Photo archives AFP
Le secteur de la volaille libanaise est-il en crise ? C'est en tout cas ce que suggèrent les appels répétés du syndicat des éleveurs de volaille. L'organisation, qui représente aussi bien les éleveurs de volaille – soit plus d'un millier de fermes – que les producteurs d'œufs – environ 200 centres de production –, demande depuis février une augmentation de 30 à 50 % des tarifs douaniers pour limiter les importations de produits concurrents. « L'administration n'a toujours pas donné suite », indique une source au syndicat.
« Les producteurs locaux sont aujourd'hui concurrencés par les volailles brésiliennes et françaises », déclare à L'Orient-Le Jour le trésorier de l'antenne libanaise de l'Association mondiale d'aviculture scientifique (WPSA), Samir Cortbawi. « Une partie de la production brésilienne arrive sur le marché libanais via les Émirats arabes unis pour bénéficier des accords douaniers qui existent entre Beyrouth et Dubaï depuis les années 2000 », souligne-t-il encore avant d'ajouter que cette concurrence « s'est intensifiée ces quatre derniers mois ».
Le syndicat des éleveurs de volaille attribue ces difficultés « aux aménagements des tarifs douaniers sur la majorité des produits importés dans le cadre des accords commerciaux conclus par le Liban, notamment la Grande Zone arabe de libre-échange – Gzale, signés par le gouvernement de Rafic Hariri en 2004 – et l'accord d'association entre le Liban et l'Union européenne qui est entré dans sa phase active en 2014 ». Selon les douanes, les importations de viande de volaille brésilienne ont dépassé 18 millions de dollars en 2015, ce qui représente 75 % de la valeur totale des importations annuelles dans cette catégorie, contre 12 % pour celle en provenance des Émirats arabes unis – près de 3,1 millions de dollars sur la même période, soit la quasi-totalité des importations des pays de la Gzale. Les importations de volailles vivantes – qui ont atteint près de 5 millions de dollars en 2015 – ont été dominées par les produits français qui ont représenté plus de 70 % de ce total sur la même période, soit plus de 3,5 millions de dollars.
Contrebande
À cette concurrence « légale » s'ajoute celle issue de la contrebande et qui concerne principalement la viande de volaille en provenance d'Ukraine. « L'Ukraine a perdu ses débouchés sur le marché russe (suite à la crise de 2013) et exporte ses produits vers la Syrie. Une partie de cette production est ensuite détournée vers le Liban », explique le consultant avicole Alfred Moukarzel. Si aucun acteur n'est en mesure d'estimer la valeur de ces importations illégales, elles seraient en tout cas sans commune mesure avec celles déclarées : en 2015, les douanes ont laissé entrer pour plus de 1,5 million de dollars de volailles ukrainiennes – soit 6 % du total –, et n'ont relevé aucun transit de ce type de marchandises entre le Liban et la Syrie.« Les importations issues de la contrebande transitent au niveau de la région du Hermel (Békaa-Nord) pour se retrouver sur un marché libanais déjà saturé », expose M. Cortbawi. La WPSA estime à 60 millions le nombre de volailles élevées et traitées chaque année au Liban pour une consommation annuelle d'environ 35 kilos par habitant. La production est essentiellement destinée au marché local et les exportations totales de volailles ont à peine dépassé 1,2 million de dollars en 2015, ce qui accentue la vulnérabilité des éleveurs face à la concurrence étrangère. « Dans ces conditions, toute la viande qui n'est pas absorbée par la demande intérieure est congelée et stockée jusqu'à ce qu'elle soit vendue à perte ou devienne impropre à la consommation », explique encore M. Cortbawi.
La poule ou l'œuf ?
« Cela a accéléré la chute du prix de vente du kilo de poulet qui se situe aux environs de 1,40 dollar le kilo de volaille, pour un coût de production qui peut grimper jusqu'à 1,70 dollar pour les petits exploitants », conclut M. Cortbawi.
Mais pour certains professionnels du secteur avicole, une partie des éleveurs de volaille amplifient la gravité de la situation pour renforcer leur position sur le marché en appelant l'État à l'aide. « Les grands groupes de producteurs de volailles sont loin d'être mal lotis », glisse M. Moukarzel. Hawa Chicken, l'un des plus gros producteur de volaille au Liban, a par exemple récemment décidé de doubler ses capacités de production en construisant une nouvelle usine à Anfeh (Liban-Nord) – un projet évalué à 52,6 millions de dollars financé avec l'aide de l'Autorité de développement des investissements au Liban (Idal).
« Ce sont surtout les producteurs d'œufs qui sont sur le point de mettre la clef sous la porte, avec un prix de la caisse de 360 œufs qui reste bloqué aux environ de 20 dollars, soit 10 dollars en-dessous du coût de production », expose M. Moukarzel. En plus de ces difficultés, ces derniers doivent aussi composer avec les pertes de débouchés sur les marchés syrien et irakien depuis les années 2000 ainsi qu'au même phénomène de contrebande de produits ukrainiens qui touche les volailles. « La majorité des exportations libanaises d'œufs (estimées à plus de 2,2 millions de dollars en 2015) était absorbée par ces deux pays », confirme Daoud Filo, un exportateur spécialisé dans l'expédition de ce type de marchandise. « La situation est devenue particulièrement dramatique depuis la fermeture de la frontière syro-jordanienne en avril 2015, qui a coupé nos dernières possibilités de limiter la casse », poursuit-il, avant de souligner « l'inadaptation du programme de soutien aux exportations maritimes mis en place depuis octobre par Idal aux difficultés rencontrées par les exportateurs d'œufs ».
« Les producteurs locaux sont aujourd'hui concurrencés par les volailles brésiliennes et françaises », déclare à L'Orient-Le Jour le trésorier de l'antenne libanaise de l'Association mondiale d'aviculture scientifique (WPSA), Samir Cortbawi. « Une partie...

