La Nouvelle banque de développement est censée être dotée d’un capital de 100 milliards de dollars. Sergei Krapukhin/Reuters
La réunion des ministres des Finances du G20 donne à la Chine l'occasion de mettre en avant un de ses outils pour redéfinir l'architecture financière internationale, la banque des Brics imaginée par les grands pays émergents et installée à Shanghai. Imaginée par les cinq membres des Brics – Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – en juillet 2014 et inaugurée l'été dernier, la Nouvelle banque de développement (NBD) est censée être dotée d'un capital de 100 milliards de dollars, avec pour vocation de financer de grands travaux d'infrastructure et de renforcer la coopération financière entre ces grands pays. Mais son véritable objectif est d'être « une alternative au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale (BM) dominés par les États-Unis », comme elle l'explique sur son site Internet. L'installation de son siège à Shanghai – qui fera l'objet d'un accord formel aujourd'hui – suit d'ailleurs de près l'établissement à Pékin de la BAII (Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures), un autre outil du pouvoir financier chinois.
Les pays en développement se plaignent volontiers de leur représentation restreinte dans les institutions de Bretton Woods (FMI et BM) – en particulier la Chine, soucieuse d'acquérir une influence diplomatique à la hauteur de son statut de deuxième économie mondiale.
« Routes de la Soie »
Sur le papier, l'égalité est parfaite : chacun des cinq pays possède 20 % de parts dans la NBD, aucun n'a de pouvoir de veto, et les prêts ne seront accordés qu'aux pays membres. Mais Pékin a su tirer son épingle du jeu, en convainquant ses partenaires d'établir le siège de la banque dans la métropole shanghaïenne.
Une « brique » supplémentaire pour bâtir son influence financière internationale, parallèlement à la BAII et aux nouvelles « Routes de la Soie ». Ces dernières, la Chine entend les établir à coups d'investissements colossaux en Asie centrale, au Moyen-Orient et jusqu'en Europe – pour conforter ses approvisionnements d'hydrocarbures, mais surtout pour s'assurer de nouveaux débouchés, alors que l'industrie lourde chinoise, des aciéristes aux fabricants de ciment, souffre de sévères surcapacités de production.
« Le compte n'y est pas », estime cependant Joerg Wuttke, président de la Chambre de commerce de l'Union européenne à Pékin. Les besoins des pays concernés sont « trop petits pour absorber un pourcentage significatif des excédents de production chinois », dit-il. Cela « reste une liste d'envies grandioses et abstraites, plutôt qu'un programme d'investissements interconnectés et cohérents », abondent Michal Meidan et Luke Patey, analystes du Danish Institute of International Studies, pointant des « incertitudes financières et risques politiques ».
La NBD, pour sa part, pourrait bien être confrontée à des défis encore plus grands. Sur la souscription initiale de 50 milliards de dollars, les cinq pays membres n'ont à l'heure actuelle versé que... 1 milliard de dollars. Les déboires économiques des Brics pourraient-ils nuire à leur banque ? C'est tout le contraire, à en croire le ministre russe des Finances Anton Siluanov, qui préside le conseil d'administration de la NBD : « En ces temps difficiles, la banque est d'autant plus importante pour apporter des ressources de financement » qui se tarissent ailleurs, a-t-il fait valoir.
(Source : AFP)

