Les militants du mouvement civil regroupés devant le Palais de justice, alors que la première séance du procès contre Sukleen et Sukomi se déroulait à l’intérieur. Photo Sami Ayad
Hier était prévue la première séance du procès contre les compagnies Sukleen et Sukomi, chargées par l'État depuis 1997 de la collecte et du traitement des déchets de Beyrouth et du Mont-Liban. À l'issue de cette audience, le premier juge d'instruction de Beyrouth, Ghassan Oueidate, a décidé de reporter la séance au 25 avril.
Les poursuites ont été engagées par le procureur général financier, le juge Ali Ibrahim, suite aux plaintes présentées par l'ancien ministre Wi'am Wahhab, par le député Samy Gemayel, président du parti Kataëb, « contre tous ceux qui sont impliqués dans la corruption au niveau de ce dossier », et par deux municipalités, celles de Ghaylé et de Zakat.
Sukleen et Sukomi font partie du groupe Averda : elles sont poursuivies pour gaspillage des fonds publics et non-respect de leurs engagements, et Sukleen est soupçonnée d'avoir commis une fraude au niveau du volume des ordures, suivant les plaintes présentées. Rappelons que les dus des sociétés étaient prélevés de la Caisse autonome des municipalités, alors que les services ne concernaient que celles de Beyrouth et du Mont-Liban. Dans ce dossier, des poursuites sont également engagées contre les deux sociétés DG Jones and Partners et Laceco, pour avoir négligé leur mission de contrôle des deux entreprises précitées.
L'avocat Marc Habka, qui suit l'affaire du procès contre Sukleen au nom du parti Kataëb, explique à L'Orient-Le Jour que la séance a été reportée au 25 avril parce que le juge veut déterminer l'identité de la partie plaignante, étant donné que l'un des plaignants, l'ancien ministre Wi'am Wahhab, n'a pas envoyé de représentant. Selon lui, le représentant de DG Jones n'était pas non plus présent hier.
« L'audience a été reportée, nous souhaitons obtenir que la prochaine séance soit consacrée à l'interrogatoire, sans plus de retard », souligne Me Habka. Il confirme que le dossier de Sukleen est désormais grand ouvert et que le procès porte sur toute la période d'activité de la compagnie pour le compte de l'État libanais.
Selon l'agence al-Markaziya, durant la séance d'hier, le juge Oueidate a entamé son enquête en recevant de l'avocat de Sukleen et de Sukomi, Fouad Chbaklo, un mémorandum explicatif composé de soixante documents. Un mémorandum a également été présenté par l'avocat de Laceco, Abdel Razzak Momtaz. L'avocat de DG Jones, Bassam Abi Fadel, a présenté sa procuration au juge et précisé que l'employé chargé des opérations au sein de la compagnie, Kamal Abou Samra, représentera celle-ci ultérieurement.
Pour sa part, l'avocat Ziad Bitar, qui représente un nombre de municipalités, a rappelé à l'issue de la séance que ce n'est pas la première fois que des municipalités portent plainte contre les deux compagnies. Selon l'Ani, Me Bitar a demandé « au juge d'instruction d'élargir le cadre de l'enquête », soulignant qu'il existe « une décision de la Cour des comptes qui considère ces contrats signés entre l'État et les compagnies comme nuls ».
« Tout contrat avec ces compagnies est de fait illégal, même si le gouvernement a tenté de le légaliser par le recours au Conseil d'État, a-t-il ajouté. Les ministres des Finances et de l'Intérieur n'ont pas respecté la décision de la Cour des comptes, d'où le gaspillage de l'argent des municipalités pour le paiement des factures de Sukleen, sans pour autant que des services soient rendus aux municipalités des régions (en d'autres termes hors de Beyrouth et du Mont-Liban ».
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« Une victoire »
Alors que cette première séance se déroulait à l'intérieur du Palais de justice, le mouvement civil effectuait un sit-in à l'extérieur. « Le simple fait que le procès de Sukleen a lieu constitue une victoire pour le mouvement civil », a affirmé aux médias Nehmat Badreddine, du collectif « Nous demandons des comptes ».
Dans son communiqué, le mouvement civil a estimé que « le report de la séance au 25 avril est une preuve du sérieux du tribunal », annonçant un sit-in en parallèle à cette audience ce jour-là. « Durant deux décennies, la justice ne s'est pas saisie du dossier, alors même que le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) était chargé du contrat avec Sukleen, en l'absence d'appels d'offres, ce qui a permis à la compagnie d'augmenter ses prix bien au-delà des moyennes mondiales pour de tels services, profitant du système de partage des parts », dit le communiqué. Et d'ajouter : « Le temps de demander des comptes à Sukleen est venu. La compagnie a négligé ses obligations, a commis des fraudes et a touché des honoraires pour des services qu'elle n'a pas assurés et des contrats qu'elle n'a pas respectés. »
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