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Liban - Fête Patronale De L’Usj

La révolution de l’appartenance

Daccache : « Il n'y a pas que des hasards, il n'y a que des rendez-vous, a dit Éluard. Au Liban aujourd'hui, il y a beaucoup de tables de dialogue et de rencontres, mais les rendez-vous manquent. »

Le recteur de l’USJ, le Pr Salim Daccache, prononçant son allocution. Photo Michel Sayegh

Renforcer le sentiment d'appartenance à l'université, en particulier chez les anciens, mieux cerner « la mission nationale » de l'université, tels sont les deux grands thèmes du discours prononcé hier par le recteur de l'USJ, Salim Daccache, à l'occasion de la fête patronale de l'USJ, célébrée cette année un jour à l'avance de la Saint-Joseph (19 mars).
Devant un parterre de ministres et de députés, en présence du nonce apostolique, du supérieur provincial des jésuites au Proche-Orient, de nombreux présidents d'ordres et d'associations professionnels, de plusieurs recteurs d'universités du Liban et de la communauté universitaire, le P. Daccache s'est réjoui du « réveil des anciens, que ce soit au Liban ou dans les pays de la grande diaspora libanaise », tout en réfléchissant sur les moyens de le consolider, d'en renforcer l'élan et de l'orienter correctement. Par la même occasion, il a annoncé que le président actuel de la Fédération des associations d'anciens, le président Chucri Sader, songeant à une « Maison des anciens », avait négocié l'achat de l'ancienne demeure de l'écrivain Charles Corm, près des campus de la rue de Damas.
Dans sa réflexion, le P. Daccache n'a pas hésité à s'interroger : « Pourquoi l'AUB, aux dires de certains, a des anciens actifs et l'USJ ne fait rien pour réveiller ses anciens ? » sachant que les associations amicales d'anciens sont « de véritables leviers de développement de leurs universités tant au niveau académique, que spirituel et matériel ».

De la confédération à la fédération
L'une des raisons de ce déficit, a-t-il expliqué, est que « l'Université Saint-Joseph a longtemps fonctionné comme une confédération de facultés très largement autonomes », et que l'effort pour fédérer ces amicales est relativement récent.
« La nouvelle étape du renouveau de la vie associative » à l'USJ date de 1995, quand le recteur Sélim Abou émit le souhait que les différentes amicales de l'USJ se fédèrent.
Pour renforcer cette fédération d'amicales, le P. Daccache s'est promis de développer « le côté relationnel » de la vie estudiantine, « la qualité de la communication et de l'accueil dans ses petits détails, et ce aussi bien pour le corps enseignant que pour le personnel administratif », notamment en assouplissant « un régime scolaire qu'on a toujours associé à l'USJ ».
« Le sentiment d'appartenance est quelque chose qui se construit peu à peu (...)
J'étais résolu et je le suis encore (...) à créer des structures et à insuffler une âme pour dépasser les défaillances » dans ce domaine, a promis le recteur.

La « mission nationale » de l'USJ
Pour donner consistance au sentiment d'appartenance, le recteur Daccache a cherché à cerner à nouveau ce qu'il considère comme « la mission nationale » de l'USJ et des anciens. À cette fin, citant les fondateurs de l'université, il formulé quelques repères : ne jamais se désintéresser des lois, ne jamais s'abstenir de voter, s'engager dans la vie publique, assumer les mandats qui peuvent être confiés au service du bien commun. Et d'avertir : « L'État, ce sont des institutions à construire sans cesse (...)
Toute atteinte à une institution, que ce soit par insouciance, laxisme ou irresponsabilité ou par corruption, est une atteinte à l'État, au Liban dans son âme !... »
« Aujourd'hui, a développé le recteur, la crise de la présidentielle, la crise des institutions, en passant par le scandale des déchets qui génèrent un argent sale de 80 millions de dollars au profit de certains gros bonnets et les pannes du système politique, la crise sociale avec ce tiers de Libanais qui n'arrivent pas à boucler leur fin de mois, le chômage des jeunes et des moins jeunes, le départ forcé annuel de 50 000 Libanais à l'étranger, tout cela compromet l'avenir et a besoin de l'unité de la parole et d'un pacte de responsabilité de tout faire pour sauver le pays du Cèdre. »

Sortir de la crise morale
« Mais le conseil ultime aux anciens, a-t-il enchaîné, consiste à observer un réveil spirituel et citoyen, afin de sortir de cette crise morale qui est la source de nos maladies » (...) C'est la crise des convictions morales, du manque de conviction dans les valeurs humaines de solidarité, de liberté et de justice ;
crise morale signifie une baisse de « l'autorité morale » politique et l'affaiblissement continu de la référence individuelle et communautaire aux valeurs. Une des racines sociales de cette crise est la déviation du pouvoir de son cours normal comme pouvoir de puissance publique au service du bien commun à pouvoir de partage de l'État et du bien commun pour soi et pour ses clients.
Pour le Liban, a-t-il poursuivi, « aller plus loin dans la réponse éthique à la crise morale que nous affrontons (...),
c'est travailler pour la purification d'une mémoire communautaire ensanglantée et mutilée, y discerner ce qui est bon et ce qui est franchement mauvais, continuer à reconstruire des rencontres et des ponts entre nous, entre les individus et les communautés et cesser le langage de la menace et de l'exclusion (...)
Cette mission ne peut être portée et réalisée par l'une ou l'autre communauté, mais par toutes les communautés qui sont responsables et doivent être les constructrices de ce Liban (...) ».

