Heykal en compagnie de Gamal Abdel Nasser et Anouar el-Sadate.
Mohammad Hassanein Heykal est mort. Mais lequel ?
Le journaliste ? L'écrivain ? L'historien ? Le politologue ? Le conférencier ? Tous ceux-là. Il avait été tous ceux-là. Bien sûr, il avait beaucoup changé mais il avait tenu, en récompense de sa réussite et de son génie, à ce que son image demeure celle de la pyramide de Khéops, celle du monument qui ne peut changer ! Il a débuté sa vie de journaliste dans la presse anglaise paraissant en Égypte et a écrit longtemps en anglais. Son élocution et son écriture en cette langue étaient raffinées et solides comme les articles qu'il rédigeait en arabe. Le mérite en revient à Moustapha et Ali Amine qui l'ont repéré tout comme ils avaient repéré nombre de talents journalistiques égyptiens. Ils le convainquirent d'abandonner l'anglais qui n'avait pas d'avenir dans la presse égyptienne et d'opter entièrement pour l'arabe. L'empire du grand quotidien Akhbar el-Yom lui fut alors ouvert et lui permit de prendre son élan. Mais il n'était pas fidèle aux frères Amine, ne défendant pas Ali Amine lorsqu'il a été emprisonné pour avoir critiqué le régime de Abdel Nasser devant l'ambassadeur américain. Moustapha Amine, pour sa part, a quitté l'Égypte et ne revint qu'après la mort de Abdel Nasser.
S'il ne s'était lié d'amitié avec Abdel Nasser et n'était pas devenu son associé fidèle, la nouvelle de sa mort aurait sans doute figuré dans la page des mots croisés. Mais le destin a voulu qu'il approche Abdel Nasser et qu'ils deviennent liés par une forte relation de travail. Heykal n'était pas le conseiller de Abdel Nasser. Le régime militaire de ce dernier n'admettait pas de conseillers. Le Raïs disposait de fonctionnaires qui exécutaient ses instructions et la politique qu'il était seul à tracer ! L'unique personne qui comptait à ses yeux était le maréchal Abdel Hakim Amer parce qu'il craignait que n'advienne en Égypte ce qui était advenu en Iran avec Mossadegh et que l'armée se retourne contre lui. Aussi avait-il donné à Amer tout ce qu'il souhaitait dans l'armée et lui avait même laissé cette armée qu'il transforma en « casino » et club de relations publiques. Ce n'était plus l'armée qui avait défendu les slogans brandis par Abdel Nasser et qui l'avaient élevé au niveau de leader du monde arabe, et le résultat fut la défaite historique de 1967.
Abdel Nasser avait grand besoin d'un homme rare comme Heykal...
Sous le régime de Abdel Nasser, il n'y avait de place que pour Heykal comme associé. Même les membres du Conseil de la révolution ont passé la moitié de leur vie en résidence forcée. Abdel Nasser avait besoin d'un Heykal. Comme nous le disait le docteur Ismat Abdel Magid, le Raïs avait besoin de quelqu'un qui lit en un jour tous les ouvrages et journaux importants qui paraissent dans le monde pour lui en faire ensuite un exposé en une demi-heure ou une heure. Il ne lui était pas possible de trouver facilement un tel personnage. Il le trouva en Mohammad Hassanein Heykal qui jouissait d'une grande intelligence et qui, par sa capacité de lecture rapide des textes aussi bien anglais qu'arabes, constituait une devise rare lui permettant de traiter d'égal à égal avec un Nasser qui était alors assimilé à un dieu.
Cette relation d'égal à égal lui ouvrit de larges horizons dont il profita tout en faisant profiter Abdel Nasser.
Ses interviews des gouvernants du monde entier aussi bien que des non gouvernants (dont Einstein, Nehru, Tito, le roi d'Espagne, puis d'autres) – toutes reproduites dans la presse et relatées dans ses ouvrages grouillant de secrets puisés dans le réservoir d'informations qu'il incarnait du temps de Abdel Nasser – marquèrent des petits moments d'histoire, l'intronisèrent dans le rôle d'historien...
