Dans le cadre de son traditionnel Festival du livre, dédié cette année à Grégoire Haddad, ancien évêque grec-catholique de Beyrouth et Jbeil, disparu en décembre dernier, le Mouvement culturel d'Antélias a organisé une conférence portant sur les trois principaux volets du parcours de Grégoire Haddad. Sa vision de la pratique de la religion chrétienne, sa conception de la laïcité, ainsi que son action sociale ont été exposées, respectivement, par Michel Touma, rédacteur en chef de L'Orient-Le Jour, notre confrère du quotidien as-Safir, Nasri Sayegh, et M. Chebib Diab, professeur à l'Université libanaise.
La conférence a été dirigée par Mme Hoda Rizk Hanna qui, avant d'introduire les trois intervenants, a évoqué succinctement les principales étapes de sa coopération avec Grégoire Haddad, notamment au niveau de l'exécution de projets de développement dans les régions périphériques du pays.
Premier à prendre la parole, Michel Touma a exposé la vision que Grégoire Haddad se faisait de la pratique du christianisme, soulignant, d'entrée de jeu, que le milieu familial et social pluricommunautaire dans lequel Grégoire Haddad (de son vrai nom Nakhlé) a vécu toute sa jeunesse a sans doute eu une influence sur la pensée et le comportement qu'il aura plus tard en tant qu'homme de religion. M. Touma a d'autre part indiqué que lorsqu'il était séminariste chez les pères jésuites, dans les années 40, Grégoire Haddad avait eu la curiosité intellectuelle de lire les ouvrages de Teilhard de Chardin, qui était à l'époque accusé d'hérésie. « Grégoire Haddad a eu une grande admiration pour Teilhard de Chardin qui, en sa double qualité de père jésuite et de paléontologue, avait tenté d'élaborer une synthèse harmonieuse entre le christianisme et la connaissance scientifique. »
Michel Touma a souligné dans ce cadre que Grégoire Haddad soutenait que les idées avant-gardistes qu'il défendra dans les années 70, dans ses articles publiés dans la revue Afaq, puisaient leur source non pas dans ses origines protestantes (il avait été baptisé chez les protestants, son père étant presbytérien), mais dans la pensée de Teilhard de Chardin. « Grégoire Haddad me disait, lorsque je préparais mon livre sur sa biographie, qu'il n'était pas sûr d'avoir la foi qui ébranle les montagnes, a relevé M. Touma. Sans renoncer, évidemment, à son engagement chrétien et à sa foi chrétienne, il disait qu'il se sentait dans la peau des disciples à qui le Christ disait "hommes de peu de foi". Grégoire Haddad ne prétendait jamais détenir la vérité, mais il était à la recherche de la vérité. »
Les deux critères absolus
Après avoir souligné que Grégoire Haddad a participé en 1965 aux travaux du Concile Vatican II, Michel Touma a indiqué que lors de la première grande messe qu'il a célébrée après avoir été élu métropolite de Beyrouth et Jbeil, en 1968, Grégoire Haddad a prononcé une « homélie programme » dans laquelle il a défini sa conception de l'action de l'évêque et de la pratique du christianisme, axée sur les points suivants : l'évêque n'est pas le seul responsable du diocèse, mais il en est le coresponsable avec les prêtres et les laïcs ; le rôle de l'évêque doit être perçu comme un service assuré aux autres ; l'incarnation de l'amour (chrétien) est l'action sociale fondée sur le développement socio-économique ; un autre aspect de l'amour chrétien est l'action collégiale, dans l'esprit de Vatican II ; le champ d'investissement de l'amour ne se limite pas au diocèse mais englobe le dialogue entre les religions.
Relevant que Grégoire Haddad a mis en pratique ces principes dans sa vie quotidienne et dans son comportement en tant qu'évêque, Michel Touma a indiqué que pour Grégoire Haddad, tout comportement chrétien devrait se baser sur deux critères absolus : le Christ, et l'homme ( « tout homme », quelles que soient sa religion, nationalité ou ethnie ; et « tout l'homme », dans ses différentes dimensions). Toute attitude, toute structure et toute institution contraires à ces deux critères absolus devraient par conséquent être remises en question car contraires à l'enseignement du Christ et à la dignité de l'homme, en tant que valeur absolue, a conclu Michel Touma.
(Lire aussi : « Édition Mgr Grégoire Haddad » du Festival libanais du livre )
Nasri Sayegh
Notre confrère Nasri Sayegh a ensuite pris la parole pour évoquer la conception que Grégoire Haddad se faisait de la laïcité et exprimer, dans ce cadre, un avis particulièrement critique à l'égard des Libanais qui se proclament laïcs, soulignant qu'après tout, la laïcité n'est peut-être pas faite pour le Liban et que « la laïcité pure de Grégoire Haddad est totalement étrangère à la réalité libanaise ».
M. Sayegh a rappelé qu'il y a 32 ans, le père Grégoire avait proclamé à la tribune du Mouvement culturel d'Antélias son « engagement en faveur d'une laïcité intégrale, en tant que valeur humaine parmi les grandes valeurs qui devraient marquer l'homme et la société ».
