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Les femmes et la francophonie à l’honneur à l’UL

Événement

« Voix de femmes dans un monde en plein bouleversement » est le titre de l'événement culturel organisé lundi passé au rectorat de l'Université libanaise (UL) par le Bureau des langues (BLE) de l'UL, avec le soutien de l'Institut français du Liban (IFL) et de l'Agence universitaire de la francophonie (AUF).

18/03/2016

Tenue la veille de la Journée mondiale des droits de la femme, la rencontre avec les deux écrivaines Stéphanie Nassif et Roula Azar Douglas s'inscrit dans le cadre des nombreuses activités culturelles prévues par le BLE de l'UL à l'occasion du Mois de la francophonie. Réparti en deux tables rondes, l'événement a réuni un public formé essentiellement d'enseignants de français de l'UL.
Les ouvrages de l'écrivaine franco-libanaise Stéphanie Nassif furent au centre de la première partie de la rencontre. « La francophonie est marquée par des valeurs telles que le pluriculturalisme et la tolérance. Les romans de Nassif présentent un champ interculturel d'ouverture vers l'autre et s'inscrivent donc dans le cadre de ces valeurs », indique le Dr Naboulsi, coordinatrice au BLE et organisatrice de cette première table ronde. Dans La lointaine, le sacrifice de la Nubie, paru en 2010, l'écrivaine retrace le destin du peuple nubien vivant sur les rives du Nil. Dans Qadisha, la vallée du silence, paru en 2012, elle promeut le patrimoine culturel du Liban en racontant l'histoire d'un jeune homme qui part au pays du Cèdre à la recherche de ses origines. Et finalement, dans Le trésor du temple de Melqart, paru en 2015, elle met en relief l'héritage phénicien qui s'est dispersé sur les rives de la Méditerranée. « La voix d'une écrivaine présente une voie d'échange s'inscrivant dans une volonté de dialogue afin de contrer l'écartèlement de culture entre le monde oriental et celui occidental, et d'assurer une meilleure compréhension entre ces cultures », estime Stéphanie Nassif. Dans son analyse, le Dr Fida Derbas, professeure de littérature à la faculté des lettres et des sciences humaines de l'UL à Tripoli, s'est intéressée à l'engagement générique dans l'œuvre de Nassif. Le Dr Roula Zoubian, professeure de littérature générale et de méthodologie à l'UL, elle, s'est penchée sur l'ésotérisme de la lumière.

La plume pour contribuer au changement
La deuxième table ronde a été consacrée à l'analyse du roman Chez nous, c'était le silence de notre collègue Roula Azar Douglas. « Le titre provocateur de ce roman marque l'identité collective de la cause que l'auteure évoque et nous mène à nous interroger sur les sens infinis du silence », souligne le Dr Faten Kobrosli, professeure de littérature comparée à la faculté des lettres et des sciences humaines de l'UL à Saïda. L'auteure libano-canadienne, connue pour son militantisme pour les droits des femmes, raconte dans son ouvrage publié en 2008 – alors que la violence conjugale était encore un sujet tabou très peu médiatisé au Liban – une histoire vraie : celle de « Ghada », mariée à l'âge de 19 ans à un pervers narcissique. « La romancière s'arrête à la loupe sur ce sujet, essentiellement psychologique, de la violence contre la femme qui prend plusieurs formes, allant de l'humiliation à l'extrême brutalité », précise le Dr Kobrosli. Et de souligner : « En tant qu'écrivaine, Roula Azar Douglas a essayé d'être la psychologue en sociologie et la sociologue en psychologie. Elle a su nous transmettre un dynamisme vital dont la femme a besoin face à sa pénible condition. Et son écriture féministe s'est fait remarquer en osant transgresser la loi, familiale et sociale, du silence. »
Répondant à une question sur la naissance de son livre, Roula Azar Douglas confie : « Lorsque j'ai pris la plume, j'ai perdu le contrôle. L'écriture s'est effectuée d'une manière spontanée, viscérale. » L'auteure qui est également membre du Groupe de conseil de la société civile d'ONU-femmes pour les États arabes poursuit, évoquant les raisons qui l'ont poussée à écrire ce roman : « Pour rendre hommage, en quelque sorte, à " Ghada ", mais surtout pour contribuer au changement. » L'auteure qui a créé pour son héroïne une fin qui la libère et qui la rapproche du bonheur précise : « La fin du roman est ouverte. C'est au lecteur de l'imaginer. » Et en réponse à une question du public, elle poursuit : « Il ne faut pas imposer à Ghada d'autres contraintes. Elle doit être libre de faire ses choix, de prendre ses propres décisions. »
Par la suite, les différentes formes de violences contre les femmes ont été évoquées dans un court-métrage réalisé par des étudiantes en 3e année de littérature à la faculté des lettres de l'UL à Saïda, sous la direction du Dr Kobrosli. Un travail effectué à partir d'une réécriture de passages extraits de deux romans francophones : Le petit prince de Belleville, de Calixthe Beyala, et Qu'as-tu fait de tes mômes, Papa ?, de Ezza Agha Malak. La rencontre a été clôturée par une réflexion sur les droits de la femme de point de vue juridique préparée par Marilyne Karam, docteure en droit international. « Le Liban est un pays paradoxal. En apparence, la Constitution libanaise consacre le principe de l'égalité des citoyens, l'État signe et ratifie des conventions internationales en rapport avec les droits de la femme comme par exemple la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, mais en réalité le principe d'égalité est violé », précise l'arbitre internationale accréditée.
En marge de cet événement, le Dr Chraim, directeur du BLE, s'est confié à L'Orient-Le Jour : « Je me réjouis de notre partenariat avec l'AUF et l'IFL pour la promotion du français et des valeurs qu'il véhicule. La langue de Molière est pour nous beaucoup plus qu'une langue, c'est une culture et des valeurs que nous tenons à inculquer à nos étudiants. Si durant le Mois de la francophonie, le BLE multiplie les activités, le français est célébré dans nos facultés tout au long de l'année. »

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