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Lifestyle - Disparition

Jacques Rivette ne surfera plus sur la Nouvelle Vague

Le réalisateur, artisan inspiré du cinéma français, est décédé hier à 87 ans.

Jacques Rivette (au centre), Emmanuelle Béart et Michel Piccoli au Festival de Cannes en 1991. Ils y présentaient « La belle noiseuse ». Gérard Julien/AFP

Le réalisateur Jacques Rivette, membre du mouvement du cinéma français de la Nouvelle Vague, est décédé hier à Paris à l'âge de 87 ans, a indiqué sa biographe Hélène Frappat.
Rivette avait abordé le cinéma par la critique, comme les autres futurs piliers de la Nouvelle Vague : François Truffaut, Jean-Luc Godard et Éric Rohmer. Artisan inspiré du cinéma français, Jacques Rivette était le réalisateur plein de rigueur de La religieuse – un temps interdit –, Céline et Julie vont en bateau, ou encore La belle noiseuse. Homme discret, voire secret, érudit, d'une immense mémoire, il était un cinéaste influent mais qui se tenait artistiquement en marge, souvent ignoré par le grand public.
Longtemps réalisateur confidentiel, il avait fait l'actualité en 2015 avec la sortie en salles et en DVD de son film fleuve Out 1, d'une durée de 12 heures 30 minutes, réalisé en 1971. Il n'avait jamais été exploité en salles dans cette version. Considéré par la critique et une partie de la profession comme un événement majeur, ce film est une adaptation fort libre d'Histoire des treize, un roman de Balzac. Le film doit donc durer 13 heures, avait dit en substance Rivette, mi-blagueur, mi-sérieux. Au générique, on trouvait les acteurs de la Nouvelle Vague comme Jean-Pierre Léaud, Michael Lonsdale, Bernadette Lafont et surtout Bulle Ogier, sa muse.
Pour lui, les films pouvaient être expérimentaux. Il n'hésitait pas à bousculer des codes en vigueur, à tourner des films très longs pour imposer un rythme lent, laissant au spectateur une certaine liberté pour découvrir les personnages. « On ne peut pas passer à travers les films de Rivette sans en être changé. Dans ces organismes vivants, on fait sa propre vie, deux, trois, quatre heures durant », a résumé un critique.
Avec les acteurs, ce passionné de théâtre, travaillant souvent sur des histoires de complot, adorant filmer la déambulation de gens dans les rues de Paris, utilisait une méthode qu'il avait longtemps conservée : pas de scénario, mais un canevas d'une quinzaine de pages, donné la veille ou parfois le jour du tournage, à partir duquel les comédiens prennent possession de leur personnage. « Il nous donne la possibilité d'être aussi auteurs », disait le comédien Sergio Castellito.

« La religieuse » censuré
Fils de pharmacien, Jacques Rivette était né à Rouen le 1er mars 1928. En 1949, il s'inscrit à la Sorbonne, mais fréquente davantage le ciné-club du Quartier latin que les amphis. En 1950, il fonde La gazette du cinéma avec Éric Rohmer. Critique dans la revue des Cahiers du cinéma, il en est le rédacteur en chef de 1963 à 1965. Assistant de Jacques Becker et de Jean Renoir, il réalise en 1958 son premier long-métrage, Paris nous appartient.
Son second long-métrage est La religieuse, réalisé d'après le roman de Diderot. Anna Karina y interprète Suzanne, une jeune fille mise de force dans un couvent mais qui refuse de prononcer ses vœux. Il devient célèbre à cause de l'interdiction (qui ferait sourire aujourd'hui) « pour ne pas heurter gravement les sentiments et les consciences d'une très large partie de la population ». La censure du film est levée en 1967, un an après sa sortie, mais il reste interdit aux moins de 18 ans.
Avec L'amour fou (1968) et, donc, Out 1, il approfondit ses recherches sur l'improvisation et le mélange entre fiction et documentaire. Avec Céline et Julie vont en bateau, il touche au fantastique, mais revient à un certain réalisme dans Le pont du Nord. Emmanuelle Béart pose pour La belle noiseuse en 1991 avec Michel Piccoli, et Sandrine Bonnaire est Jeanne d'Arc dans un film en deux épisodes, Jeanne la pucelle. En 2000, Jacques Rivette réalise Va savoir, une comédie librement inspirée du Carrosse d'or de Jean Renoir, cinéaste auquel il avait consacré en 1966 un documentaire.
Jacques Rivette était fidèle à ses comédiens, puisqu'il refait tourner Sandrine Bonnaire et Emmanuelle Béart, la première dans Secret défense (1997), la seconde dans Histoire de Marie et Julien (2003), deux films qui voient le cinéaste renouer avec sa veine sombre. Son dernier film, en 2009, était 36 vues du pic saint Loup.

Libre et inventif
Aussitôt l'information sur sa mort diffusée, le président français François Hollande a salué « l'un des plus grands cinéastes » dont « l'œuvre hors normes lui a valu une reconnaissance internationale », tandis que la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a estimé qu'il s'agissait de la disparition de « l'un des plus grands cinéastes de l'intime et de l'impatience amoureuse ». Il était « l'un des plus lucides, les plus inventifs, les plus libres de la Nouvelle Vague », a souligné Gilles Jacob, ancien critique et ex-président du Festival international de Cannes. « Le cinéma français perd un de ses réalisateurs les plus libres et les plus inventifs », a renchéri l'actrice Anna Karina, qui, hormis La religieuse, avait également joué avec lui dans Haut, bas, fragile.
(Source : AFP)

Le réalisateur Jacques Rivette, membre du mouvement du cinéma français de la Nouvelle Vague, est décédé hier à Paris à l'âge de 87 ans, a indiqué sa biographe Hélène Frappat.Rivette avait abordé le cinéma par la critique, comme les autres futurs piliers de la Nouvelle Vague : François Truffaut, Jean-Luc Godard et Éric Rohmer. Artisan inspiré du cinéma français, Jacques Rivette était le réalisateur plein de rigueur de La religieuse – un temps interdit –, Céline et Julie vont en bateau, ou encore La belle noiseuse. Homme discret, voire secret, érudit, d'une immense mémoire, il était un cinéaste influent mais qui se tenait artistiquement en marge, souvent ignoré par le grand public.Longtemps réalisateur confidentiel, il avait fait l'actualité en 2015 avec la sortie en salles et en DVD de son film fleuve Out...
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