Le patriarche Sfeir : il a tenu le cap, « contre vents et marées ».
Le patriarche Sfeir tenta sincèrement d'aider et de soutenir le nouveau Premier ministre Rafic Hariri afin qu'il puisse satisfaire les aspirations des Libanais et mettre le Liban sur la voie de la renaissance dans tous les domaines. Le prélat maronite pensait que les qualifications personnelles, politiques et financières de Rafic Hariri, ainsi que ses relations arabes et internationales, lui permettraient de jouer un rôle décisif dans la libération du Liban de la tutelle syrienne, ou du moins dans l'allégement du poids de l'hégémonie de Damas sur le pays du Cèdre. Mgr Sfeir avait été un contemporain du Premier ministre Riad el-Solh, ce leader nationaliste arabe qui avait investi son crédit personnel auprès des dirigeants musulmans libanais, syriens et arabes afin d'assurer l'essor d'un Liban indépendant, au terme d'un long conflit entre musulmans et chrétiens sur l'existence de l'entité libanaise, son identité et son rôle. Le patriarche maronite estimait que Rafic Hariri était capable de jouer le rôle de Riad el-Solh, après une longue guerre qui avait divisé les Libanais au plan confessionnel. Une guerre qui avait surtout poussé les musulmans à s'unir à la Syrie et à réclamer une nouvelle formule de pouvoir, ainsi que le maintien de la présence militaire syrienne et du rôle de Damas, afin de préserver une situation de fait qui leur assurait une prééminence dans plusieurs domaines.
(...) Même si le patriarche ne dit jamais directement à Rafic Hariri qu'il s'attendait à ce que ce dernier soit un nouveau Riad el-Solh, plusieurs personnes transmirent au Premier ministre les souhaits du maître de Bkerké : « Il ne m'a jamais dit qu'il voyait en moi un Riad el-Solh, mais certains m'ont rapporté des propos dans ce sens. De toute manière, les circonstances sont différentes, à présent, de ce qu'elles étaient du temps de Riad el-Solh. »
(...) Rafic Hariri trouva dans le patriarche le partenaire chrétien qui représentait les aspirations des chrétiens et avec lequel les contacts ne fâcheraient pas la Syrie. Damas, qui profitait de la tolérance américaine à l'égard de son action de grande envergure au Liban en raison de sa participation aux négociations de paix, avait en effet établi des règles précises au jeu libanais interne que ni Rafic Hariri ni aucun autre ne pouvait enfreindre.
Campagne d'arrestations
La campagne d'arrestations dans les rangs des forces opposées à la présence militaire syrienne et à l'ingérence de Damas dans la politique intérieure libanaise se poursuivit, sans que le gouvernement ne donne l'impression d'en être responsable, voire même parfois d'en être informé. Dans les milieux médiatiques et politiques commença à prévaloir l'idée que Rafic Hariri et son gouvernement remplissaient un rôle précis limité aux affaires financières et économiques, les affaires politiques essentielles étant du ressort du directoire syrien, que ce soit de manière directe ou par le biais du chef des services de renseignements syriens au Liban, Ghazi Kanaan. Les affaires sécuritaires, elles, revenaient exclusivement au commandement de l'armée, qui collaborait à son tour directement avec le directoire syrien, sans passer par les autorités libanaises officielles.
À l'ombre des règles syriennes précitées, Rafic Hariri et son gouvernement devaient passer leur premier test sérieux au plan interne ; un test devant servir d'indicateur concernant la direction qu'allait prendre le pouvoir libanais, maintenant que Rafic Hariri l'avait intégré par la grande porte : les nominations administratives. Or le président du Conseil ne put que se soumettre à la volonté du courant syrien en vogue au Liban et contribuer, de gré ou de force, à opérer un coup d'État au sein de l'administration, semblable à celui qui s'était produit à la Chambre et dans différents autres aspects de la politique libanaise. De même que les législatives avaient exclu des institutions constitutionnelles toutes les formations opposées à la Syrie, les alliés de la Syrie investirent tous les postes principaux dans les administrations et les institutions publiques et les transformèrent en réserves et en centres de services partisans et électoraux œuvrant à assurer les intérêts des forces qui, au plan local, assuraient une couverture à l'hégémonie syrienne sur le pays.
La troïka et « le partage du gâteau »
(...) Les conflits entre les membres de la troïka autour du dossier des nominations administratives débutèrent dès la deuxième semaine du mandat du cabinet Hariri. Le 18 novembre 1992, Samir Frangié se fit l'écho, à Bkerké, des plaintes du chef du gouvernement face aux tentatives du président de la République d'imposer des personnes qui lui avaient personnellement fait acte d'allégeance. Il s'agissait là du premier affrontement entre Élias Hraoui et Rafic Hariri.