Hasard et rendez-vous
« Ce Liban ne peut plus compter sur le hasard mais dès demain sur les rendez-vous. » Paul Éluard n'a-t-il pas dit : « Il n'y a pas des hasards, il n'y a que des rendez-vous », pour dire qu'il y a beaucoup de dialogue et de tables de dialogue et des rencontres, mais manquent les rendez-vous où l'on peut créer l'événement et où les volontés font cause commune, même s'il y a des sacrifices à faire. »
« À ceux qui disent qu'il n'y a rien de commun qui unisse ou rapproche les Libanais, je réponds simplement que le Liban est l'acte d'une volonté commune de vivre ensemble et que cela est déjà un acquis, sur lequel il faudra chercher ce qui est commun au niveau social, culturel et citoyen surtout en termes de valeurs, qui ne vient pas d'en haut mais qui est inscrit dans la nature même des communautés. » « Notre destin est de veiller à ce que ce contrat soit solide et il est normal d'ajuster ces fondations pour qu'il demeure pertinent et opérationnel. Mais comme a dit le doyen honoraire de la faculté de droit, Fayez Hage-Chahine, "on ne peut engager un dialogue mutuel pour des choses capitales avec un esprit de mandataire". Que notre libanité, c'est-à-dire cette âme libanaise qui nous attache les uns aux autres et à notre terre soit notre seul guide pour consolider notre volonté contractuelle et non des considérations externes qui deviennent de diktats qui déséquilibrent notre vie commune. Nous sommes noyés dans la manipulation du confessionnalisme de manière telle qu'on ne voit plus que les intérêts les plus vils des uns et des autres. Nous avons besoin, il est vrai, d'une loi électorale qui permet une représentation populaire plus authentique afin de redonner vigueur à la vie parlementaire.

Créateurs de passerelles
J'entends dire qu'il faudra une reconsidération de notre rôle en tant que chrétiens, jouer le rôle de créateurs de passerelles ; je veux bien. Mais pourquoi les chrétiens seuls doivent-ils jouer ce rôle ?
Tout Libanais et chaque communauté sont appelés à réaliser cette tâche. En tout cas, je trouve passionnant que nous soyons là, cent ans après la fondation d'une idée et d'un État, que nous soyons les héritiers d'une histoire et d'une mémoire, même si notre tâche est difficile et que l'on a l'impression que tout est à répéter. Mais quelle chance nous est donnée pour être là et relever le défi de faire évoluer notre Liban vers le mieux. C'est, selon la devise de saint Ignace, à la plus grande gloire de Dieu « que nous devons concevoir nos pensées et nos projets et entreprendre nos actions. Et si nous voulons que nos actions contribuent à sa plus grande gloire, il est nécessaire que ces actions soient excellentes. »
« La grande éducation se fait à grand feu, a conclu le recteur. Nous comprenons combien est précieuse l'USJ pour notre pays et son avenir. Selon nos comptes, les diplômés de l'USJ devront atteindre en 2016-2017 le chiffre symbolique de cent mille anciens. Quelle force pour construire l'avenir ! C'est un grand souffle qui réside dans cette communauté humaine. C'est pourquoi je déclare l'année prochaine "année des 100 000 anciens de l'Université Saint-Joseph". Qu'elle soit l'année d'un vrai réveil qui nous unit dans la joie d'accomplir ensemble de grandes et belles choses. Demeurons solidaires pour porter tous ensemble la mission de l'USJ (...) C'est de cette maison qu'est sortie notre renaissance intellectuelle et nationale, dont nous avons et vous avez la charge de continuer et même de reprendre sous de nouvelles figures, pour que ce Liban des deux espaces interne et externe puisse continuer à être le cèdre qui ne meurt jamais. »

Renforcer le sentiment d'appartenance à l'université, en particulier chez les anciens, mieux cerner « la mission nationale » de l'université, tels sont les deux grands thèmes du discours prononcé hier par le recteur de l'USJ, Salim Daccache, à l'occasion de la fête patronale de l'USJ, célébrée cette année un jour à l'avance de la Saint-Joseph (19 mars).Devant un parterre de ministres et de députés, en présence du nonce apostolique, du supérieur provincial des jésuites au Proche-Orient, de nombreux présidents d'ordres et d'associations professionnels, de plusieurs recteurs d'universités du Liban et de la communauté universitaire, le P. Daccache s'est réjoui du « réveil des anciens, que ce soit au Liban ou dans les pays de la grande diaspora libanaise », tout en réfléchissant sur les moyens de le consolider,...
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