Renaud place de la République, le 7 Janvier, en hommage aux victimes des attentats du 13-Novembre. Kenzo Tribouillard/AFP
Renaud, alias « le Phénix », revient ! La voix n'est plus aussi claire, mais le chanteur français, requinqué, débarrassé de ses démons et même réconcilié avec les « flics », livrera vendredi son premier album avec des chansons originales depuis 10 ans. « J'ai du mal à contenir mon impatience », a-t-il récemment confié sur les réseaux sociaux, en dévoilant à ses fans, tout aussi impatients, la liste des « 13 chansons (et peut-être une de plus) » de cet album sans titre, dont la pochette montre le « chanteur énervant » de 63 ans torse nu, les bras tatoués.
Il y a un an, ce retour paraissait hautement improbable. Le chanteur se tenait loin des studios, en proie à ses tourments intimes et aux excès de boisson, muet malgré une « renaudmania » grandissante, née du succès rencontré par deux albums de reprises en 2014. Et puis les choses s'accélèrent : le slameur Grand Corps Malade le convainc au printemps 2015 de reprendre la plume pour son album collectif, Il nous restera ça. Renaud écrit puis enregistre un texte adressé à son fils de 9 ans, Malone, baptisé Ta batterie. « Moi je ne fais plus beaucoup de bruit/Tu l'as remarqué déjà/Oublie tous les vautours/Ton papa est bien là », y murmure le chanteur dans cette chanson reprise dans son nouvel album. Ce texte en appelle d'autres, l'inspiration, que Renaud pensait asséchée, revenant au galop.
À la rentrée, il s'installe dans les studios ICP, à Bruxelles, en compagnie du guitariste Michaël Ohayon, chargé des arrangements. Ce dernier signe la majorité des musiques, les autres étant l'œuvre du chanteur Renan Luce, gendre de Renaud (pour trois d'entre elles), de Jean-Pierre Buccolo et d'Alain Lanty. Rapidement, Renaud constate toutefois que sa voix, usée par ses « années sombres », ne suit pas. Il fait alors un check-up complet dans une clinique : « Tout était nickel sauf un taux de potassium si bas que, du jour au lendemain, je pouvais mourir d'un malaise cardiaque, m'a expliqué le médecin », raconte « le Phénix » dans Causette.
« Puis j'ai rencontré un addictologue formidable et j'ai arrêté l'alcool. D'un coup net, c'était le 21 septembre », ajoute Renaud, qui affiche depuis son envie d'en découdre, comme en témoigne la chanson Toujours debout, sortie fin janvier. « J'suis retapé, remis sur pieds/Droit sur mes guibolles, ressuscité », clame-t-il dans ce titre-manifeste, en réponse aux « trous du cul » ou aux « enfoirés » qui ont voulu « m'enterrer » trop vite.
Tournée à l'automne
Cette chanson a mis du baume au cœur de ses fans, mais son ton offensif en a inquiété certains quant à sa capacité à renouer avec le second degré et l'humour, ses marques de fabrique.
De fait, Renaud laisse plutôt percer sa nostalgie dans son album hanté par des disparus, les victimes des attentats de janvier 2015, à Charlie Hebdo notamment, hebdomadaire où il a récemment repris sa place de chroniqueur. Avec J'ai embrassé un flic, inspiré par la marche républicaine après les attentats, Renaud tente ainsi de se réconcilier avec ces « flics » qu'il a tant fustigés par le passé, mais aussi avec la communauté juive, « qui m'a un peu maltraité pour mon engagement propalestinien », comme il l'a confié dans le magazine L'Express. Autres disparus dont il se souvient : l'humoriste Coluche et le chanteur Georges Brassens.
La sortie de l'album a été précédée, hier, de la parution d'un recueil de ses chroniques écrites dans Charlie Hebdo dans les années 1990 (éditions Hélium). Enfin, Renaud effectuera une tournée en octobre.
Anthony LUCAS/AFP