Ce dernier ne se plaignit toutefois pas, durant cette période, de la détermination du mouvement Amal à « envahir » les institutions et les administrations publiques, malgré l'insistance de Nabih Berry à réclamer le droit de nommer les directeurs généraux chiites, et parfois même non chiites.
Le président de la Chambre ne prenait en compte qu'un seul critère : l'allégeance personnelle à son égard, allant jusqu'à imposer des personnes qui ne possédaient pas les diplômes requis, dans la mesure où, selon lui, « leurs diplômes en patriotisme sont suffisants ». « Le président Berry était à l'assaut de tous les postes, affirmant qu'il en avait besoin pour pouvoir faire face au Hezbollah, affirme ainsi l'ancien ministre Michel Eddé. Nabih Berry disait toujours que le Hezbollah recevait des sommes énormes de l'Iran et que la seule arme à sa disposition était la désignation des fonctionnaires de première catégorie et le fait d'assurer des emplois dans toutes les autres catégories. C'est ainsi que cela a débuté, et sous le prétexte de l'équilibre avec le Hezbollah, il a tout avalé. »
L'ancien président du conseil politique du mouvement Amal, le député Mohammad Abdel Hamid Beydoun, précise de son côté que « tout le monde a participé au partage du gâteau ». « Les chrétiens au pouvoir et le Premier ministre Rafic Hariri disaient la même chose : "Nous avons besoin des postes afin de pouvoir nous assurer le soutien de la rue." Le problème, à mon avis, c'est que nous avons démantelé les milices tout en maintenant les mini-États qui en avaient été à l'origine. Les milices ne sont pas nées du néant, mais de mini-États localisés tantôt au sein des communautés, tantôt au sein des cantons géographiques. Ces mini-États se sont évertués à prendre la place de l'État, d'où la mise en place d'un système de quotas qui a porté atteinte à l'accord de Taëf et à toute la période postérieure », dit-il. Pour sa part, le ministre de l'Information, Michel Samaha, affirme que « le souci de Nabih Berry était de nommer sa clique et de dispenser des services, alors que le Premier ministre voulait mettre la main sur l'administration ».
(...) Le patriarche maronite ne critiqua pas spécifiquement Rafic Hariri lorsque les nominations furent rendues publiques. Ses critiques, le 30 mai 1993, portèrent plutôt sur la base du problème, à savoir, d'après lui, la primauté de l'intérêt personnel sur l'intérêt public, au détriment même de la souveraineté nationale, du prestige de la loi et du principe d'équité entre les Libanais. La facilité avec laquelle les responsables sacrifiaient ces principes les rendait de plus en plus vulnérables au pouvoir syrien de domination, qui assurait une couverture à leurs méfaits et leur accordait une protection.
Sommet libano-syrien
(...) Pour compenser le fait de s'être laissé emporter par le courant dominant concernant le dossier des nominations, le Premier ministre fit preuve d'une volonté claire de préserver sa collaboration avec le patriarche Sfeir sur les questions essentielles relatives aux relations libano-syriennes. Le 28 novembre 1992, et toujours à l'initiative de Rafic Hariri, Samir Frangié informa le patriarche Sfeir du premier sommet libano-syrien élargi, auquel avaient pris part, côté libanais, Élias Hraoui, Nabih Berry et Rafic Hariri, et côté syrien, le président Hafez el-Assad, son vice-président, le président de l'Assemblée du peuple et le chef du gouvernement. Selon les informations obtenues par le patriarche, le débat s'était focalisé sur trois points :
1 – Le retrait syrien n'aurait pas lieu de façon imminente, quand bien même Rafic Hariri l'avait réclamé à la demande des Américains. Mais les Syriens atermoyaient en attendant les résultats des pourparlers de paix entre Israël et les pays arabes.
2 – L'abolition du confessionnalisme politique représentait, pour les Syriens, une affaire libanaise interne, et il revenait aux Libanais de décider ce qu'ils voulaient faire dans ce domaine.
3 – Les Syriens s'étaient engagés à se lancer bientôt dans une opération de désarmement du Hezbollah.
(...) Comme à son habitude, le patriarche maronite suivait de près l'actualité locale. Il cherchait à faciliter autant que possible la tâche du nouveau gouvernement. Mais ce qui l'inquiétait le plus, en cette fin d'année 1992, c'était la poursuite des arrestations à des fins politiques et la pression sécuritaire exercée sur les forces de l'opposition, d'une manière entravant toute normalisation politique dans le pays. Aussi ne manqua-t-il pas, dans son message de Noël, de parler des épreuves difficiles que le pays traversait, sans pour autant oublier de signaler les quelques lueurs d'espoir dans ce tableau plutôt sombre (...).