De quelle laïcité Grégoire Haddad voulait-il donc parler ? « Il voulait parler de la laïcité sous l'angle de sa dimension humaine, a souligné Nasri Sayegh. Sans cette dimension humaine, elle perd les valeurs qu'elle sous-tend (...). La laïcité est l'une des sciences qui abordent la relation du monde à la religion (...). Pour Grégoire Haddad, la laïcité n'est ni pour ni contre la religion. Elle est totalement neutre vis-à-vis de la religion. »
Et Nasri Sayegh d'ajouter : « Pour Grégoire Haddad, la laïcité ne constitue pas un état de guerre contre le clergé et les religions ; elle n'a pas pour but de libérer la société de la religion et de Dieu ; elle n'est pas l'athéisme (...), elle ne représente pas un rejet des valeurs religieuses, mais elle se doit de faire face aux dignitaires religieux lorsqu'ils dépassent le champ de leur expertise religieuse pour se pencher sur la chose publique, notamment au niveau politique (...). La laïcité se doit de défendre ses valeurs humaines et de refuser que les religions monopolisent, seules, les valeurs humaines. »
Sévère critique des laïcs libanais
M. Sayegh a d'autre part réfuté la thèse prônée par « certains musulmans qui considèrent que la laïcité est une création chrétienne ». « Ces musulmans, a-t-il affirmé, ignorent la source occidentale de la laïcité, opposée au christianisme et à l'Église. La laïcité a combattu le christianisme et elle a été combattue par le christianisme. » M. Sayegh a relevé dans ce contexte que Grégoire Haddad mettait en garde contre les interprétations erronées de la laïcité, dénonçant le fait que certains la réduisent au mariage civil et à une abolition de la législation sur le statut d'état-civil, de même qu'il rejetait également l'exploitation politique de la laïcité «.
Tout en réaffirmant sa foi dans la « laïcité en tant que valeur humaine », M. Sayegh a lancé une sévère critique à l'égard des laïcs libanais, dénonçant leur faillite totale. « Mgr Grégoire Haddad est resté fidèle à son engagement et ses convictions (au sujet de la laïcité), a souligné M. Sayegh. Il n'a pas fait de compromissions, comme d'autres l'ont fait. Les laïcs au Liban ont échoué, alors que les tenants du confessionnalisme ont pris le dessus. Les laïcs n'ont rien réalisé (...). Les laïcs membres de partis se sont laissés entraîner dans des alliances à caractère communautaire (...). Ils portent l'étendard de la laïcité à certaines occasions mais ils s'intègrent néanmoins dans le confessionnalisme. »
S'adressant enfin à Grégoire Haddad, M. Sayegh a déclaré : « Votre laïcité pure est totalement étrangère à la réalité libanaise (...). Le Liban, en tant qu'entité, est sans doute votre antithèse. L'entité libanaise n'a-t-elle pas été créée pour des raisons confessionnelles ? Les chrétiens au Liban ont gagné dans la guerre universelle grâce à leur alliance avec les Français. Leur part a été cette entité (libanaise). Les autres entités (de la région) ont leurs raisons d'être propres à elles. Quant au Liban, sa tare congénitale est le confessionnalisme. Sans confessionnalisme, il n'y a pas de Liban, d'où le fait que le maronitisme politique a cédé la place au sunnitisme politique puis au chiisme politique. »
Le volet social
Dernier à prendre la parole, M. Chebib Diab a exposé les principales réalisations du grand disparu dans le domaine social. Il a notamment évoqué sa relation étroite avec le président Fouad Chéhab dans les années 60, l'ancien chef de l'État ayant demandé aux organismes étatiques concernés de coordonner leur action avec le Mouvement social.
M. Diab a indiqué que Grégoire Haddad a fondé en 1960 L'Oasis de l'espérance, après sa première rencontre avec l'abbé Pierre, ainsi que le Mouvement social qui a pour vocation d'initier des projets axés sur le développement économique et social, et non pas sur la charité, de manière à préserver la dignité de l'homme. Une telle action sociale, a précisé M. Diab, était fondée sur le volontariat et couvrait des domaines diversifiés et très étendus.
M. Diab a relevé dans ce cadre que le MS comptait non moins de 500 volontaires et 14 centres répartis dans les régions périphériques. Dans le cadre de son action sociale, a ajouté M. Diad, Grégoire Haddad a fondé (en collaboration avec Gaby Wardé) la Maison de l'Artisan, de même qu'il a mis sur pied, après la fin de la guerre, le « Courant de la société civile ».
Pour mémoire
Retour aux sources, l'édito de Michel Touma
L'ère Grégoire Haddad, « un évêque pour après-demain », est enfin là


Ce qui distingue profondément le Sain(t) Père Grégoire d’un Léhhééém, c'est quand ce deuxièèème mordra la poussière on risque de sitôt l'oublier. Et si c'était le Premier, on n'oubliera jamais qu'Ici un Sain(t) est passé. Et que c’était un formidable rendez-vous éhhh Libanais…. manqué ! Cette contrée n'en est pas avare, et donc, nostalgie assurée. Mais le mal aura été fait ! Alors, quid de ce "providentiel amour Malakite" pour un Léhhééém, le dernier des "mohicans larrons" et autres avatars bääSSyrianisés ? Comment l'expliquer ? Nulle difficulté. Juste l’ancestral et rance sectarisme qui interdit, psychotiquement, le ralliement de Malsains à quelqu’un de Bien ! Alors, Léhhééém, c'est inespéré : Couleur de Rien, insipide et incolore. Janus local sans visage : Retour assuré vers le Néant "céleste". Merci Sékkéééf ! Merci Pharäoûn : vous n'êtes pas morts ! La régression a encore de beaux jours devant elle.... Surtout pour un certain "malakisme" puîné qui ne s'aime pas, et qui n'a pour lui-même aucun respect ! Et si tu es encore là après la cavale de ton (c)hébél-lionceau, Léhhééém, ça ne fera jamais que quelques années de plus de perdues. Pas grave : depuis la mise à l’écart du Sain(t) Père Grégoire, ce Pays en a gaspillé encore bien d'autres ! Étrange patelin, really, où le musulman est Musulm(ent)an, où le chrétien est Chréti(e)n, et où le Vrai Laïc n'existe point.
18 h 09, le 21 mars 2016