Saad Hariri et Myriam Skaff au déjeuner de l’hôtel Kadri. Photo Danièele Khayat
Poursuivant sa tournée aux quatre coins du pays, le chef du courant du Futur, Saad Hariri, s'est rendu hier dans la Békaa où il a été invité à déjeuner par la famille d'Élie Skaff à Zahlé, après une visite express à Saadnayel.
Placée sous le signe de l'ouverture et du dialogue avec un large spectre d'acteurs politiques, la virée de l'ex-Premier ministre chez les Skaff, jadis proches du camp aouniste, revêt une forte symbolique à un moment aussi crucial de la vie politique où le jeu des alliances et contre-alliances oscille au gré des développements locaux et régionaux.
Le rapprochement amorcé en direction de la famille de feu le député Élie Skaff a été interprété par beaucoup d'observateurs comme étant les prémices d'une nouvelle alliance électorale, qui pourrait se traduire aux prochaines échéances.
Armé du slogan de la poursuite du parcours de son père, Rafic Hariri assassiné en 2005, Saad Hariri a rappelé qu'il continuera d'œuvrer en vue de « l'unification des rangs et du projet de l'édification de la nation ». S'il est revenu au pays, « c'est pour y rester », devait-il assurer encore une fois.
La première escale de M. Hariri a été à Saadnayel, où il s'est rendu à la mosquée l'Imam Ali ben Abi Taleb. Accueilli par une foule de sympathisants, le chef du courant du Futur a pris part à la prière qui a été récitée par le mufti de Zahlé et de la Békaa, le cheikh Khalil el-Meiss, en présence des représentants du courant du Futur et de plusieurs notables de la région.
Le cheikh el-Meiss, qui a salué la présence de M. Hariri à Saadnayel, a insisté dans son allocution sur « l'unité et le rejet des divisions ».
Bien qu'elle ne fût pas prévue au programme initialement projeté, la visite de l'ancien Premier ministre au domicile du député Kataëb, Élie Mourani, puis à celui du député du bloc des Forces libanaises, Tony Abou Khater, aurait été improvisée en dernière minute, M. Hariri ayant réalisé que le passage chez les alliés devait protocolairement venir en premier.
Il s'est ensuite rendu à l'hôtel Kadri où il était convié à déjeuner par la veuve d'Élie Skaff, Myriam. Sur la liste des invités devait théoriquement figurer l'ensemble des représentants politiques du centre de la Békaa et de Zahlé. Toutefois, les députés Nicolas Fattouche et Élie Mourani n'ont pas été conviés, pour « des considérations personnelles », devait noter la LBCI dans son bulletin d'informations.
Également parmi les absents, l'évêque de Zahlé, Issam Darwiche, dont la relation avec les Skaff n'est pas au beau fixe. Se sont également excusés les représentants du Courant patriotique libre.
Dénonçant à travers des allusions multiples la corruption de certains élus locaux, Myriam Skaff a insisté dans son allocution sur l'importance de la tenue des élections municipales en vue du renouvellement de l'équipe en place et pour donner de nouveaux espoirs aux habitants.
« Nous aurions tant espéré annoncer aux Libanais dès demain les résultats des élections municipales, car cette ville a besoin plus que jamais de services et de projets de développement, après le laxisme dont ont fait preuve certains en se dérobant à leur tâche », a-t-elle affirmé, dans une critique frontale adressée aux membres du conseil municipal en place, mais aussi à l'adresse de certains députés qu'elle s'est abstenue de nommer. Et de dénoncer sans ambages la corruption qui sévit au sein du conseil municipal, en excluant « certains de ses membres qui ont essayé de faire bouger les choses, mais en vain ». Mme Skaff a déploré le fait que la ville de Zahlé a « été rayée de la carte de politique et écartée du processus de prise de décision ».
« C'est une honte de n'avoir d'autre choix que de proroger une troisième fois le mandat des parlementaires », a-t-elle lancé, exhortant Saad Hariri à agir pour mettre un terme à cette hérésie et la culture « de la tutelle ». Mme Skaff a également plaidé en faveur de l'élection d'un président de la République, estimant qu'il est « scandaleux que le chemin de Baabda soit jalonné par l'intervention en coulisses des puissances régionales qui ne s'intéressent d'ailleurs plus à nous ». Et d'ajouter : « La route menant à Baabda est bien plus proche que n'importe quelle capitale étrangère. Nous pouvons y arriver grâce à quelques compromis. »
Si seulement je savais...
« Certes, les élections municipales sont importantes, mais je suis certain que la ville de Zahlé souhaite l'élection présidentielle en premier », a répondu Saad Hariri, assurant que cette échéance est « la solution à toutes les crises, sociale ou économique, auxquelles est actuellement confronté le Liban ».
Considérant que la vacance à la présidence traduit aux yeux des Libanais « un manquement grave des responsables à leur devoir national », M. Hariri a fait assumer la responsabilité de cette lacune « à l'ensemble des députés. Nous devons tous faire acte de présence à la trente-septième séance » consacrée à cette échéance, a-t-il dit. « Je féliciterais à ce moment-là le gagnant quel qu'il soit », a ajouté le chef du courant du Futur.
S'adressant plus explicitement à ceux qui boycottent les séances électorales, notamment les députés des blocs relevant du CPL et du Hezbollah, il a déclaré : « Qu'ils ne s'éclipsent plus dorénavant derrière le soi-disant droit à ne pas venir au Parlement. On ne peut pas revendiquer un droit conduisant à 20 mois de vacance à la présidence », a martelé M. Hariri.
Évoquant enfin la relation d'incompréhension avec le député Élie Skaff qui avait prévalu dans le passé, M. Hariri a affirmé « regretter ne pas avoir su en 2005 ce que je sais aujourd'hui. Les choses auraient été bien différentes », a-t-il dit, avant de conclure : « Que Dieu pardonne à ceux qui nous ont divisés », dans une allusion claire aux Syriens et leurs représentants au Liban du temps de l'occupation armée du pays par le régime baassiste.


"..conduit" vous vouliez dire surement?
12 h 33, le 05 mars 2016