Une plateforme gazière israélienne en mer Méditerranée. Les découvertes de gaz au large d’Israël ont fait entrevoir l’indépendance énergétique à un pays tributaire de l’étranger en la matière. Amir Cohen/Reuters
La décision de la Cour suprême israélienne empêchant le gouvernement de donner à un consortium israélo-américain une garantie de 10 ans sur l'exploitation du gisement gazier Leviathan pourrait retarder l'émergence de l'État hébreu en tant qu'exportateur de gaz naturel de premier ordre, ont déclaré hier les deux entreprises concernées, l'américain Noble Energy et l'israélien Delek Group.
Israël espère toujours vendre dès 2019 le gaz du gisement Leviathan, le plus important du pays, à au moins l'Égypte, la Jordanie et la Turquie, et ainsi modifier ses relations avec ses plus proches voisins. Mais la Cour suprême est venue dimanche contrecarrer cette ambition. L'institution a expliqué que sa décision de suspendre l'accord entre l'État hébreu et le consortium israélo-américain se fondait sur le rejet d'une clause « inacceptable », qui empêchait la modification de l'accord pendant une décennie, et elle a donné au Parlement un an pour l'amender. Noble a estimé hier que la décision de la cour était décevante et « constitu(ait) un risque de plus pesant sur le calendrier de Leviathan », en vertu duquel les sociétés espèrent lancer l'exploitation du gisement d'ici à la fin 2019.
Yossi Abu, directeur de la filiale de Delek Delek Drilling and Avner Oil, a cependant déclaré que son entreprise travaillerait avec le gouvernement israélien afin de trouver une alternative à la clause de stabilité et ferait tout pour éviter les retards. « Nous sommes concentrés sur le fait de trouver une solution afin de respecter les délais que nous nous sommes fixés », a-t-il expliqué hier à Reuters, ajoutant qu'il espérait que la décision de la Cour suprême ne diminuerait pas les possibilités d'exportation. Le président de Noble Energy, David Stover, a pour sa part jugé hier que la décision était porteuse d'instabilité. « Le développement d'un projet de cette taille, qui nécessite de multiples investissements sur plusieurs années, requiert qu'Israël garantisse un climat d'investissement stable. » « Noble Energy a toujours mis en avant le fait que la stabilité était une condition de base pour le développement du projet, et notre position n'a pas changé », a-t-il poursuivi, concluant par un appel au gouvernement de Benjamin Netanyahu : « C'est maintenant au tour du gouvernement israélien d'offrir une solution qui remplit au moins les conditions de l'accord, et de l'offrir rapidement. »
Pas le dernier mot
Le Premier ministre israélien s'était déjà rendu devant la Cour suprême en février pour défendre l'accord signé en 2015, une première dans l'histoire d'Israël. « L'accord actuel n'a pas d'alternative et s'il n'est pas approuvé, cela aura des conséquences négatives pour le pays », avait-il plaidé devant les juges. Mais les détracteurs de cet accord estiment qu'il favorise les intérêts des deux entreprises aux dépens des consommateurs. Ils avaient donc demandé à la Cour suprême de le bloquer, dénonçant également des manœuvres du Premier ministre pour contourner la législation antimonopole.
Selon Yehonatan Shohat, analyste chez Leader Capital Markets, une des premières banques d'investissement israéliennes, il y a aujourd'hui plus de chances pour que M. Netanyahu retourne à la table des négociations plutôt qu'il cherche à faire voter une nouvelle loi. « En fin de compte, (cette décision) est une mauvaise nouvelle pour les associés, mais selon nos estimations, et étant donné la sensibilité du sujet, le dernier mot n'est pas encore dit », ajoute-t-il.
Le chef de l'opposition israélienne Isaac Herzog s'est félicité d'une décision de justice « correcte et courageuse ». Le ministre de l'Énergie Yuval Steinitz, l'un des plus fervents défenseurs de l'accord, a quant à lui déploré une décision « pitoyable » qui va nuire « à l'économie, la sécurité énergétique et (au) développement gazier » du pays, et occasionner des « pertes de revenus à Israël et ses citoyens ». La ministre de la Justice Ayelet Shaked a jugé dans un communiqué qu'il était « inacceptable que le gouvernement porte la responsabilité de la prospérité de l'État, mais n'ait pas l'autorité pour agir ».
Un premier accord entre le gouvernement, Noble Energy et Delek Drilling avait déjà été remis en cause en décembre 2014 par l'autorité de la concurrence.
Lire aussi
Chypre lance de nouveaux appels d'offres pour l'exploration de gaz au large de l'île
Netanyahu a défendu son accord sur le gaz devant la Cour suprême
Malgré les polémiques, Israël donne son feu vert à l'exploitation de Léviathan


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine