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Culture - Rencontre

Un soufi perdu dans la ville

Hassan Ajami, regard scanneur d'un intellectuel pacifiste qui tire à boulets rouges sur la société.

Hassan Ajami, 45 ans, a à son actif une vingtaine d'ouvrages de philosophie et de poésie, en langues arabe et anglaise. De passage au Liban, on le retrouve avec la même bouille étonnée, le verbe intarissable, les cheveux dégarnis au front mais longs dans la nuque. Veste en cuir noir et polo sombre pour une plume qui s'est installée, en toute caustique ironie et mordante critique, dans le « super » .... Supermodernité, superfuturisme, superfondamentalisme, superrégression... Et aujourd'hui, sous presses, aux éditions Dar al-arabia lil ouloum, De la superglobalisation au superpasséisme. Vaste programme !
Comment aborder un pays d'origine après une longue absence ? Quel nouveau visage y perçoit-on ?
« J'ai trouvé que la folie a augmenté, confie Hassan Ajami en un calme olympien. On aime un pays, on le détruit. L'agressivité des gens a augmenté. Même pour un simple droit de passage... »
Pour cet intellectuel, fervent admirateur de Jalal el-Din el-Roumi, dont les écrits sont plébiscités, semble-t-il, comme lecture favorite outre-atlantique, l'écroulement de la civilisation (mercantile et fermée, dixit le penseur exilé), aussi bien orientale qu'occidentale, est une évidence. Originaire d'Abbassiyé (Liban-Sud), il a quitté Beyrouth il y a déjà plus de six ans pour s'installer à Glendale aux États-unis où il enseigne la langue arabe (à Arizona State University) et écrit. Son parcours est observation, détection, écoute, enseignement, annotation. Mais aussi explication, décortication et glose sur la culture arabe et islamique. En confrontation avec toutes les valeurs et données actuelles.


Récemment, son dernier recueil de poésie en anglais parlait en un lyrisme maîtrisé, empruntant aux éléments cosmiques des arguments de conviction, d'harmonie universelle et d'analyse, du soufisme. Le soufisme qui croit en l'unité de l'humanité. Le soufisme qui clame que toutes les religions sont une. Le soufisme comme humanisme qui a dépassé l'islam. Le soufisme mysticisme d'une main tendue vers l'autre, un pont pour tout partager. Un appel à l'amour et à la miséricorde.
C'est en (et à travers) ces termes que Hassan Ajami voit une société apaisée et libérée de ses fantasmes de domination, d'addiction, d'un trop-plein, jusqu'à l'écœurement (de tout !), de servitude, de consumérisme. Et s'il cite le linguiste Noam Chomski qui a fait du « comportement verbal » son cheval de bataille... « Toutes langues sont une seule langue », avait dit l'auteur de Structures syntaxiques, controversé dissident contre les élites et la pensée dominante.
Jonglant avec les idées, les concepts, la méditation et la réflexion, Hassan Ajami est concerné par tout et tous. Pour lui, pas de différence entre poésie (il a même tâté la poésie scientifique entre chiffres, nombres, astres et galaxies !) et philosophie. Écrire pour lui, c'est témoigner, explorer, interroger. L'humanité. Et l'humanité, pour lui, c'est l'autre, l'altérité...


Liberté de penser et de dire, voilà son credo. Loin de toute notion « isolationniste », il n'en pense pas moins du mal de la manipulation des médias, de l'intoxication de l'information télévisuelle et des réseaux sociaux. « Cela n'unit pas les gens, dit-il, mais au contraire les conforte dans leur solitude. Avant tout, même si on critique l'autre, il faut l'accepter... Chez les Arabes, il n'y a pas de langage, pas de paroles, pas de communication, d'où la guerre. »
Fort du succès de son premier recueil poétique sur le soufisme, voilà qu'il récidive et met les dernières touches à une nouvelle plaquette intitulée Soufi taeh (Un soufi perdu) à paraître incessamment en devanture des librairies. Dans ce monde moderne contemporain, en ce siècle de matérialisme outrancier, il oppose les valeurs d'un humanisme bienveillant.

 

Pour mémoire

Diogène et sa vérité, en mode soufie

Hassan Ajami, 45 ans, a à son actif une vingtaine d'ouvrages de philosophie et de poésie, en langues arabe et anglaise. De passage au Liban, on le retrouve avec la même bouille étonnée, le verbe intarissable, les cheveux dégarnis au front mais longs dans la nuque. Veste en cuir noir et polo sombre pour une plume qui s'est installée, en toute caustique ironie et mordante critique, dans le « super » .... Supermodernité, superfuturisme, superfondamentalisme, superrégression... Et aujourd'hui, sous presses, aux éditions Dar al-arabia lil ouloum, De la superglobalisation au superpasséisme. Vaste programme !Comment aborder un pays d'origine après une longue absence ? Quel nouveau visage y perçoit-on ?« J'ai trouvé que la folie a augmenté, confie Hassan Ajami en un calme olympien. On aime un pays, on le détruit....
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