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Moyen Orient et Monde

Encore et toujours, l’impasse pour l’opposition syrienne

Éclairage

Plusieurs membres du CNS ont dénoncé, ces derniers jours, les propos de Kerry concernant la formation d'un gouvernement d'union nationale et la candidature d'Assad aux élections futures.

26/01/2016

Un énième round de pourparlers de paix sur la Syrie devant débuter hier à Genève ont été reportés au vendredi 29 janvier. La raison ? « Un blocage » sur la composition même des délégations devant y participer, selon l'émissaire de l'Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura. D'ici là, des représentants de l'opposition sont censés se réunir aujourd'hui à Riyad pour décider de se rendre ou non à ces discussions intersyriennes, d'après les déclarations à l'AFP de Fouad Aliko, représentant du Conseil national kurde au sein de la Coalition nationale syrienne (CNS), principal groupe d'opposition à l'extérieur de la Syrie.


M. Aliko a également fortement critiqué la rencontre samedi dernier entre le secrétaire d'État américain John Kerry et Riad Hijab, coordinateur de la Coalition de l'opposition syrienne et des membres du haut comité des négociations (HCN). Il n'est d'ailleurs pas le seul, plusieurs opposants ayant fait ces derniers jours des déclarations similaires dans plusieurs médias, comme Le Monde, al-Arabi et al-Hayat, accusant M. Kerry d'avoir « menacé » l'opposition syrienne. Le soutien occidental à l'opposition syrienne sera « retiré » si cette dernière persiste à se rendre aux pourparlers avec des « conditions préalables » (arrêt des violences, levée des sièges, etc.), d'après les différentes déclarations d'opposants. Plus encore, le secrétaire d'État américain aurait fait part de son désir de voir la formation d'un « gouvernement d'union nationale » en Syrie, et non d'un gouvernement « de transition » comme prévu par la résolution 2254, adoptée le 18 décembre 2015 par le Conseil de sécurité de l'Onu.

 

(Lire aussi : La politique de la terre brûlée d'Assad)

 

Les Etats-unis, depuis toujours anti-CNS
Pour le politologue syrien Salam Kawakibi, interrogé par L'Orient-Le Jour, il n'y a jamais eu de changement de position américaine dans le dossier syrien, « qui n'a jamais été une priorité » pour Washington « et ce dès le début ». « Les États-unis n'ont jamais réellement soutenu l'opposition politique ou militaire syrienne. Leur soutien réel va en revanche au PYD », branche syrienne du PKK turc, pourtant présent sur leur liste de groupes terroristes, explique le spécialiste, pour qui Washington a trouvé son salut dans l'intervention militaire russe en Syrie. D'après M. Kawakibi et plusieurs autres opposants syriens ayant critiqué la rencontre « catastrophique » de samedi dernier entre M. Kerry et M. Hijab, le diplomate américain aurait demandé à M. Hijab d'accepter que le président syrien Bachar el-Assad se représente aux élections présidentielles, tout en lui demandant de faire son possible pour le vaincre lors du scrutin... « Il ne reste donc à l'opposition que ses alliés réels, c'est-à-dire l'Arabie saoudite, le Qatar, et la Turquie, mais il faut voir comment les États-Unis vont exercer des pressions sur ces trois pays pour les empêcher de soutenir réellement l'opposition », dénonce d'avance le politologue.


