Rechercher
Rechercher

Liban - En Toute Liberté

La Déclaration de La Havane : un changement d’époque

« En Orient, nous serons ensemble ou nous ne serons pas », clamaient dans leur appel prophétique, au début des années 90 du siècle dernier, les patriarches catholiques et orthodoxes d'Orient. Cette conviction a gagné aujourd'hui l'Église tout entière. Vingt-cinq ans après avoir été lancé, cet appel n'est plus une formule prémonitoire, élégante et funèbre, mais un programme de survie, comme on le voit si bien en Syrie et en Irak. Il est relayé aujourd'hui par la déclaration commune faite vendredi dernier (12 février) par le pape François et le patriarche Kyrill à Cuba. Une réunion qui s'est tenue dans l'urgence et qui a été comme hâtée par « la grande épreuve » des chrétiens du Moyen-Orient. Cette déclaration est, en un sens, le fruit de « l'œcuménisme du sang ».

Certains ont sursauté en entendant les deux chefs religieux demander à Dieu « qu'il protège sa création de la destruction et ne permette pas une nouvelle guerre mondiale ». Dans une interview publiée par le site orthodoxe russe Pravmir samedi 13 février, au lendemain de la rencontre de La Havane, le métropolite Hilarion Alfeyev de Volokolamsk, président du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou, qui a été associé de près à la rédaction de la Déclaration commune, s'en explique : « La déclaration reflète les événements les plus récents qui ont eu lieu autour de la Syrie. Je vous rappelle que ces derniers jours, de différents côtés, résonnaient des déclarations dangereuses sur l'état de préparation des différents pays à prendre part à une opération terrestre dans ce pays. Des coalitions antiterroristes ont été créées, elles risquent d'entrer dans des affrontements directs.

Qu'est-ce que cela signifie ? Le début d'actions militaires à grande échelle qui vont d'abord frapper non pas les terroristes, mais les uns et les autres. On n'est qu'à un pas d'une troisième guerre mondiale. Sa Sainteté le patriarche Kyrill a parlé de cela ces derniers jours quand nous nous apprêtions à partir pour Cuba. Selon lui, ce qui se passe en ce moment ressemble à ce qui s'est passé en octobre 1962, quand la crise dite "des Caraïbes" ( NDLR : dont l'URSS était l'un des protagonistes) a conduit le monde au bord d'une guerre nucléaire. »
Et le métropolite Hilarion d'ajouter : « Aujourd'hui aussi, dans le cadre de l'évolution dangereuse de la situation qui peut faire entrer dans une confrontation directe des pays possédant des armes nucléaires, il est nécessaire d'appeler toutes les parties impliquées dans le conflit à faire preuve de bonne volonté et à ne pas franchir le point de non-retour, car cela peut conduire à une tragédie à l'échelle planétaire. C'est justement dans ce contexte que résonnent les paroles de la Déclaration qui sont conçues pour dégriser les politiciens, refroidir les têtes brûlées. »
Ce que les deux chefs religieux proposent est exprimé au paragraphe 13 de la déclaration : « Pour vaincre le terrorisme, il n'est pas nécessaire d'avoir plusieurs coalitions. Une seule suffirait : celle qui unirait tous les hommes de bonne volonté. Elle devrait inclure non seulement les politiques, mais aussi les chefs religieux. »

En d'autres termes, l'action militaire doit s'accompagner de « l'indispensable dialogue interreligieux ».
« Les différences dans la compréhension des vérités religieuses ne doivent pas empêcher les gens de fois diverses de vivre dans la paix et la concorde. Dans les circonstances actuelles, les leaders religieux ont une responsabilité particulière pour éduquer leurs fidèles dans un esprit de respect pour les convictions de ceux qui appartiennent à d'autres traditions religieuses. Les tentatives de justification d'actions criminelles par des slogans religieux sont absolument inacceptables. Aucun crime ne peut être commis au nom de Dieu », lit-on encore au paragraphe 13 de la déclaration.

L'Ancien Monde
Avec l'allusion au risque d'une guerre mondiale, une autre phrase emblématique de la Déclaration de La Havane affirme la volonté des deux chefs d'Église à se parler « loin des querelles de l'Ancien Monde ».
La phrase est significative à deux niveaux. D'abord, sur le plan géographique, puisque la rencontre entre les deux hommes s'est faite dans un lieu tout à fait improbable, La Havane, ensuite sur les plans pastoral et dogmatique. « L'Ancien Monde » dont il est question est manifestement celui de la division entre orthodoxes et catholiques. Une division qui est particulièrement douloureuse aujourd'hui en Ukraine.

Voici ce que la déclaration en dit : « Malgré cette tradition commune des dix premiers siècles, catholiques et orthodoxes, depuis presque mille ans, sont privés de communion dans l'Eucharistie. Nous sommes divisés par des blessures causées par des conflits d'un passé lointain ou récent, par des divergences, héritées de nos ancêtres, dans la compréhension et l'explicitation de notre foi en Dieu. »
La déclaration est très claire là-dessus : « Nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu. »
À ce sujet, le cardinal Parolin, numéro deux du Vatican, affiche son optimisme. « La rencontre aura certainement un grand impact sur le cheminement œcuménique », a-t-il affirmé. Le cardinal Kurt Koch, secrétaire du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, parle aussi de l'impact « sur les relations avec l'ensemble de l'orthodoxie », rappelant en particulier qu'un grand concile panorthodoxe se tient en Crète du 16 au 27 juin.

