développement durable (ODD) adoptés par les Nations unies en septembre dernier, la communauté internationale s'est engagée à mettre fin, d'ici à 2030, aux décès évitables d'enfants de moins de 5 ans. Or nous manquons presque totalement d'informations sur les causes de ces décès dans les régions qui connaissent les taux de mortalité les plus élevés. Nous savons que la plupart sont dus à des maladies infectieuses, mais nous ne savons pas lesquelles. Aussi, les éléments qui permettent d'allouer au mieux les ressources font défaut.
Depuis 1990, nous sommes parvenus à diviser par deux la mortalité infantile dans le monde. Il n'en reste pas moins que près de 6 millions d'enfants de moins de 5 ans continuent à mourir de maladies qui auraient pu être évitées. Quatre sur cinq des décès surviennent en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, des régions qui comptent très peu de médecins, et encore moins de pathologistes. Les investigations médicales standard sur les causes des décès sont rares. Dans de nombreux cas, les décès ne sont même pas enregistrés.
Quand on enquête sur les causes des décès, on le fait presque exclusivement par le biais d'une « autopsie verbale ». Quelque trois mois après la perte de leur enfant, on interroge les parents sur les circonstances entourant son décès. S'ils peuvent éventuellement indiquer que leur bébé souffrait de diarrhée ou que le rythme de sa respiration était accéléré, ils sont dans l'impossibilité d'identifier l'origine de ces symptômes.
La question est encore plus grave lorsqu'il s'agit des 45 % des décès qui surviennent pendant le premier mois de la vie de l'enfant. La mort est souvent classée simplement comme étant un « décès néonatal ». C'est un label qui n'apporte aucune information sur les causes du décès. Il est inutile et ne permet en rien d'éviter que d'autres familles soient victimes de la même tragédie.
L'expérience tirée des campagnes réussies, comme celles visant l'éradication de la poliomyélite ou le contrôle du virus d'Ebola, montre que s'il est relativement facile d'enregistrer des progrès, des efforts considérables et des données de surveillances très précises sont nécessaires pour parvenir à des résultats durables. C'est dans cet objectif qu'a été créé le Réseau de surveillance de la santé et de la prévention de la mortalité infantile (Champs, Child Health and Mortality Prevention Surveillance).
Ce programme – une initiative à long terme menée sous l'égide de l'Emory Global Health Institute, en partenariat avec l'Association internationale des instituts nationaux de santé publique, les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) et la Task Force for Global Health – va inclure une vingtaine de sites dans des lieux où les taux de mortalité infantile sont particulièrement élevés. Cela nous permettra d'enregistrer plus précisément les causes des décès et de suivre de près les progrès des campagnes de vaccination et des autres campagnes mises en œuvre.
On utilisera sur ces sites une nouvelle technique qui permet de prélever avec une aiguille des échantillons minuscules des principaux organes comme le foie ou les poumons, ce qui ne portera pratiquement pas atteinte au corps des enfants décédés. Pour parvenir à une image plus précise et complète de toutes les causes des décès, ces échantillons seront analysés dans des centres de référence et dans des laboratoires locaux qui auront bénéficié d'une formation spécifique.
Il sera alors possible d'intervenir de multiples façons pour diminuer la mortalité infantile, en fournissant à titre d'exemple de l'acide folique pour prévenir certaines anomalies à la naissance, ou encore en introduisant de nouveaux vaccins ou en traitant les infections à un stade moins avancé. Le réseau Champs fournira les informations nécessaires pour déterminer les mesures prioritaires.
Par ailleurs, chaque site contribuera à l'amélioration du système de santé publique des pays partenaires, en fournissant des données précieuses et un support technique. Au-delà de la réduction de la mortalité infantile, cela permettra d'améliorer la santé de l'ensemble de la population. Ainsi, les centres de référence produiront les données nécessaires pour lutter contre les maladies infectieuses ou pour détecter les signes avant-coureurs d'une épidémie.
Le réseau Champs n'en est qu'à ses débuts. Les sites viennent seulement d'être choisis, six d'entre eux sont financés par la Fondation Bill et Melinda Gates et bénéficient d'une première subvention de 73 millions de dollars pour les trois premières années. Il faudra trouver encore d'autres partenaires et davantage de financement pour étendre ce réseau et le maintenir à long terme. Et il faudra du temps avant d'en récolter tous les fruits.
Les premiers résultats sont encourageants. Les craintes relatives à une éventuelle réticence des parents à autoriser des prélèvements post mortem sur leurs enfants se sont avérées infondées. Bien au contraire, jusqu'à présent notre expérience montre que les parents veulent connaître la raison de la mort de leur enfant. À Soweto, en Afrique du Sud, où un site pilote de Champs est bien établi, les pères et les mères des enfants décédés reviennent dans les locaux pour connaître le résultat des examens post mortem – un niveau d'intérêt jamais atteint.
Le programme Champs pourrait avoir un impact plus important que tous les programmes auxquels j'ai participé au cours de mes vingt ans de carrière dans la santé publique. En identifiant avec précision les causes de la mortalité infantile, nous pourrons sélectionner les traitements les mieux adaptés et ouvrir une ère nouvelle, une ère dans laquelle les décès évitables d'enfants ne seront plus qu'un souvenir.

© Project Syndicate 2016. Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz.

À une époque où les données sont plus que jamais abondantes et accessibles, nous prenons généralement nos décisions en nous basant sur le plus grand nombre d'éléments que nous pouvons réunir. Plus la décision est importante, plus nous veillons à ce que notre recherche soit complète et nos informations exactes.Pourtant, nous disposons de très peu de données concernant l'une des décisions les plus importantes à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui. Dans le cadre des Objectifs du développement durable (ODD) adoptés par les Nations unies en septembre dernier, la communauté internationale s'est engagée à mettre fin, d'ici à 2030, aux décès évitables d'enfants de moins de 5 ans. Or nous manquons presque totalement d'informations sur les causes de ces décès dans les régions qui connaissent les taux de...
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