D’après l’Australie, le TPP débouchera sur l’abolition de 98 % des tarifs douaniers entre les douze États membres. Michael Bradley/AFP
L'accord de partenariat transpacifique (TPP) créant la plus vaste zone de libre-échange au monde, salué par Washington comme le moyen d'écrire les règles du jeu du commerce international et faire pièce à la puissance croissante de Pékin, a été signé officiellement hier en Nouvelle-Zélande.
L'accord TPP, conclu après cinq ans de laborieuses discussions, vise à abattre les barrières au commerce et aux investissements entre l'Australie, Brunei, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour, les États-Unis et le Vietnam. Ces 12 pays représentent près de 40 % de l'économie mondiale mais le TPP ne comprend pas la Chine, deuxième économie de la planète, écartée des négociations.
La Chine et les États-Unis rivalisent pour faire accepter leur propre vision du libre-échange dans cette région très peuplée et active économiquement alors que Washington veut faire de l'Asie-Pacifique le « pivot » de sa politique étrangère. « Le TPP permet aux États-Unis – et non à des pays comme la Chine – de rédiger la feuille de route du XXIe siècle, ce qui est particulièrement important dans une région aussi dynamique que l'Asie-Pacifique », a souligné le président Barack Obama dans un communiqué. C'est un « nouveau genre d'accord commercial qui donnera la priorité aux salariés américains », a-t-il assuré. « Tout simplement, il renforcera notre leadership à l'étranger et soutiendra les emplois ici aux États-Unis. »
Pékin travaille de son côté à sa propre zone de libre-échange de l'Asie-Pacifique (FTAAP). La Chine a également lancé la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures (BAII) afin de financer des projets en Asie. Bien que Pékin s'en défende, la BAII constitue de facto un contrepoids au contrôle exercé par Washington sur la Banque mondiale et par Tokyo sur la Banque asiatique de développement (BAD), même si les trois organisations affichent leur volonté de coopérer.
« La Chine continuera de participer activement (...) à des accords de libre-échange hautement transparents, ouverts et inclusifs » dans la région, a commenté jeudi un responsable du ministère chinois du Commerce, expliquant que Pékin était en train d'évaluer le TPP. Les différents accords en vigueur doivent « contribuer au développement du commerce, de l'investissement et de l'économie de la région Asie-Pacifique », a-t-il souhaité.
Parcours d'obstacles
Le représentant américain au Commerce Michael Froman a cependant souligné que le TPP n'avait « jamais été dirigé » contre un pays quel qu'il soit. « Il est important d'avoir une relation économique constructive » avec la Chine, a-t-il ajouté lors de la cérémonie de signature réunissant les représentants des 12 à Auckland. Le TPP n'a pas terminé son parcours d'obstacles car chaque Parlement national doit encore ratifier le texte dans les deux ans. En particulier, le texte suscite une hostilité croissante au Congrès américain. « Le Congrès doit le ratifier aussi rapidement que possible afin que notre économie puisse bénéficier immédiatement de dizaines de milliards de dollars avec de nouvelles opportunités à l'export », a plaidé M. Obama. Le Canada veut quant à lui engager un débat avant d'entamer le processus de ratification.
« Nous encourageons tous les pays à achever » ce processus « le plus vite possible », a renchéri le Premier ministre néo-zélandais John Key. L'accord va permettre d'offrir « un meilleur accès aux biens et services à plus de 800 millions de personnes dans les pays du TPP », a-t-il martelé, ajoutant que d'autres pays s'étaient montrés intéressés.
Très vaste, l'accord prévoit une ouverture substantielle des marchés des produits agricoles pour le Canada, les États-Unis et le Japon. Il concerne aussi des secteurs comme l'échange de données et la propriété intellectuelle qui n'étaient pas couverts par de précédents accords multilatéraux. D'après Canberra, le TPP débouchera sur l'abolition de 98 % des tarifs douaniers entre les douze États membres.
Plusieurs organisations non gouvernementales affirment que cet accord débouchera sur une dérèglementation généralisée au bénéfice exclusif des multinationales. De nombreuses voix critiquent les effets pervers du texte sur les droits des travailleurs, l'environnement, la perte de souveraineté ou encore l'accès aux médicaments. À Auckland, des milliers de manifestants sont descendus dans la rue en signe de protestation.
(Source : AFP)

