Benoît Violier posant devant le restaurant de l’hôtel de ville. Photo AFP
L'un des plus grands chefs cuisiniers, le Franco-Suisse Benoît Violier, qui dirigeait le restaurant étoilé de l'hôtel de ville de Crissier en Suisse, se serait suicidé, a annoncé dimanche dans la nuit la police cantonale vaudoise, plongeant le monde de la gastronomie dans le deuil. « En fin d'après-midi, la police de l'ouest lausannois est intervenue à Crissier, où elle a découvert, à son domicile, le corps sans vie de Benoît Violier, âgé de 44 ans. L'intéressé aurait mis fin à ses jours à l'aide d'une arme à feu », a ainsi indiqué la police suisse. Une instruction pénale a été ouverte afin d'établir les circonstances exactes du décès.
Ce drame rappelle des heures sombres au monde de la gastronomie, durablement marqué par le suicide d'un autre chef, Bernard Loiseau, le 25 février 2003 à l'âge de 52 ans. La nouvelle a ainsi suscité un flot de condoléances et d'hommages sur Twitter de la part des pairs de Benoît Violier, de Pierre Gagnaire à Gérald Passedat, en passant par Jean-François Piège et Marc Veyrat, qui s'est dit « anéanti ». « La planète est orpheline de ce chef d'exception, Benoît Violier », a-t-il affirmé. « Grand chef, grand homme, gigantesque talent. Toutes nos pensées vont vers la famille et les proches de Benoît Violier », a écrit le pape de la gastronomie française, Paul Bocuse. Anne-Sophie Pic, seule femme triplement étoilée, s'est également dit « terriblement attristée ». « Une pensée affectueuse à sa famille, à ses équipes. Je n'ai pas de mots », a-t-elle tweeté. « Nous sommes bouleversés par la disparition de Benoît Violier, chef à l'immense talent. Nos pensées vont à sa famille et à ses équipes », a réagi le guide Michelin sur son compte officiel. Jean-François Piège a, lui, salué « un immense chef » et a fait part de son « immense tristesse ».
Le 12 décembre dernier, le restaurant de l'hôtel de ville à Crissier, que Benoît Violier dirigeait donc aux côtés de sa femme Brigitte, était arrivé à la première place de La Liste, un palmarès des « mille tables d'exception dans le monde » réalisé sous l'impulsion du Quai d'Orsay pour répondre au classement britannique controversé des 50 Best restaurants. Ce restaurant trois étoiles, situé près de Lausanne, devançait ainsi le new-yorkais Per Se, autre établissement triplement étoilé au Michelin dirigé par le chef américain Thomas Keller.
Passionné de chasse
Passé chez Joël Robuchon à Paris, ce meilleur ouvrier de France avait succédé à la tête du restaurant de l'hôtel de ville de Crissier, ouvert il y a 60 ans, aux chefs suisses Frédy Girardet puis Philippe Rochat. Ce dernier est mort en juillet dernier après un malaise à vélo.
Benoît Violier, fils de viticulteur originaire de La Rochelle, avait obtenu la nationalité suisse il y a deux ans, selon le journal suisse Blick. Sacré cuisinier de l'année 2013 par l'édition suisse du Gault & Millau, il était passionné de chasse et spécialiste de la préparation du gibier. Lièvre à la royale, chamois, mouflon, ainsi que des bécasses – dont la consommation au restaurant est permise en Suisse à la différence de la France – sont parmi les plats proposés dans son établissement, qui promeut aussi une cuisine de saison faisant une large place au bio. Le restaurant de 50 couverts, qui a décroché trois étoiles au Michelin il y a une vingtaine d'années, propose des menus de 195 à 395 francs suisses (entre 180 et 365 euros).
Par le passé, d'autres grands chefs cuisiniers ont également mis fin à leurs jours. Bernard Loiseau, chef de l'hôtel-restaurant La Côte d'Or à Saulieu en France, en février 2003 donc. Il était l'une des étoiles de la gastronomie française, à l'égal de Paul Bocuse et de Georges Blanc, se présentant souvent comme « le seul cuisinier au monde à être coté en Bourse ». La même année, le 3 décembre 2003, un cuisinier moins célèbre, le chef Pierre Jaubert, propriétaire et chef de l'Hôtel de Bordeaux, à Pons en France, deux pavillons au guide Michelin 2003, s'était aussi donné la mort.
(Source : AFP)