Barah Mikhaïl, professeur à l'université Saint-Louis de Madrid, se montre pour sa part plus prudent. « Deux options sont possibles. Soit, et c'est déjà arrivé par le passé, il s'agit de propagande de la part de l'opposition syrienne ; soit c'est une réalité, mais cette réalité ne mènera pas à grand-chose. » Le tort de cette approche, pour ce spécialiste du Moyen-Orient interrogé par L'Orient-Le Jour, est d'essayer de faire croire que les États-Unis sont encore capables d'avoir un impact quelconque, en forçant soit les Russes, soit le régime syrien, à agir d'une manière ou d'une autre. « Je crois que les Américains et les Russes sont à égalité, dans le sens où chacun se dit qu'il ne se fera pas imposer les perspectives d'un accord quelconque par son rival. »
Il convient alors de considérer les différents choix qui s'offrent à l'opposition syrienne, face à la position américaine actuelle si elle est avérée. Les deux experts s'accordent à dire que l'opposition a peu de marge de manœuvre, et cela persistera tant qu'il y aura des facteurs de blocage, au niveau des opposants comme au niveau de certains pays. L'Arabie saoudite refuse ainsi d'envisager un rôle quelconque pour le président syrien dans l'avenir de la Syrie, ne serait-ce que pour un processus de transition.


Depuis le début du conflit en 2011, l'opposition syrienne fait face à un autre obstacle majeur, à savoir un manque d'unité et de cohérence face au régime syrien d'abord, puis à la montée en puissance de différents groupes sur le terrain ensuite. Salam Kawakibi conteste fermement cette conception, affirmant que les blocages viennent d'ailleurs et que l'opposition a été « plusieurs fois unie, dont la dernière fois à l'occasion de la conférence de Riyad (le 10 décembre 2015) ». « Au sein du HCN, il y a des représentants de presque toutes les composantes de l'opposition, à part Haytham Manna, qui n'est pas un vrai opposant, et Saleh Muslim, qui collabore avec le régime syrien », affirme le politologue. Début décembre 2015 pourtant, l'un des principaux groupes rebelles syriens, Ahrar al-Cham, avait annoncé son retrait de la conférence de Riyad, le justifiant par le « rôle essentiel » donné à « des personnalités liées au régime » lors de la conférence. Ce que réfute M. Kawakibi, qualifiant ce retrait de « manœuvre politique pour faire accepter la délégation ». « Ahrar al-Cham est étroitement lié à la volonté de l'Arabie saoudite, qui sont leurs bailleurs de fonds, et donc seront présents (aux discussions) si le royaume le leur demande. »


Mais pour M. Mikhaïl, il y a effectivement plusieurs oppositions syriennes en place, car les divisions continuent à prévaloir. « Il n'y a toujours pas d'unité de perspective de la part des opposants, à part leur volonté de renverser le régime bien entendu. Et la mort de Zahran Allouche (tué fin décembre par un raid aérien en Syrie) a porté un énième coup dur à une bonne partie de l'opposition », estime-t-il.

 

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Henrik Yowakim

Plusieurs membres du CNS ont dénoncé, ces derniers jours, les propos de Kerry concernant la formation d'un gouvernement d'union nationale et la candidature d'Assad aux élections futures.

QUAND EST CE QUE LES MEMBRES DU CNS VONT ILS COMPRENDRE QUE LE PRETENDU POMPIER AMERTICAIN EST EN FAIT LE PRINCIPAL PYROMANE DE LA CRISE SYRIENNE
ET QUE DERRIERE LA SURVIE DU GANGSTER ASSAD SE TROUVENT LES DIGNES DESCENDANTS D'AL CAPONE DEGUISEES EN SECRETAIRE D'ETAT ET AUTRES EMISSAIRE COMME L'IMMONDE VAUTOUR BIEN NOURRI ET BIEN PENSANT L'ARITOCRATIQUE ET NOBLE MARQUIS DI MISTURA?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Tant mieux !
Comme ça leur guerre durera encore plus longtemps, satisfaisant par-là la légitime revanche des éhhh Libanais !
Khâââï !

AIGLEPERçANT

En matière d'impasse on a connu ça au Liban, mais comme on a bien vu que Geagea s'était rallié au groupe des résistants en tournant le dos aux differents blocs salafowahabites , en Syrie on aura le même scénario, et les opposants qui ne sont tjrs pas connus ni définis , puisque les 2 forces principales soutenues l'une par la Turquie et l'autre par les golfiques, ne sont tjrs pas d'accord entre elles .

Et rirent bien et fort qui riront les derniers.

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