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Nos lecteurs ont la parole - Ibrahim Tabet

Se faire une religion

L'homme est un animal religieux. Le cœur a besoin de croire, comme le corps, de respirer. Agnosticisme, éclectisme ou méfiance à l'égard de tous les dogmatismes ? Je préfère me laisser dire qu'il vaut mieux à tout prendre se faire sa propre religion qu'avoir une religion toute faite. Que spiritualité, morale et croyance en Dieu ne sont pas nécessairement liées. Idées qui rejoignent celles des sagesses asiatiques qui ne sont pas exclusives et qu'exprime la phrase de Gandhi: «Chaque homme va à Dieu à travers ses propres dieux. » Les religions monothéistes peuvent cependant être la source d'identités meurtrières. Alors que l'Empire romain païen admettait tous les dieux dans son panthéon, le peuple juif fut celui qui s'opposa le plus farouchement à cette intégration, suscitant l'incompréhension d'Hadrien dont les mémoires imaginaires décrivent le fanatisme sous la plume de Margueritte Yourcenar. Toutes les religions ne sont que des spéculations plus ou moins maladroites pour tenter d'exprimer l'ineffable et d'appréhender l'idée d'être suprême. « Dieu a créé l'homme à son image, mais l'homme le lui a bien rendu », écrivait Voltaire. Il se peut que le syncrétisme propre à l'Antiquité préfigure les croyances de demain. Plus l'humanité évoluera, moins elle se satisfera de prêt-à-porter en matière religieuse. Et plus, selon les mots de Sartre, « chaque homme devra inventer son chemin » dans la voie tracée par Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra, ou par al-Mostapha, Le Prophète de Khalil Gibran.
De même qu'un paysage peut être peint selon une infinité de styles et de sensibilités. Que certaines églises réutilisent parfois les colonnes éparses de temples écroulés, il faut construire sa propre vision du monde, sa propre « weltanschauung ». Écrire ses propres lois. En recueillir les préceptes aux sources de toutes les sagesses, comme on rédigerait amoureusement sa propre anthologie poétique personnelle.
La liberté de choisir sa propre voie ne peut qu'amener à découvrir la parenté existant entre toutes les religions. Pour la Kabbale, les mots de tous les Livres sacrés seraient des permutations différentes d'un seul et même être divin. Et il existe une troublante parenté entre la Trinité chrétienne et la pensée ésotérique de Pythagore pour qui le « Un » et le «Trois» formant le tétragramme sacré sont les deux premiers «nombres d'or», la clef de voûte de l'Univers. Voici ce qu'en disait la théosophie ou sagesse des dieux: «Le microcosme homme est par sa composition ternaire: esprit, âme et corps à l'image du macrocosme, monde divin, humain et naturel qui est lui-même l'émanation de Dieu, lequel est essence, substance et vie, Père, Mère et Fils. Une Mère devenue le Saint Esprit des chrétiens, la colombe symbolisant à la fois la femme et l'esprit dans les religions sémitiques. Comme Osiris, Isis et Horus pour le Égyptiens, Brahma, Shiva et Vishnou pour les Hindous, les religions de l'Antiquité avaient également une conception trinitaire du divin. Cela dit, les grands sages de l'Antiquité considéraient le polythéisme comme la religion du peuple. Pour eux la multiplicité des dieux ne faisait que symboliser les forces cosmiques émanant d'un être suprême dont ils croyaient à l'unicité mais en réservaient l'enseignement à un cercle étroit d'initiés.»
L'évolution est la loi de la vie, le nombre est la loi de l'univers, l'unité est la loi de Dieu. Contrairement au récit biblique de la création de l'univers et de l'homme, cette affirmation de Pythagore, 2500 ans avant notre ère, est compatible avec la science moderne. Bien que la science ne s'occupe pas du «pourquoi» qui ne relève pas de sa compétence, mais uniquement du «comment », arrivera-t-on un jour à concilier la foi et la science? C'est ce qu'a tenté de faire Teilhard de Chardin. Pour lui le Cosmos tend naturellement vers la vie, la vie vers l'homme et l'homme vers l'ultra-humain dont la capacité de conscience sera de loin supérieure à la nôtre. Le « point Omega » vers lequel tend cette évolution n'est autre que Dieu. Mais sa thèse a été rejetée par l'Église. Par contre les progrès de la physique quantique pour qui la danse aveugle des atomes n'est pas née du hasard pourraient laisser entrevoir une convergence entre la religion et la science. Les particules élémentaires auraient de ce point de vue une certaine analogie avec la notion d'âme du monde de la théosophie et l'esprit absolu de Hegel.
Cet esprit absolu que nous appelons Dieu ne parle pas uniquement du haut des minarets. Il ne se trouve pas non plus seulement dans les églises. Il est partout, en nous, autour de nous, sur notre minuscule planète et dans les étoiles qui parsèment la voute grandiose de la basilique de l'Univers. Là où je me sens le plus proche de Lui, c'est quand, après une journée dans le désert, je contemple le ciel dans le silence religieux de la nuit. Nulle part ailleurs la pureté de l'air et l'horizon infini ne permettent de voir scintiller autant d'étoiles. «Au commencement était la lumière!» Remontant par la pensée au big bang primordial, je me dis que bien avant d'être à moitié singe, l'homme descend des étoiles. Que poussière galactique, nous retournerons à notre origine. À notre mort, les atomes de notre âme seront happés par un quelconque trou noir où ils rejoindront ceux des autres âmes pour se fondre dans l'âme du monde. Et cela m'aide à oublier nos querelles futiles de clocher et de minaret.

