Meir Dagan (au centre), au Liban en 1982, lors de l’invasion israélienne. Photo Reuters/IDF Defence Ministry Archive/HO
Israël a perdu l'un de ses maîtres espions avec le décès de Meir Dagan, qui avait mené à la tête du Mossad, l'agence d'espionnage et d'opérations spéciales, une guerre secrète contre le programme nucléaire iranien tout en s'opposant à une attaque contre la République islamique. Dagan est décédé hier à 71 ans, a indiqué le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Il souffrait depuis des années d'un cancer du foie.
Dagan a dirigé le Mossad de 2002 à 2010. Selon les médias israéliens, le Premier ministre de l'époque, Ariel Sharon, lui avait confié pour mission de saboter par tous les moyens le programme nucléaire iranien pour empêcher l'Iran de se doter de la bombe atomique. Tout en menant cette guerre occulte, il aurait fortement contribué, avec le chef d'état-major de l'époque, Gaby Ashkenazi, à la décision de ne pas lancer de frappes contre l'Iran, alors que le Premier ministre Netanyahu et son ministre de la Défense Ehud Barak avaient donné l'ordre à l'armée en 2010 de préparer une offensive. Sous la conduite de Dagan, le Mossad aurait éliminé des savants atomistes iraniens, provoqué des explosions dans des installations nucléaires et infiltré des vers informatiques, comme le Stuxnet, qui auraient causé de gros dégâts aux centrifugeuses enrichissant l'uranium. Le Mossad n'a jamais confirmé ces opérations.
Descendant de survivants de l'Holocauste émigrés de Sibérie en Israël en 1950, Meir Dagan était animé par un attachement viscéral à l'État d'Israël. Durant son mandat exceptionnellement long, le Mossad a été crédité d'opérations marquantes, comme l'attentat à la voiture piégée qui a éliminé le commandant militaire du Hezbollah, Imad Moghniyé, à Damas en 2008, un raid aérien la même année au Soudan contre un convoi d'armes iraniennes destiné au mouvement islamiste palestinien Hamas et le bombardement d'un site nucléaire syrien construit par la Corée du Nord en 2007. La fin de son mandat a été assombrie par le meurtre, en janvier 2010 dans un grand hôtel de Dubaï, de Mahmoud al-Mabhouh, un cadre du Hamas. Dubaï avait accusé le Mossad et rendu publiques des images de vidéosurveillance montrant que plus d'une vingtaine de personnes avaient participé à l'opération, utilisant de faux passeports britanniques, irlandais, français, australiens ou allemands, ce qui avait provoqué de vives tensions diplomatiques.
Après son départ du Mossad, Meir Dagan n'avait pas ménagé ses critiques contre M. Netanyahu. « Israël a des ennemis, je ne les crains pas. Mais la direction actuelle du pays me fait peur », avait-il proclamé lors d'un vaste rassemblement anti-Netanyahu en mars 2015.
(Source : AFP)

