Abel Xavier du temps où il était encore joueur. Sa main en demi-finale de l’Euro 2000 contre la France provoqua un penalty entré dans la légende. Après avoir achevé sa carrière en 2008 au Los Angeles Galaxy, aux côtés de David Beckham, Xavier est aujourd’hui l’entraîneur du Mozambique, le pays où il est né. Photo AFP
Son bouc et sa crinière peroxydés étaient reconnaissables entre mille lorsqu'il était joueur. À 43 ans, le Portugais Abel Xavier est rasé de près et va vivre aujourd'hui son premier match comme sélectionneur du Mozambique, sa terre natale. Les années ont passé, mais un souvenir persiste, comme au premier jour : sa main en demi-finale de l'Euro 2000 contre la France, qui provoqua un penalty entré dans la légende. « Même aujourd'hui, on me demande encore si je n'ai ''pas fait penalty'' intentionnellement. Beaucoup de Français me sont reconnaissants ! » s'amuse-t-il, lors d'une rencontre dans un hôtel de Maputo où il a posé ses valises, dans l'attente d'une résidence permanente. Transformé par Zidane (2-1) en prolongation à l'époque où prévalait le « but en or », ce penalty a envoyé la France directement en finale du tournoi, qu'elle devait remporter également grâce au « but en or » contre l'Italie (2-1). Mécontents de la décision arbitrale, plusieurs joueurs portugais, dont Abel Xavier, s'en étaient pris à l'arbitre autrichien, Günter Benkö. Xavier avait été suspendu neuf mois à la suite de cette échauffourée, qui a très probablement contribué à la disparition rapide du controversé « but en or ». « L'équipe portugaise était meilleure et méritait d'être championne d'Europe », assure Xavier, qui garde de cet incident un sentiment « d'injustice et de tristesse ».
Je suis encore vivant
De cette époque, il conserve aussi quelques pointes blondes dans sa chevelure, lointain souvenir de ce look fantasque qui faisait sensation sur les terrains. « C'est ma marque de fabrique », sourit celui qui a pris les rênes du Mozambique en janvier, après avoir entraîné des clubs portugais de deuxième division. « Au début, c'était une plaisanterie pour l'Euro 2000. Mais après mes suspensions, j'ai décidé de garder mon image publique comme cela. Rester blond, c'est pour que les gens voient que je suis encore vivant ! » dit-il. Après l'affaire du penalty, sa carrière a été interrompue une deuxième fois, en 2005, par une nouvelle suspension d'un an, cette fois pour dopage. La prise de methandrostenolone, un stéroïde, a été « justifiée, défendue, mais malheureusement les instances du football prennent du temps pour innocenter un footballeur incriminé », affirme-t-il aujourd'hui, niant toujours avoir voulu se doper. Xavier évoque des moments « d'isolement, de dépression, dans lesquels on pense à mettre fin à sa carrière ». « Mais je suis revenu dans le club qui m'a protégé (Middlesbrough), je suis rentré dans le stade et 40 000 personnes debout m'ont applaudi lorsque je suis retourné jouer », relate-t-il.
Nous allons nous battre
Son histoire, sans doute, l'a aidé à relativiser. Le petit Abel a en effet quitté le Mozambique en 1975, à l'âge de trois ans, lorsque cette ancienne colonie portugaise a accédé à l'indépendance, avant de sombrer dans seize ans de guerre civile. « Des moments difficiles », dit-il sobrement. Après avoir achevé sa carrière en 2008 au Los Angeles Galaxy, aux côtés de David Beckham, Xavier assure qu'il ne choisit pas entre le Portugal, « le pays où j'ai grandi » et dont il a porté 20 fois le maillot, et le Mozambique, « le pays où je suis né ». Il sait pourtant que son job à la tête des Mambas ne sera pas de tout repos. L'équipe est déjà dernière de sa poule de qualification pour la CAN 2017, avec deux défaites en deux rencontres. Et son premier match, aujourd'hui, opposera ses joueurs au redoutable Ghana. « Nous allons nous battre », assure-t-il. « Ce serait une grosse erreur de croire que nous n'avons pas nos chances. Les joueurs ont tous la volonté de s'améliorer », enchaîne-t-il, dans un soudain retour à la langue de bois des entraîneurs. Ses projets ? « J'ai eu une heureuse carrière de footballeur, on dit que celle d'un entraîneur est plus inconstante », répond l'homme qui a joué dans 12 clubs et 8 pays différents en 18 ans de professionnalisme. Quant à entraîner un jour un grand club européen... il reste évasif : « J'ai mes ambitions. Je suis réaliste, et je sais qu'avec la bonne attitude, les bonnes personnes et de la détermination, les choses arrivent naturellement. »
Adrien BARBIER/AFP

