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Nos lecteurs ont la parole - Youssef Mouawad

Le jihadisme, mais c’est la liberté !

À quoi tient le pouvoir d'attraction des mouvements comme Daech sur de jeunes Européens, Maghrébins de souche ou non ? Un apprenti terroriste sur le divan nous confierait, entre autre, son refus d'un monde désenchanté et son dégoût des mœurs occidentales. En cela, il ne différerait guère de ceux qui se convertissent à des sectes ésotériques pour se fondre dans le New Age. Un psychanalyste est arrivé à la conclusion qu'il y a « une obsession commune aux dépressifs et aux jihadistes», tous deux recherchant l'illusion de la toute-puissance perdue.
D'autres raisons peuvent être invoquées. Les gouvernements européens ont affaire à des jeunes gens au chômage, en quête d'absolu tant ils se sentent réprouvés par la société. La presse anglophone qualifie de « disaffected youth » ces recrues parfaites pour la radicalisation face à la futilité du monde et à sa permissivité. Ainsi la violence qu'ils exhiberaient sur les écrans de télévision serait l'expression de la colère d'un Dieu sémite et vengeur qui rétablirait sa loi dans un monde décadent, Sodome et Gomorrhe devant être éradiquées de la surface de la Terre.
Rebelles sont les néophytes parce que désespérés de vivre sans horizon, sans espoir et sans glamour. Insurgés sont-ils en l'absence d'une loi religieuse contraignante, car certains déplorent l'absence de balises, de sanctions (hudud) et du fouet régulateur des consciences. En partant pour la Syrie, les jeunes sont enrégimentés par l'État islamique ;
c'est une autorité implacable qui rétablit ordre et discipline dans les rangs. Mais ce n'est pas tout : l'engagement de ces apprentis sorciers est également ludique. On le devine à leurs mines épanouies ; on réalise qu'ils ont assouvi leur désir de jouissance totale. Regardez-les donc sur Whats
App : hilares, ils s'éclatent en bonne compagnie et dans un esprit de franche camaraderie.
L'idéalisme des jihadistes en herbe et leur surcroît d'énergie ne peuvent s'accommoder de la modération que la wasatiya de l'islam institué propose. Alors ils basculent dans la violence et dans une logique d'hostilité à l'égard de ceux qui ne partagent pas leur vision fantasmée de la religion. L'islam n'est qu'un prétexte pour verser dans l'illicite et assurer la gestion de la sauvagerie (Idarat al-tawahoush)*.
Dans un livre de 1961, Les Damnés de la Terre, Frantz Fanon s'attache à déceler une violence totale, qui permettrait à l'opprimé de recouvrer son humanité dans une révolte sauvage et irrationnelle. Mais la violence purificatrice expliquerait-elle suffisamment la mobilisation et l'engagement des loubards issus des cités HLM ?
Non, et l'horizon bouché de ces jeunes égarés ne justifie qu'en partie leur conversion à la brutalité et à l'horreur. Car Daech a des appâts. Il offre à ses troupes galvanisées la liberté d'agir dans l'irrégularité, le chaos et l'immunité totale. On se souvient de l'équation suivante : si le regard pouvait assassiner, si le regard pouvait violer, on verrait les rues pleines de cadavres et de femmes enceintes. Alors crucifier les prisonniers, lapider les femmes et défenestrer les homosexuels, quelle jouissance ! Quelle liberté d'action et quelle reconnaissance internationale !
Non, il ne suffit pas d'être les hommes du ressentiment pour répondre à l'appel du jihad. Certes, sociologiquement, les banlieues stigmatisées par les bien-pensants constituent un terreau fertile, mais cela ne peut expliquer l'engagement de tous ces guerriers de Dieu ni leur férocité.
Quand ces jeunes engagés s'arrogent, sous l'œil de la caméra, le droit d'empaler, de violer et d'imposer leur arbitraire à des populations terrorisées, c'est qu'il y a une autre dimension qu'on a tort d'ignorer, et c'est la frime. Rien ne peut flatter l'ego de ces affranchis du jihad comme le fait d'apparaître sur les écrans de télévision, tels Rambo ou Mad Max ! Et c'est là leur revanche sur le sort : la frime à défaut de glamour dans leurs vies antérieures.
Cheikh Mohammad Nokkari**, prenant la parole au cours d'une rencontre islamo-chrétienne en France, en 2015, récusait le fait qu'on puisse tuer au nom de Dieu au XXIe siècle. Sa condamnation de telles pratiques est à saluer. Seulement voilà, ces jeunes ensauvagés ne tuent pas au nom de Dieu mais au nom de la visibilité. Ils se donnent en spectacle, ils offrent au public leur conception de la liberté. Un spectacle « vidéo live », s'il vous plaît.
Liberté et visibilité seraient en somme les deux mamelles du jihadisme.