L'homme est un animal religieux. Le cœur a besoin de croire, comme le corps, de respirer. Agnosticisme, éclectisme ou méfiance à l'égard de tous les dogmatismes ? Je préfère me laisser dire qu'il vaut mieux à tout prendre se faire sa propre religion qu'avoir une religion toute faite. Que spiritualité, morale et croyance en Dieu ne sont pas nécessairement liées. Idées qui rejoignent celles des sagesses asiatiques qui ne sont pas exclusives et qu'exprime la phrase de Gandhi: «Chaque homme va à Dieu à travers ses propres dieux. » Les religions monothéistes peuvent cependant être la source d'identités meurtrières. Alors que l'Empire romain païen admettait tous les dieux dans son panthéon, le peuple juif fut celui qui s'opposa le plus farouchement à cette intégration, suscitant l'incompréhension d'Hadrien dont les...
commentaires (2)

Malgré ma presque nulle connaissance de la philosophie et de tous ses "dérivés", je trouve cette analyse de M. Tabet aussi savante que difficile à comprendre par des gens à peu près ignorants comme moi... Mais si j'avais à choisir une religion, ce serait celle du Grand Phililophe parmi les plus grands qu'est Jésus Christ!

Zaarour Beatriz

20 h 57, le 25 janvier 2016

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Commentaires (2)

  • Malgré ma presque nulle connaissance de la philosophie et de tous ses "dérivés", je trouve cette analyse de M. Tabet aussi savante que difficile à comprendre par des gens à peu près ignorants comme moi... Mais si j'avais à choisir une religion, ce serait celle du Grand Phililophe parmi les plus grands qu'est Jésus Christ!

    Zaarour Beatriz

    20 h 57, le 25 janvier 2016

  • Pour atteindre au "calme" de la Religion, il faut se débarrasser de la Raison. La Raison est une passion, et rien n'est + dangereux pour la religion que la passion. À l'occasion de cette "fiction", l’humain cède donc à cet "enfantillage" qu'on appelle la raison. Quelle horreur, quelle abomination ! Voilà de quoi exciter la rage de la religion, lui faire tourner la bile et même perdre la tête et la "raison" ! La raison est 1 dieu cruel qui tel d'autres divinités, veut posséder l’humain en entier et n'a de cesse que l’humain lui ait sacrifié non seulement son âme, mais encore son corps. Le culte de la raison c'est la souffrance, et l'apogée de ce culte c'est le sacrifice de soi. Pour pouvoir métamorphoser la raison en 1 diable de chair et d'os, la religion commence par en faire 1 dieu. Devenu dieu, i.e. objet théologique, il relève naturellement de l’exégèse de la théologie, et tout le monde sait qu'il n'y a pas loin de dieu au diable ! La religion fait de la raison un dieu, et qui + est un "dieu cruel", en substituant à l’humain raisonnable, à la raison de l’humain, l’humain de la seule raison ; en détachant de l’humain "la Raison" dont elle fait un être particulier et en lui conférant 1 pure existence indépendante. Par ce tout simple processus, par cette métamorphose de l'attribut en sujet, on peut donc "religieusement", n'est-ce pas, transformer toutes les déterminations essentielles et les manifestations essentielles de l’humain en monstres et aliénations....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    06 h 06, le 25 janvier 2016

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