Rechercher
Rechercher

Culture - En Librairie

Diogène et sa vérité, en mode soufie

Une plaquette de poésie* en langue anglaise, diaphane comme l'air qu'on respire avec quelques lourdeurs dans sa partie de prose, pour un voyage dans un univers soufi revisité.

Enfant du Sud, originaire de Abassiyé (au-dessus de Tyr), Hassan Ajami est aujourd'hui en Arizona, aux États-Unis. Ses ouvrages, en langues arabe et anglaise, totalisent une vingtaine d'opus. Percutants. Et qui font grincer les dents de certains... Entre procès à la civilisation arabe, réflexion philosophique et critiques sur le monde musulman, poésie à base scientifique, ses écrits interpellent.
Autant sa langue et son univers philosophique dans l'expression d'Avicenne, al-Farabi ou Ibn Toufayl est élitiste et parfois hermétique, autant sa poésie est simple, claire, cosmique, respirant la liberté et la libération. Pour lui, pas de différence entre philosophie et poésie car il s'agit d'explorer et d'interroger le champ de l'humanité. Il écrit pour manifester et témoigner de son humanité (son humanisme !). Et son humanité, c'est toujours l'autre...
Hassan Ajami a cette dualité surprenante et singulière dans le personnage d'un homme de lettres oriental, aussi bien versé dans la philosophie ancienne que moderne et formé entre deux rives, entre Proche-Orient et Occident où après un BA de l'AUB il obtient un MA de l'Université de Colombia à New York. Ardent et âpre défenseur de la science et de la démocratie, il enseigne actuellement la langue arabe et la culture arabo-islamique en Arizona.
Entre-temps, comme pour ne pas perdre d'un pouce une certaine spiritualité et inspiration, il a décidé de taquiner les muses. À la mode soufie et dans la langue d'Elliott et Burroughs. Le résultat est lumineux. Pour une combinaison d'horizons et de mots qui pourrait paraître presque inconciliable, détonante.
Mais la poésie a plus d'un tour de magie dans son sac et le Parnasse ici a un passeport de paix multinational et multiculturel ! Ici, dans ces pages habitées de paix, de silence, quêtant l'amour de Dieu et de l'autre, pas de symbole de sabre, de désert, de lances, d'héroïsme mensonger. Pas de gloire défunte à ressusciter, pas de cause pour ensanglanter les traversées humaines.

Vers libres pour l'initiation à la vérité
Une certaine grâce et une grâce certaine se dégagent de ce mince fascicule, largement mordu de blanc (A Short Philosophical and Poétic Journey – Un court voyage philosophique et poétique –, 97 pages, édition Inkwell Productions) de Hassan Ajami où, à travers des vocables usuels, on entre dans le cœur ésotérique de la tradition islamique. Initiation pour une vérité intérieure qui vivifie en empruntant la grande route des pèlerins et tout homme de foi en Dieu, sa création et la vie pour se débarrasser de tout ce qui est écorce et aller, en toute clarté, limpidité et sagesse, vers le noyau.
Tout en cultivant le mystère de l'univers et de la création, la connaissance cachée et la vérité sont prônées. Pour délivrer l'homme des passions et des illusions qui l'assaillent. Surtout en ce monde contemporain nucléaire où l'être est pris d'assaut et croule sous la surinformation, le relâchement des mœurs, les sollicitations les plus inattendues, les opulences les plus insolentes, les misères les plus ahurissantes et une technologie de pointe envahissante et agressive.
Sans recourir aux rigueurs de la métrique, usant (et abusant !) de l'aphorisme, du syllogisme et autres variantes de formulation de pensées, s'adonnant aux rimes libres pour une musicalité sans pompe, mais douce comme un chant de rivière, un babillement de merle ou un scintillement d'étoile, Hassan Ajami est pour un propos basique. Net et concis. Sans préambule ni épilogue. Sauf quand il déstructure le langage dans des expressions parfois indigestes et pas souvent heureuses. N'est pas Cioran qui veut avec une prose même fignolée et ciselée !
Pour ce Diogène qui cherche sa vérité avec sa lanterne dans cet Orient aujourd'hui glauque, éclaté et cacophonique, qui allie concept philosophique et poésie, qui jongle avec les idées, les descriptions, les analyses, le lyrisme contenu, la contemplation, la réflexion et la méditation, le mot est le meilleur outil pour semer le doute et ramener au droit chemin.
Tout en étant sur les traces d'un Djalal el-Din Rumi ou Attâr, tout en usant avec parcimonie et doigté de la langue d'Emerson, Frost et Allen Ginsberg, Hassan Ajami touche à une poésie aux préoccupations universelles. Une poésie de tous les temps qui ne taille ni dans les fleurs fanées ni dans les stériles lamentos, encore moins dans les récriminations vindicatives ou les anathèmes, mais qui se forge, en toute tranquillité et une certaine indépendance forte des valeurs d'un passé immémorial, un langage nouveau.

* « A Short Philosophical and Poétic Journey » (Un court voyage philosophique et poétique) de Hassan Ajami (édition Inkwell Productions, 97 pages).

Appel à candidatures

La Fondation Boghossian lance un appel à participation pour son prix annuel destiné aux jeunes créateurs libanais. Ce prix est dans la droite ligne de l'objectif prioritaire de la fondation : le dialogue des cultures d'Orient et d'Occident.
La remise des prix aura lieu à Beyrouth, durant le mois d'octobre, et récompensera trois jeunes artistes libanais. Les candidatures concernent les domaines de la peinture, de la photographie et du design. Les lauréats du prix de la Fondation Boghosian recevront chacun 10 000 dollars et la possibilité de séjourner à la Villa Empain, à Bruxelles.
Le prix de la Fondation Boghossian est octroyé par un jury composé de personnalités du monde des arts.
Candidatures à envoyer par CD en double exemplaire et par recommandé avant le 15 octobre 2015 à la Fondation Boghossian. Boîte postale 16/6421, Achrafieh, Beyrouth, Liban. Tél. : 03/977713 - 01/324593.
www.fondationboghossian.com.
Boghossians1@gmail.com

Enfant du Sud, originaire de Abassiyé (au-dessus de Tyr), Hassan Ajami est aujourd'hui en Arizona, aux États-Unis. Ses ouvrages, en langues arabe et anglaise, totalisent une vingtaine d'opus. Percutants. Et qui font grincer les dents de certains... Entre procès à la civilisation arabe, réflexion philosophique et critiques sur le monde musulman, poésie à base scientifique, ses écrits interpellent.Autant sa langue et son univers philosophique dans l'expression d'Avicenne, al-Farabi ou Ibn Toufayl est élitiste et parfois hermétique, autant sa poésie est simple, claire, cosmique, respirant la liberté et la libération. Pour lui, pas de différence entre philosophie et poésie car il s'agit d'explorer et d'interroger le champ de l'humanité. Il écrit pour manifester et témoigner de son humanité (son humanisme !). Et son...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut