L’opposant syrien Salem el-Meslet embrassant une banderole faite de photos d’enfants tués durant la guerre en Syrie. Fabrice Coffrini/AFP
Les discussions de Genève sur la Syrie prenaient l'eau de toutes parts hier, le régime affirmant ne pas avoir de partenaire pour négocier, tandis que l'opposition exigeait de nouveau des mesures immédiates en faveur des civils.
Alors que l'envoyé spécial de l'Onu Staffan de Mistura avait déclaré officiellement lancées les discussions, la journée d'hier a offert une image de confusion totale, illustrant l'extrême difficulté de réunir les belligérants ainsi que le fossé entre diplomatie et réalité sur le terrain. La délégation du régime de Damas s'est entretenue plus de deux heures avec M. de Mistura, qui avait rencontré la veille l'opposition. Mais à la sortie de l'entretien, l'ambassadeur syrien à l'Onu Bachar el-Jaafari, chef de la délégation, a douché les espoirs d'une entrée rapide dans la négociation. « Nous sommes encore dans la phase préparatoire (...) Nous attendons toujours de savoir avec qui nous allons négocier et sur quel ordre du jour », a-t-il déclaré, répétant que la partie adverse n'était « pas sérieuse » et « ne traitait pas les questions comme des politiciens professionnels ».
La délégation du Haut Comité des négociations (HCN), qui comprend des politiques et des représentants de groupes armés, est fustigée par Damas et ses alliés, qui considèrent comme « terroristes » certains de ses membres.
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Le dilemme de l'opposition
Le régime joue à Genève une partie beaucoup plus confortable que l'opposition, écartelée entre sa volonté de ne pas apparaître comme celle qui ferait dérailler un processus de paix et son refus d'entrer dans une négociation sans amélioration concrète sur le terrain.
Un dilemme dont elle peine à sortir, alors que les violences se poursuivent sans relâche et que la situation humanitaire s'aggrave. Les représentants du HCN ont d'ailleurs boudé la seconde réunion prévue hier avec M. de Mistura. « Nous avons présenté nos exigences (humanitaires). Il n'y a aucune raison de répéter la même chose », a déclaré une porte-parole, Farah Atassi. Mais selon le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, cette rencontre devrait avoir lieu aujourd'hui ou demain, et l'opposition pourra alors « expliquer sa position et annoncer la composition de sa délégation aux pourparlers ». M. de Mistura a confirmé ces propos en soirée, jugeant « toujours possible » un échec total des discussions dans la ville suisse mais soulignant la nécessité de mettre fin à ce conflit. Et devant le Palais des Nations, où le sol avait été tapissé de photos insoutenables d'enfants syriens tués dans des bombardements ou disparus, l'opposition a également accusé Damas et son allié russe de commettre un « nouveau massacre » à Alep (Nord) et Homs (centre).
Sur le terrain, en effet, les forces de Damas avançaient hier près d'Alep, appuyées par l'aviation russe qui a réalisé 270 frappes depuis lundi matin, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). « Un nouveau massacre est en train de se produire en Syrie et personne ne fait rien, ne dit rien, la communauté internationale est totalement aveugle », a accusé un autre porte-parole, Salem el-Meslet. « Ce que les forces de Damas et leurs alliés sont en train de nous dire, c'est que le processus politique de Genève ne vaut pas un clou à leurs yeux », a renchéri une responsable de l'opposition, Basma Kodmani, réitérant des exigences humanitaires avant toute négociation : levée des sièges, libération de détenus et arrêt des bombardements contre les civils.
De son côté, le secrétaire d'État américain John Kerry a appelé l'opposition à rester en dépit des bombardements russes intenses sur leurs positions, affirmant qu'un cessez-le-feu pourrait être rapidement mis en œuvre si toutes les parties acceptaient de négocier. « L'espoir, l'attente est que cela ne prenne pas trop de temps », a-t-il ajouté. Depuis l'intervention de la Russie fin septembre, l'armée du régime a progressé face aux rebelles dans les provinces de Lattaquié (Nord-Ouest), Alep et Deraa (Sud), permettant de « renverser la situation » selon le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov. Celui-ci a réitéré hier que les représentants des groupes armés inclus dans l'opposition ne devaient pas être considérés comme des « négociateurs », mais qu'ils étaient là « à titre personnel ».
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