Décryptage

Comment comprendre la présence de l’EI dans le sud de la Syrie

Grâce aux « moubaya'a » secrètes, l'État islamique peut se passer d'une conquête territoriale coûteuse, tout en affirmant son emprise à l'échelle microlocale et sans détenir de territoires.

Des combattants du régime syrien dans la ville de Palmyre au lendemain de l’annonce de la reconquête de la ville. Maher el-Mounès/AFP

La défaite significative du groupe État islamique (EI) à Palmyre, avec l'espoir pour le régime syrien de reconquérir d'autres régions, dont Deraa au sud, Deir ez-Zor et Raqqa à l'est, où se trouve l'un des principaux commandements de l'EI, tend à faire oublier une autre réalité de terrain moins perceptible : la présence plus discrète, mais néanmoins affirmée, de l'organisation radicale dans le sud de la Syrie. En développant une stratégie de noyautage pour infiltrer des groupes ou sous-groupes concurrents grâce aux allégeances secrètes, l'EI a progressivement établi son autorité dans des zones pourtant soustraites à son influence.

De récents conflits entre forces locales à Bir al-Qassab (entre Soueida et Bosra dans le sud de la Syrie) ont révélé le ralliement des tribus à l'EI, sans rattachement officiel et institutionnel ni présence physique d'une direction du groupe. Les moubaya'a (serments d'allégeance) secrètes s'inscrivent dans la doctrine de la taqiya wal ketman (la dissimulation et l'occultation, sans reconnaissance formelle), ce qui permet à l'EI d'affirmer son autorité dans des localités où il ne dispose pas d'ancrage territorial suffisant, ni de ressources d'organisation et de contrôle de l'espace.

Officiellement, les groupes affiliés secrètement à l'EI conservent donc leur nom et leurs étendards idéologiques, ce qui les rend difficilement identifiables. Leur allégeance ne se révèle que lors d'affrontements avec d'autres groupes armés et par la posture qui consiste à refuser de nouer des alliances avec d'autres forces locales pour faire front commun, ou de se battre contre l'EI.

(Lire aussi : Palmyre : une victoire militaire, symbolique et politique pour Assad, mais...)

 

Sokhné vs Palmyre en 2015
Ainsi, le groupe Harakat al-Mouthanna, qui faisait partie du Front sud – l'opposition militaire, soutenue par Riyad –, a explicitement admis le ralliement de groupes armés à l'organisation État islamique. Des informations obtenues sur le terrain tendent à confirmer que Attiyé Schéhadé Awad, l'un des précédents chefs de Liwaa Chabab al-Sunna, autre groupe de la coalition militaire du Front sud, avait également fait allégeance secrète à l'EI. D'autres groupes ont, par leur refus systématique de faire alliance avec des forces opposés à l'EI sur le terrain, éveillé les soupçons sur une probable affiliation au groupe (comme Liwaa Chouhada al-Yarmouk, qui occupe une bande frontalière stratégique de 40 km établissant une jonction entre la Syrie, la Jordanie et le Golan, et conserve son autonomie locale). Jabhat Thouar Sourya, avec à sa tête Oussama Joulani, s'est également illustré par son refus persistant d'engager des opérations contre les combattants de l'EI.

Dans cette configuration, l'organisation peut se passer d'une conquête territoriale coûteuse, au cours de laquelle elle est amenée à éliminer les autorités concurrentes, tout en affirmant son emprise à l'échelle microlocale, sans détenir de territoires. Tout cela en brisant simplement les allégeances entre de petits groupes d'opposition fragmentés et en les contrôlant de facto. La prise de Palmyre par l'EI, en mai 2015, illustre avec force l'efficience du ralliement des composantes tribales locales ou des groupes armés dans la stratégie de conquête territoriale de l'EI. Les rivalités historiques et le conflit larvé entre Palmyre et Sokhné avaient conduit les tribus de la localité de Sokhné à faire serment d'allégeance à l'EI et à prendre la ville au nom de l'organisation. Laquelle, en contrepartie d'une aide financière et militaire répondant aux besoins locaux, a revendiqué sa souveraineté territoriale sur Palmyre après l'arrêt des combats.

Dans le Sud, l'absence de reconnaissance officielle de ces allégeances rend difficile l'évaluation des forces supplétives de l'organisation et de leurs capacités offensives. Cette nouvelle configuration pourrait, le cas échéant, se révéler menaçante pour la stabilité et la sécurité de la Jordanie.

 

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La défaite significative du groupe État islamique (EI) à Palmyre, avec l'espoir pour le régime syrien de reconquérir d'autres régions, dont Deraa au sud, Deir ez-Zor et Raqqa à l'est, où se trouve l'un des principaux commandements de l'EI, tend à faire oublier une autre réalité de terrain moins perceptible : la présence plus discrète, mais néanmoins affirmée, de l'organisation...

commentaires (3)

Comment comprendre la présence de l’EI dans le sud de la Syrie FACILE A COMPRENDRE CE SONT SUREMENT DES CHABIHHA DU REGIME BAASSYRIEN QUI SE SONT RECYCLEES DANS L'ETAT ISLAMIQUE

Henrik Yowakim

03 h 15, le 03 avril 2016

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Commentaires (3)

  • Comment comprendre la présence de l’EI dans le sud de la Syrie FACILE A COMPRENDRE CE SONT SUREMENT DES CHABIHHA DU REGIME BAASSYRIEN QUI SE SONT RECYCLEES DANS L'ETAT ISLAMIQUE

    Henrik Yowakim

    03 h 15, le 03 avril 2016

  • Article très intelligent, mais qui parle de la Jordanie en omettant de parler des voleurs de terre sunnito /chrétienne de la Palestine usurpée parles juifs disrael.

    FRIK-A-FRAK

    12 h 19, le 02 avril 2016

  • "Dans le Sud, l'absence de reconnaissance officielle de ces allégeances pourrait, le cas échéant, se révéler menaçante pour la stabilité et la sécurité de la Jordanie." ! De la Jordanie ? Non point du "régime" bääSSyrien ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 29, le 02 avril 2016