Il n'était pas l'aîné, l'héritier dont on est fier quand il vient à la vie, celui que l'on cajole, sujet de beaucoup d'attention, celui qui travaillera en premier et aidera le père.
Il n'était pas non plus le benjamin, le dernier des enfants que l'on s'est promis d'avoir, après lequel il n'y aura plus de bébé et à qui on permet beaucoup.
Non, il était juste au milieu, le troisième homme d'une tribu de quatre hommes et de trois femmes, la place de l'enfant à qui l'on ne prête pas beaucoup d'attention, mais qui se construit et s'affirme tout seul, qui finit par être le plus solide, fort de l'affection qui ne lui a pas été refusée mais sachant compter sur lui-même, fier de s'être forgé sans l'aide de personne.
Cet homme discret mais si chaleureux, c'était Élias Khalil Salem, disparu brutalement il y a juste quarante jours, dans la force de l'âge, alors qu'il se fiait à la génétique pour être centenaire : n'est-ce pas son grand-père qui, à l'âge de 87 ans, sur le fauteuil du dentiste qui lui annonçait la nécessité impérieuse d'arracher sa dent, avait posé la question : « Dois-je commencer maintenant à perdre mes dents ? »
Dans la discrétion mais avec amour et fermeté conjugués, il avait résolu et continuait de résoudre les problèmes qui se posaient à sa famille, grands et petits, dans une sérénité exemplaire digne d'un sage.
Les projets d'avenir, on ne les fera plus en aparté dans ton bureau à Ouadi, mais ils sont tracés et il ne manque que leur exécution.
Ton grand cœur a trop encaissé, il a flanché, repose en paix.
Jean-Baptiste ESTA


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