L'avenir de l'humanité
Sur le plan culturel, sans prétendre être une analyse exhaustive, la Déclaration de La Havane observe que « la civilisation humaine est entrée dans un moment de changement d'époque ». Outre l'utilisation du religieux à des fins politiques, les autres signes de ce changement sont les situations de pauvreté extrême et la croissance des inégalités économiques et sociales qui sont à la source des flux migratoires et, en Europe par exemple, un « sécularisme agressif » qui « chasse de la conscience publique (...) la vocation particulière de l'homme et de la femme dans le mariage ».
« Ce monde, dans lequel disparaissent progressivement les piliers spirituels de l'existence humaine, attend de nous un fort témoignage chrétien dans tous les domaines de la vie personnelle et sociale. De notre capacité à porter ensemble témoignage de l'Esprit de vérité en ces temps difficiles dépend en grande partie l'avenir de l'humanité », conclut sur ce point la déclaration commune, qui s'inscrit « contre une intégration (européenne) qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses ». Emporté par les puissants courants de la mondialisation, le Liban ne saurait se considérer non concerné ou à l'abri de tout danger.

« En Orient, nous serons ensemble ou nous ne serons pas », clamaient dans leur appel prophétique, au début des années 90 du siècle dernier, les patriarches catholiques et orthodoxes d'Orient. Cette conviction a gagné aujourd'hui l'Église tout entière. Vingt-cinq ans après avoir été lancé, cet appel n'est plus une formule prémonitoire, élégante et funèbre, mais un programme de survie, comme on le voit si bien en Syrie et en Irak. Il est relayé aujourd'hui par la déclaration commune faite vendredi dernier (12 février) par le pape François et le patriarche Kyrill à Cuba. Une réunion qui s'est tenue dans l'urgence et qui a été comme hâtée par « la grande épreuve » des chrétiens du Moyen-Orient. Cette déclaration est, en un sens, le fruit de « l'œcuménisme du sang ».Certains ont sursauté en entendant...
commentaires (6)

Aux pape François et le patriarche Cyril, ne vous faites pas. Tant que le bloc aouniste par la voix de son préposé à la propagande Ibrahim Kanaan représente 86% des chrétiens libanais (sic), tous les chrétiens d'Orient en Iraq, en Syrie et ailleurs dans le monde arabe peuvent dormir tranquilles sous les décombres de leurs maisons et de leurs églises.

Annie

15 h 37, le 17 février 2016

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (6)

  • Aux pape François et le patriarche Cyril, ne vous faites pas. Tant que le bloc aouniste par la voix de son préposé à la propagande Ibrahim Kanaan représente 86% des chrétiens libanais (sic), tous les chrétiens d'Orient en Iraq, en Syrie et ailleurs dans le monde arabe peuvent dormir tranquilles sous les décombres de leurs maisons et de leurs églises.

    Annie

    15 h 37, le 17 février 2016

  • La Déclaration de KARL MARX : "C'est l'homme qui fait la religion et non elle qui fait l'homme. La religion est la conscience de soi et le sentiment de soi de l'homme qui, ou ne s'est pas encore conquis, ou s'est déjà de nouveau perdu. Mais l'homme, ce n'est pas un simple être abstrait recroquevillé hors du monde. L'homme c'est le monde de l'homme, c'est l’État, la société qui produisent la religion, une conscience renversée du monde parce qu'ils sont eux-mêmes un monde renversé. La religion est la théorie de ce monde, sa logique sous forme populaire, son point (d'honneur) juste spiritualiste, sa sanction morale, son cérémoniel, son universel motif de consolation et de justification. Elle est la réalisation chimérique de l'essence humaine, parce que l'essence humaine ne possède pas de réalité véritable. Lutter contre la religion, c'est lutter contre ce monde, dont la religion est l'arôme spirituel. La misère religieuse est à la fois l'expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. Elle est l'opium du peuple ! Nier la religion, bonheur illusoire du peuple, c'est exiger son bonheur réel. Exiger qu'il abandonne l'illusion sur son état, c'est exiger qu'il renonce à un état qui a besoin d'illusions. La critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, celle de la religion en critique du droit, celle de la théologie en critique de la politique.". Suis ton chemin et laisse dire, GRAND KARL !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 21, le 17 février 2016

  • "Déclaration commune, qui s'inscrit contre une intégration (européenne) - en fait française - qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses." ! A bas la Laïcité ! Surtout façon française....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 09, le 17 février 2016

  • "En Europe, par exemple, un sécularisme agressif (!?) qui chasse de la conscience publique (?!) la vocation particulière de l'homme et de la femme dans le mariage." ! Ils ne peuvent s'en empêcher ! Chassez le naturel, il revient au galop ! En plus, de quoi je me mêle, surtout de la part de gens ayant fait vœu de "chasteté" !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 06, le 17 février 2016

  • "Paragraphe 13 à nouveau : Les différences dans la compréhension des vérités religieuses ne doivent pas empêcher les gens de fois diverses de vivre dans la paix et la concorde." ! Qu'est-ce qu'il y a donc de si difficile "à comPrendre", dans ces "vérités" religieuses ? Elles qui ne sont que "le soupir de la créature accablée, l'âme d'un monde sans cœur et l'esprit d'un état de choses où il n'est point d'esprit.".

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 57, le 17 février 2016

  • "Paragraphe 13 de la déclaration : Pour vaincre, yâââï, le terrorisme, il n'est pas nécessaire d'avoir plusieurs coalitions. Une seule suffirait : celle qui unirait, wâlâoû, tous les hommes de bonne volonté. Elle devrait inclure non seulement les politiques, mais aussi les chefs religieux." ! Les enturbannés et les ensoutanés en tête de ce cortège d'armées ! Quelle scène ! Pathétique.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 48, le 17 février 2016

Retour en haut