Le rôle d'homme politique, celui qui consiste à disposer d'un vrai pouvoir, était sous le régime de Abdel Nasser. Lorsque ce dernier se fit acclamer, du haut du Palais des hôtes, par des centaines de milliers de Syriens à l'issue de la proclamation de l'union entre l'Égypte et la Syrie, puis après le coup d'État intenté contre Nouri Saïd et la royauté en Irak, il demanda à Heykal ce qu'il en pensait, celui-ci lui murmura perfidement : « Rappelle-toi que tu es un humain ! »
Ce qui importait pour Heykal était bien le pouvoir, l'exercice du pouvoir, tout pouvoir. Nasser avait bien besoin de lui, mais à titre de subordonné, de fonctionnaire, comme tous les autres. Abdel Nasser a laissé le commandement de l'armée à Amer et s'est adonné à la politique avec Heykal sous son aile. Aussi Heykal refusa-t-il tout poste ministériel du temps de Abdel Nasser et, après lui, de Sadate. Son intelligence très vive lui avait très tôt appris que les ministres sous ces régimes ne sont que des sous-fifres. À titre d'exemple, Nasser avait désigné aux postes de ministres deux jeunes diplômés de Harvard sortis avec honneur de cette université, mais il avait suffi que ces derniers se présentent au premier Conseil des ministres en tenue décontractée sportive pour qu'il leur ordonne de démissionner sur l'heure.
Il contribua avec Sadate à la liquidation de tous les nassériens...
Heykal finit par accepter difficilement le poste de ministre de l'Information dans les derniers jours de Nasser. L'exercice du pouvoir demeurait toujours son vrai et unique objectif. Aussi crut-il qu'il pouvait avec Sadate remplir le même rôle qu'avec Abdel Nasser, le nouveau Raïs ayant sans doute besoin de lui tout comme il avait lui-même besoin de ce dernier. Il contribua alors avec Sadate à la liquidation de tous les nassériens en aidant à leur révocation et à leur mise en prison. Il poursuivit ensuite la route avec Sadate et ne se brouilla pas avec lui au sujet du voyage de ce dernier à Jérusalem, mais au sujet de son rang (à lui, Heykal) et de sa relation avec Sadate. Était-il associé à l'élaboration de la politique égyptienne ou simplement un conseiller comme le voulait Sadate, contrairement à son propre souhait qui était celui de tracer cette politique. L'image que Heykal a voulu donner de lui-même était celle de l'écrivain patenté du nationalisme arabe, mais il a été en réalité l'hagiographe de ce pauvre nationalisme défait en 1967. Il était un modèle flamboyant d'intelligence, d'adresse, d'élégance et d'ingéniosité dans son comportement et il planifiait toute chose dans les moindres détails. Peut-être avait-il même choisi de mourir à 92 ans après avoir relevé qu'il n'y avait plus de place pour lui en politique.
J'ai fait la connaissance de Heykal chez le docteur Yehia al-Jamal (ancien vice-président du Conseil des ministres en Égypte) au Caire. Le docteur al-Jamal se rendait souvent à Paris et nous nous rencontrions dans des réunions mondaines et professionnelles. Il avait remarqué que nous avions créé l'association dénommée « Association des amis de Makassed » et il avait proposé de faire venir Heykal pour donner une conférence en cette association. Nous nous sommes tous les trois rencontrés ensuite lors d'une de mes visites au Caire et l'idée de cette conférence, avec participation de commentateurs, a été envisagée. J'ai proposé alors l'ancien journaliste du Monde, Éric Rouleau, devenu ambassadeur de France, et l'ancien ministre libanais, Ghassan Salameh. Heykal a très bien accueilli la proposition d'invitation de ce dernier qu'il a qualifié d'intellectuel en ajoutant d'autres témoignages d'estime, mais il a refusé la participation d'Éric Rouleau qui était né et avait vécu en Égypte avant d'aller vivre en France. « C'est un juif, me dit-il, on n'en veut pas ! »
Heykal n'aimait, ne haïssait, ne croyait qu'en Heykal...
