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La Dernière

Quand les cow-boys taquinent la rime

This is America

Les héros du Far West, leur Stetson et leur âme des grandes plaines existent toujours. Une nouvelle sensibilité en plus.

12/02/2016

« Nous connaissons les bruits, nous les sentons marteler notre chair/Nous connaissons les odeurs des averses de pluie/Nous les sentons rétrécir notre peau/À nos pieds, le lent tournoiement des ruminements/Sur le matelas plat de l'herbe en éveil. » Des vers libres, comme leurs auteurs, des ranchers, éleveurs contemporains, certes roulant en 4x4 dans le Far West, mais qui n'ont pas oublié les temps héroïques et leur culture dans une version plus romantique.
Réminiscence de ces temps-là, le National Cowboys Poetry Gathering, une rencontre nationale de la poésie des cow-boys, lancée il y a 23 ans, avec un petit groupe de cow-boys poètes, s'est élargie au-delà des personnes maniant bien la plume. Elle comprend à présent des musiciens, des danseurs et même des panels de discussion. Le tout gravite autour de la vie dans l'univers de l'élevage bovin du Grand Ouest américain. Organisée par le « Western Folklife Center » (dédié à la sauvegarde de cette même culture), elle se déroule au mois de janvier dans la ville d'Elko, dans l'État du Nevada. Outre le cercle des poètes (pas vraiment disparus) des environs, elle attire des milliers de sympathisants, venus de toutes les régions mais aussi d'autres pays.
Selon le Western Foklife Center, les cow-boys ont commencé à taquiner la rime durant leurs chevauchées, il y a environ 150 ans. La nuit venue, ils se réunissaient au coin du feu et partageaient leurs vers. Cette tradition orale s'est poursuivie dans la communauté puis s'est étendue au-delà. En 1985, le National Endowment for the Arts (l'agence culturelle fédérale pour la promotion de projets artistiques) a donné le feu vert au Western Folklife Center afin de mettre sur pied ce festival de la poésie qui s'est poursuivi depuis.

 

« Colline tannée et rochers fracturés, murmurant des métaphores »
Les particularités de cette rencontre : elle n'implique ni compétition ni gagnants, juste des cow-boys poètes cultivant cet art à leur manière. Plutôt que d'être tournée vers le passé, avec des accents historiques, elle se veut une tradition vivante. Les projecteurs sont donc dirigés vers les cow-boys modernes et leur talent de poètes, leurs différences et leurs similitudes actuelles. Selon une étude du Smithsonian, il s'agit également de rapprocher la ruralité et l'urbanité, et démontrer qu'il s'agit d'une culture toute en humanité. Loin de l'imagerie populaire de ces héros de plein air, perturbateurs à souhait, poussant du pied les portes des saloons et tirant des coups de feu en chevauchant leur monture. Ici, ils expriment plutôt l'essence même de leur âme à travers le récit de leur existence au ranch, indépendamment du lieu où ils se sont fixés. En écrivant sur leurs chevaux ou sur leur 4x4, ils se sont trouvé une plate-forme pour aider à comprendre qui ils sont, ce qu'ils font et ce qui les préoccupe, et souligner qu'ils ne sont pas différents des autres. Quant aux femmes de cette communauté, elles préfèrent être appelées... cow-boys, cow-girls ayant pour elles une connotation de subalterne. Certains cow-boys pensent, eux aussi, troquer leur traditionnelle appellation contre celle de cow-man. Leur argument est personnel : éleveurs et gardiens de troupeaux, tout est à leurs yeux clairement affaire de vaches ! Alors, va pour le mot vache mais accompagné de man, car cow-boy implique fantaisie et insouciance, alors qu'eux se préfèrent ranchers poètes, chantres d'une identité profonde. Ainsi déclinée en vers : « Pas de trot au parc, sur un gazon bien arrosé, à l'ombre d'arbres taillés/Pas tout à fait sauvage, nous sommes captifs/D'un labyrinthe de collines tannées/De rochers fracturés/Et de chênes centenaires/Murmurant une métaphore de plus à nos lèvres. »

 

 

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