Le monde est sous haute tension. Les théâtres et les causes de confrontation se multiplient. Les protagonistes sont des poids lourds. Un dérapage de grande ampleur peut avoir lieu à tout moment. Le Moyen-Orient semble être le détonateur privilégié. Le Liban est dans l'œil du cyclone. Jamais le petit pays du Cèdre n'a semblé être aussi près de l'implosion. Tous les voyants sont au rouge et rien ne semble pouvoir enrayer la descente aux enfers.
Et pourtant, malgré les cinq années de tueries à quelques pas de chez nous et l'implication totale du Hezbollah en Syrie, le pays a pu, miraculeusement, préserver un semblant de tranquillité. Aujourd'hui, la donne semble avoir changé. Tout est en place pour une déflagration généralisée faisant de la scène interne le fidèle miroir de la déflagration régionale. Curieusement, la radicalisation observée s'est subitement accrue au lendemain de la signature de l'accord sur le nucléaire avec la République islamique. Comme si, avec la levée des sanctions, les mollahs se sont sentis pousser des ailes leur permettant d'avancer leurs pions longtemps contenus par l'Occident et ses alliés locaux. Aux ailes des mollahs sont venues s'ajouter les frustrations d'une Russie aigrie et prête à en découdre. Les sanctions occidentales suite à l'annexion de la Crimée par le Kremlin ont, en effet, ouvert la voie à toute une série de « menaces » durement ressenties par Moscou : menaces d'encerclement via les républiques de la mer Baltique rangées sous la bannière de l'Otan ; menaces sur les recettes pétrolières suite aux prix artificiellement bas ; menaces de réduction des parts de marché de Gazprom dans le juteux marché européen ; « and last but not least », menaces de perte du dernier régime prorusse dans la région.
Et comme si le Liban n'avait pas assez d'ennuis, voilà l'Arabie saoudite qui réagit violemment au camouflet que lui a infligé Gebran Bassil, notre superministre des Affaires étrangères. À la suspension des aides aux forces armées libanaises, les Saoudiens, appuyés par les pays du Golfe, augmentent jour après jour la pression sur le petit Liban : arrêt des vols commerciaux, appel à leurs ressortissants à quitter le pays, menaces de retraits de leurs dépôts dans les banques libanaises, menaces de fermeture de leurs marchés aux produits libanais, menaces de renvoi des Libanais travaillant chez eux...
M. Bassil avait en effet confondu sa casquette de militant de Hezbollah avec celle du ministre des Affaires étrangères du Liban. Il a ainsi refusé de voter, lors d'un congrès arabe, la résolution condamnant l'Iran suite aux attaques des locaux diplomatiques saoudiens à Téhéran et Machhad. Pour les Saoudiens, c'était la goutte de trop qui venait faire déborder un vase bien rempli ! En fait, à travers leur soutien aux forces armées libanaises, ils pensaient renforcer le camp des souverainistes face aux partisans des régimes syriens et iraniens. Mais voilà que les deux héros du 14 Mars, Hariri et Geagea, annihilent toutes possibilités de rééquilibrage des rapports de force en offrant, gratuitement, la présidence de la République aux candidats de Damas et du Hezbollah !
Trop, c'est trop ! Et voilà donc le Liban pris dans un enchevêtrement inextricable de conflits qui le dépassent au moment où sa situation interne est des plus dramatiques ! Une république sans président, un gouvernement paralysé, un Parlement aux abonnés absents, une justice aux ordres, des prestations aux compte-gouttes, deux millions de réfugiés syriens, un million de réfugiés palestiniens, un million de tonnes d'ordures ménagères dans les rues, une balance des paiements régulièrement déficitaire, une dette publique avoisinant les 100 % du PIB, une classe politique majoritairement corrompue... À se demander comment ce pays existe encore.
L'Iran a réussi à implanter son rejeton au Liban. Il y est même devenu plus puissant que l'État. Mis à part son impressionnant arsenal, financé, entretenu et exploité grâce au soutien iranien, le Hezbollah sape jour après jour le restant de l'autorité de l'État en prélude à son véritable dessein, intelligemment dissimulé. Appliquant à la lettre les enseignements de la Takkia – dissimulation –, le Hezbollah a lancé son écran de fumée en laissant croire à sa quête d'un Congrès national constitutif d'une nouvelle république basée sur le tripartisme, sunnite-chiite-chrétien en remplacement de la république du pacte de 1943 basé sur le bipartisme islamo-chrétien reconfirmé par les accords de Taêf de 1989.
Qui d'autre que le Hezbollah est derrière le blocage ? Qui d'autre que le Hezbollah est derrière le torpillage de la politique de « distanciation », à travers son implication totale dans les tueries massives en Syrie ? Qui d'autre que le Hezbollah est derrière la relaxe du poseur de bombes Michel Samaha, et derrière le refus de le traduire devant le Tribunal international ? Qui d'autre que le Hezbollah encore et encore est derrière l'embrouille entre le Liban et les pays arabes du Golfe ?
Il est grand temps de faire face à ce mal qui ronge le pays. Par la non-violence... ad vitam aeternam... Un boycott politique d'abord. En effet, le dialogue politique mené par le courant du Futur avec le Hezbollah ne sert plus à rien. D'ailleurs il n'a jamais servi à quoi que ce soit.
Une rupture idéologique ensuite à travers l'annonce solennelle par le Premier ministre de la fin totale, définitive et sans retour de la trilogie « de bois » peuple-armée-résistance qui a servi de couverture aux plans de déstabilisation les plus sournois. Face à ce tollé, le Hezbollah n'aura que deux issues : revenir dans le giron de la famille libanaise ou chercher à utiliser ses muscles pour imposer sa voie. Et dans ce dernier cas il aura lui-même pris l'initiative de provoquer un conflit interne. S'opposer à Israël est une chose. Fomenter des troubles à Bahreïn, au Yémen, à Riyad, ou se battre en Syrie est encore autre chose. Mais s'engager dans une guerre civile dans son propre pays est totalement autre chose. Le boycott et la rupture sont les premiers moyens, non violents, pour faire comprendre au Hezbollah qu'il ne peut pas imposer sa voie à tout le pays.
Le second moyen n'est autre que le renoncement par messieurs Hariri et Geagea aux deux candidatures des pro-iraniens que sont Aoun et Frangié. Ce qui permettra, entre autres, de ressouder le bloc des souverainistes mis à mal par les incompréhensibles initiatives de ses leaders. C'est à travers ces deux initiatives que le pays pourra compter de nouveau sur le soutien de ses amis de toujours.
Faute de quoi, le Liban risque d'être offert en trophée aux vainqueurs dans la grande partie qui se joue au Moyen-Orient.


"Qui d'autre que le Hezbollah est derrière le blocage ? Qui d'autre que le Hezbollah est derrière le torpillage de la politique de « distanciation », à travers son implication totale dans les tueries massives en Syrie ? Qui d'autre que le Hezbollah est derrière la relaxe du poseur de bombes Michel Samaha, et derrière le refus de le traduire devant le Tribunal international ? Qui d'autre que le Hezbollah encore et encore est derrière l'embrouille entre le Liban et les pays arabes du Golfe ?" Qui ? Wâlâoû ! Mais, pardi, boSSfééér et l'autre béSSîîîl !
08 h 04, le 23 mars 2016