Le président Saëb Salam accueillit très bien l'idée et nous promit de venir à Paris pour assister à la conférence. Heykal est venu et a tenu sa conférence le 7/12/1995 à l'invitation des amis des Makassed. Il a parlé de la crise dont souffrent les Arabes et de leur avenir. Il a bien parlé de leur crise, mais nous n'avons rien compris de leur avenir tel qu'il le conçoit. Saëb Salam ne vint pas ce jour-là mais insista sur la présence de Tammam en tant que représentant des Makassed, et il en fut ainsi. Tammam participa alors avec sa première épouse.
L'amitié qui me liait à Heykal évolua ensuite jusqu'au jour où nous nous réunîmes à Paris avec le bâtonnier Antoine Klimos qui proposa alors à Heykal de donner une conférence au siège de l'ordre des avocats à Beyrouth, ce que ce dernier accepta sans hésiter. Nous le contactâmes le lendemain pour lui proposer que la conférence se tienne à deux voix, la sienne et celle de Ghassan Tuéni. Il accueillit très chaudement cette idée et Ghassan Tuéni donna également son accord. La conférence se tint à l'ordre des avocats à Beyrouth sous le titre « Un pas possible dans un avenir probable ». Heykal nous prédit que le Pakistan attaquera les pays du Golfe par appétit pour leurs ressources. Tel était Heykal, qui n'aimait, ne haïssait, ne croyait qu'en Heykal !
Après les deux conférences à la préparation desquelles j'ai participé, un grand nombre de personnalités du Golfe, notamment de Dubaï et de Qatar, me contactèrent pour me demander d'intervenir auprès de Heykal pour l'interroger sur la possibilité de lui faire tenir une conférence à Dubaï et à Qatar. Sa réponse ferme et définitive fut : « Non, le Golfe est interdit et non existant. » J'ai insisté de mon mieux et, après avoir perdu espoir, j'ai allumé, la peine dans l'âme, la télévision et choisi de voir la chaîne d'al-Jazeera et quelle ne fut pas ma surprise d'y voir Heykal tenir une conférence, une de la série des conférences qu'il tint en fait pendant des années en contrepartie de rémunérations plus qu'imaginaires.
Je me suis alors assuré que l'image que je m'étais conçue de lui était vraie : il jouissait d'une intelligence, d'une habilité, d'une instruction immenses mais il était un amoureux passionné de son ego et de rien d'autre.
Abdel Hamid EL-AHDAB
Avocat


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
On serait par le "nationalisme" bidon abusé ! Il est vrai qu'avec ce hassanéééne on est gratifié, car avec ce type tout est erroné. Qu'importe, l'essentiel pour joindre 1 stimulation intellectuelle est que le doute soit par lui instillé, d’être conditionné de manière à altérer le sens d’1 phénomène, ou leurré par 1 niaiserie populiste qui ne serait que la fabrication d'un tel démagogue patenté pareil ; voilà ce qui menace ! Si l'on se permet 1 once de cuistrerie, on rappellerait que les "expertises" sur ce sujet ont tout dit au sujet de l'illusionnisme, ce bête bonneteau de la perception pratiqué si bien dans son show poujadiste pathétique si banal. Notamment que le bidouillage induit ce message sûr sournois, et qu'un tel enchaînement d’autant de baratins "patriotiques" crée du sens. D'où il ressort que la sensation qu’on a d'1 phénomène ; e.g. les boniments d'1 bonhomme en bonnet de journaleux mensonger ou la chevauchée navrante d’1 tel "patriote" au rabais etc. ; tout cela est biaisé par la représentation qui en est projeté, par 1 tel contexte fallacieux et 1 certaine résonance avec les à priori qui vont avec. Et que la faculté de penser s'en trouve bloquée dans d'aussi oiseuses "nationalistes certitudes " ! Alors que ce qu’on pourrait faire de mieux à ce sujet, renvoie à la réponse habituelle blasée d’un quidam arabe lorsqu’on l’aborde avec un : "Kîîîfâk, alors, ça va avec ce tïîîîl styyyle populiste ? Et qui répond : On se le demande, yâ hassirtîîîh !".
09 h 27, le 24 février 2016