Youssef MOUAWAD

*Titre d'un manuel pratique qui circule dans les milieux fanatisés.
**Dr Mohammad Nokkari
Juge au tribunal chérié
sunnite et enseignant
à l'Université Saint-Joseph

À quoi tient le pouvoir d'attraction des mouvements comme Daech sur de jeunes Européens, Maghrébins de souche ou non ? Un apprenti terroriste sur le divan nous confierait, entre autre, son refus d'un monde désenchanté et son dégoût des mœurs occidentales. En cela, il ne différerait guère de ceux qui se convertissent à des sectes ésotériques pour se fondre dans le New Age. Un psychanalyste est arrivé à la conclusion qu'il y a « une obsession commune aux dépressifs et aux jihadistes», tous deux recherchant l'illusion de la toute-puissance perdue.D'autres raisons peuvent être invoquées. Les gouvernements européens ont affaire à des jeunes gens au chômage, en quête d'absolu tant ils se sentent réprouvés par la société. La presse anglophone qualifie de « disaffected youth » ces recrues parfaites pour la...
commentaires (6)

LES ANALYSTES S,EVERTUENT EN SUPPOSITIONS QUAND LE PROBLEME RESIDE A LA BASE...

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

22 h 43, le 25 février 2016

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Commentaires (6)

  • LES ANALYSTES S,EVERTUENT EN SUPPOSITIONS QUAND LE PROBLEME RESIDE A LA BASE...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    22 h 43, le 25 février 2016

  • Quand ces jeunes engagés s'arrogent, sous l'œil de la caméra, le droit d'imposer leur arbitraire à des populations Syriennes terrorisées, c'est qu'il y a une autre dimension qu'on a tort d'ignorer, et c'est la frime ! Rien ne peut flatter l'ego de ces affranchis de ce héZébbb comme le fait d'apparaître sur les écrans de télévision ! Et c'est là leur revanche sur le sort : la frime à défaut de glamour dans leurs vies antérieures." ! Tout à fait....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    12 h 30, le 25 février 2016

  • "Non, il ne suffit pas d'être les hommes du ressentiment pour répondre à l'appel du héZébbb. Certes, sociologiquement, les Ddâhïyéééhs stigmatisées constituent un terreau fertile, mais cela ne peut expliquer l'engagement de tous ces guerriers de Dieu ni leur férocité." ! En effet....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    12 h 28, le 25 février 2016

  • "Mais la violence purificatrice expliquerait-elle suffisamment la mobilisation et l'engagement des loubards issus des cités HLM ?" ! Mais oui ! Expliquerait-elle suffisamment, aussi, la mobilisation et l'engagement des loubards issus de Ddâhïyéééh, Fanâââr, Haÿésséllôm wé Laïylakééééh ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    12 h 23, le 25 février 2016

  • "Regardez-les donc hilares, ils s'éclatent en bonne compagnie et dans un esprit de franche camaraderie." ! Yâââï ! On dirait, tout à fait, l’un des plus gros trafiquants de drogue du Liban Noûhé(h) Zääïtîr ; chapeau de cow-boy vissé sur la tête et paire de jeans ; photographié en compagnie de miliciens du héZébbb !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    12 h 08, le 25 février 2016

  • "Un psychanalyste est arrivé à la conclusion qu'il y a une obsession commune aux dépressifs et aux jihadistes, tous deux recherchant l'illusion de la toute-puissance perdue." ! Yîhhh ! Tout comme certains chrétiens libanais recherchant, eux aussi, "l'illusion d'une toute-puissance perdue"....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 53, le 25 février 2016

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