Le club le plus populaire de France, mais aussi le plus compliqué, est officiellement en vente : confrontée à une fronde des supporteurs, la propriétaire Margarita Louis-Dreyfus a annoncé son intention de céder l'Olympique de Marseille, plombé cette saison par de mauvais résultats sportifs. Et c'est une page de vingt ans qui va se tourner : Margarita Louis-Dreyfus a hérité du club en 2009 au décès de son mari, l'homme d'affaires Robert Louis-Dreyfus, qui l'avait acheté en 1996.
« Je comprends la frustration de ne pas voir l'OM pouvoir être compétitif à ce niveau et je vous informe que j'ai pris la décision de céder le club au meilleur investisseur possible pour le long terme », indique Margarita Louis-Dreyfus dans un courrier adressé aux supporteurs.
Visiblement le fardeau était devenu trop lourd à porter. « J'ai dû mettre à titre personnel plusieurs dizaines de millions d'euros, à ma connaissance aucune personne privée n'a consenti un tel effort », rappelle la propriétaire aux supporteurs, qui réclamaient son départ de façon virulente ces derniers jours.
Pour l'ancien président de l'OM Pape Diouf (2005-2009), il faudra un investisseur à la hauteur des espérances du public : « La difficulté sera de trouver l'argent nécessaire pour permettre à l'OM de se propulser dans la cour des grands. Il faut donc un repreneur prêt à dépenser beaucoup d'argent. »
Un des derniers clubs à grande notoriété sur le marché
La propriétaire, âgée de 53 ans, indique que « le prix n'est pas (sa) préoccupation première, par contre la capacité du nouvel actionnaire à construire une équipe qui gagne au plus haut niveau est essentielle ».
Pour un éventuel acquéreur, l'OM présente un énorme potentiel de notoriété. L'équipe est la plus populaire de France, encore devant le nouveau Paris SG doré des Qataris, et le seul club français vainqueur de la Ligue des champions (en 1993). Au niveau européen, la marque est encore assez connue : il ne reste pas beaucoup de clubs aussi « bankables » pour de riches investisseurs étrangers qui voudraient s'offrir une vitrine. D'ailleurs, les monstres européens ont tous trouvé preneur (Manchester United, Arsenal, Chelsea, AS Rome, Inter Milan), ou ne sont pas à vendre comme le Real Madrid, le FC Barcelone, le Bayern Munich ou la Juventus Turin.
Qui pourrait être intéressé ? Pas Bernard Tapie, l'ancien président des années dorées, « qui ne pense pas du tout au rachat ». En attendant, dans la corbeille, le nouveau propriétaire trouvera le centre d'entraînement RLD de La Commanderie, un bel outil de travail, et des fonds propres. Et la dette a été quasiment apurée par la gestion du président Vincent Labrune.
L'ombre du banditisme
Toutefois, l'OM n'est pas propriétaire de son stade, ce qui constitue un manque à gagner et un manque de souplesse pour un investisseur. Le Vélodrome appartient au consortium Arema (Bouygues), qui l'a construit et verse 12 millions d'euros par an à la ville. L'OM paie quant à lui un loyer de 4 millions d'euros fixe, plus une part variable, en fonction du taux de remplissage.
Certes, le prix des places n'est pas très cher (180 euros la saison en virage), mais Labrune a récupéré la gestion directe des abonnements, concédée aux associations de supporteurs dans les années 80 par Tapie.
Par ailleurs, l'OM n'en a pas fini avec les ennuis judiciaires. Les plupart des anciens présidents sont passés dans le bureau d'un juge, sur fond de soupçons de transferts douteux. Et la rumeur persistante de la présence du grand banditisme autour du club peut s'avérer décourageante pour un investisseur.
Enfin, « l'actif joueurs » vanté par Labrune a été déprécié par cette mauvaise saison. L'attaquant belge Michy Batshuayi trouvera-t-il une offre à 30 millions d'euros comme évoqué cet hiver ?
L'effectif compte également des joueurs en fin de contrat (Steve Mandanda ou Nicolas Nkoulou), qui pourraient quitter le club gratuitement, leur contrat n'ayant pas été renouvelé, tout comme André-Pierre Gignac ou Andre Ayew, partis l'été dernier.
Le nouveau propriétaire, s'il arrive avant la fin de l'année, devra donc construire un nouvel effectif. Et trouver un autre entraîneur, tant l'Espagnol Michel, arrivé en début de saison, est brocardé de toute part.
Seul espoir : l'OM, en déliquescence sur le plan sportif – le maintien en Ligue 1 n'est pas mathématiquement assuré – est encore en course en Coupe de France. Une demi-finale, a priori abordable, est programmée le 20 avril à Sochaux.
(Source : AFP)

