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Moyen Orient et Monde

Les enjeux du conflit du Haut-Karabakh

Décryptage

L'Arménie et l'Azerbaïdjan se disputent la souveraineté de la région, sur fond de tensions entre la Russie et la Turquie.

08/04/2016

C'est l'histoire d'un conflit territorial vieux de plusieurs siècles qui a réellement éclaté à la suite du démembrement de l'Union soviétique. Disputée entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, la région du Haut-Karabakh, majoritairement peuplée d'Arméniens, est rattachée à la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan à la suite d'une décision du bureau caucasien du comité central du Parti communiste du 5 juin 1921. Après l'éclatement de l'URSS, les habitants du Haut-Karabakh se prononcent, par le biais d'un référendum, en faveur de l'autodétermination. L'indépendance de la région est proclamée le 6 janvier 1992. S'ensuit une guerre entre les forces arméniennes et les forces azerbaïdjanaises qui fera près de 30 000 morts et des centaines de milliers de déplacés. Celle-ci prend fin avec la signature d'un cessez-le feu en 1994. Mais en l'absence d'un véritable traité de paix entre les différents protagonistes, la situation demeure extrêmement fragile et de nombreuses violations du cessez-le-feu sont signalées de part et d'autres chaque année.

 

Les sources de tensions ne manquent pas : la République du Haut-Karabakh n'étant pas reconnue par la communauté internationale, Bakou dénonce une violation de ses frontières puisque les forces arméniennes occupent 13 % de l'ensemble du territoire azéri. En réponse, Erevan revendique le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes promu par la Charte des Nations unies, puisque le Haut-Karabakh est, de facto, indépendant depuis 1994. Le statu quo militaire profite globalement à la République du Haut-Karabakh qui essaie, par le biais de la diaspora arménienne et par l'ouverture de représentations diplomatiques dans plusieurs pays (Liban, France, États-Unis), d'obtenir la reconnaissance internationale de sa souveraineté sur ce territoire.
Si le rapport de force militaire était jusqu'alors en faveur de l'Arménie, il est en train de s'équilibrer depuis plusieurs années. Bakou profite, en effet, d'un avantage démographique (9,3 millions d'habitants contre 3 millions pour l'Arménie) et d'importantes ressources énergétiques qui lui permettent de moderniser son arsenal militaire et de consacrer à sa défense un budget équivalent à celui du budget de l'État arménien.
Cette évolution explique, au moins en partie, la récente reprise des hostilités, les plus meurtrières depuis le cessez-le-feu de 1994, entre les deux pays. La guerre tiède, présentée à tort comme étant gelée, s'est sérieusement réchauffée depuis une semaine suite, vraisemblablement, à une offensive azérie. L'escalade militaire fait craindre la résurgence d'un conflit de haute intensité qui déstabiliserait tout le Caucase.

 

(Lire aussi : Dans le Nagorny-Karabakh, le cessez-le-feu de 1994 « n'est plus valable »)

 

Moscou maître du jeu
Contrairement à l'Ossétie du Sud ou à l'Abkhazie, l'enjeu du conflit du Haut-Karabakh dépasse la question territoriale puisqu'il met en concurrence, par alliance interposée, les deux grandes puissances de la région caucasienne, historiquement rivales : la Russie et la Turquie. Allié traditionnel de l'Arménie, Moscou est en position de force sur ce dossier. Principal fournisseur d'armes des deux parties, il peut utiliser le conflit comme un levier de pression sur la scène diplomatique. Il craint toutefois un débordement du conflit et une déstabilisation du Caucase du Sud. Samedi, Vladimir Poutine a appelé les deux parties à un « cessez-le-feu immédiat ».


Si M. Poutine a joué, au moins en apparence, la carte de l'apaisement, le président turc Recep Tayyip Erdogan a quant à lui pris fait et cause pour Bakou assurant à ce « pays frère » que la Turquie se tiendrait à ses côtés « jusqu'au bout ». Alors que les relations entre Moscou et Ankara se sont très largement refroidies depuis qu'un avion russe a été abattu par un missile turc en novembre dernier à la frontière turco-syrienne, les analystes craignent un nouveau conflit par procuration entre les deux pays, qui s'opposent déjà en Syrie. Liée à l'Arménie par le biais d'un traité de sécurité collective, la Russie ménage toutefois ses relations avec l'Azerbaïdjan. Moscou semble ainsi vouloir se présenter comme un intermédiaire entre les deux parties. Ils pourraient même proposer un déploiement des forces russes au sol pour assurer la paix, ce qui aurait l'avantage d'irriter Ankara au plus haut point. Si un affrontement direct entre les deux puissances est pour l'instant improbable, les provocations verbales qui animent les relations entre le « Tsar » et le « Sultan » font craindre le pire. Membre de l'Otan, la Turquie ne recevrait pas pour autant le soutien automatique de ses alliés en cas d'affrontement avec la Russie dans le Caucase, puisque la situation ne réunirait pas les conditions d'application de l'article 5 du traité de Washington.


Parce que la scène géopolitique du conflit du Haut-Karabakh est un carrefour stratégique entre les aires d'influences d'Ankara, de Moscou et de Téhéran, notamment pour l'acheminement des hydrocarbures, sa résolution ne peut intervenir qu'au niveau international. Le groupe de Minsk, coprésidé par la France, les États-Unis et la Russie, est chargé de trouver une issue à ce conflit. Mais la militarisation rampante de l'Azerbaïdjan et, surtout, l'implication croissante de la Turquie et de la Russie, rendent pour l'instant très improbable toute solution de paix à moyen terme.

 

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