Voici un extrait de son message de Noël:
« Chers frères, chers enfants,
« Les célébrations de Noël vont et viennent, laissant dans les esprits des lueurs d'espoir en un lendemain meilleur (...).
« Nous remercions le Seigneur pour le fait que les problèmes économiques semblent sur la voie de trouver des solutions, ce qui permet de redynamiser le marché du travail et de ramener progressivement la situation à la normale (...) Quant à la formule selon laquelle le Liban est guéri et se trouve désormais immunisé face à toute rechute éventuelle, il s'agit d'une affirmation que nous aurions souhaité conforme à la réalité. Comment est-il guéri, puisqu'il y a des familles qui souffrent de l'absence de certains de leurs proches, enlevés, emprisonnés au Liban ou ailleurs, dont nous sommes sans nouvelles et dont les parents réclament toujours désespérément le retour, sans que personne ne leur réponde ?
Comment est-il guéri, puisqu'il y a une partie de la population qui sent qu'elle a triomphé et qui se comporte sur cette base, et une autre qui se sent vaincue et en ressent, du coup, injustice, amertume, découragement et frustration ?
Comment oublier, enfin, toutes les interpellations et les arrestations qui ont lieu sans aucun respect ni pour les droits de l'homme ni pour les lois, sans que les audiences des procès soient publiques et que les avocats de la défense puissent plaider dans les délais prévus ?
Corruption
« Et que dire de la corruption qui est toujours largement répandue dans les administrations publiques, alors que les nominations n'ont toujours pas eu lieu, après des mois d'attente et d'étude, et qu'elles continuent à faire l'objet de tiraillements entre les communautés à l'heure où certains appellent à l'abolition rapide du confessionnalisme politique afin de distraire les gens de questions plus dangereuses et pernicieuses ?
« Quelle sagesse y a-t-il à appliquer certaines clauses de l'accord de Taëf et à en occulter d'autres ? Jusqu'à présent, les armes n'ont pas été confisquées des mains de l'ensemble de la population, les déplacés ne sont pas tous retournés chez eux, le Conseil constitutionnel n'a toujours pas été formé, ni la décentralisation administrative mise en place, ni le plan de développement mis à exécution, sans parler d'autres clauses... Et, dans la foulée, le mutisme est observé au sujet de l'aliénation de la volonté nationale, comme si cela était tout à fait normal et ne devait susciter ni l'étonnement ni la réprobation.
« (...) En dépit de tout ce que nous venons de mentionner, nous nous cramponnons à notre patrie, à toutes ses spécificités et ses caractéristiques que nous voudrions préserver, à commencer par le vivre-ensemble sur le même pied d'égalité, dans un climat de liberté et de dignité (...). »
C'est dans ce contexte que Rafic Hariri entreprit sa première visite à Bkerké, le jour de l'An 1993. Deux mois après la formation de son gouvernement, il souhaitait faire sentir au patriarche maronite qu'il « tenait bien en mains tous les aspects de la situation libanaise », comme il apparut au prélat maronite. Or le maître de Bkerké savait bien mieux que Rafic Hariri lui-même que les capacités de ce dernier étaient déterminées par les règles imposées par Damas sur la scène interne. Les observateurs s'accordent d'ailleurs à dire que Rafic Hariri a mis beaucoup de temps avant de devenir un professionnel des affaires politiques libanaises.
(...) Après avoir résumé sa vision de la situation, Rafic Hariri réclama plus de soutien de la part du patriarche, estimant que « la responsabilité de remettre sur pied le pays et de redonner confiance aux chrétiens relève de nous deux, Béatitude » (...). Mgr Sfeir répondit en ces termes au président du Conseil : « La situation politique est inquiétante, et notre souci est d'assurer le retour de chaque déplacé et de convaincre les résidents de ne pas émigrer. La franchise nous commande de souligner que les chrétiens n'ont aucune confiance dans le pouvoir en place tant que la Syrie nomme ceux qu'elle désire aux ministères et à la Chambre, surtout aux postes sensibles, comme les ministères de la Défense et de l'Intérieur (...). »
(...) Fin 1992 et début 1993, le patriarche tenta, autant que possible, de maintenir l'équilibre entre le fait d'assurer, d'un côté, un climat favorable au premier cabinet Hariri pour qu'il puisse réaliser la relance économique attendue, et de rappeler constamment, de l'autre, que la situation politique dans le pays n'était pas normale du fait de l'hégémonie syrienne, qui avait généré une nouvelle classe politique à travers les élections législatives de l'été 1992. Cette classe politique s'était emparée de tous les leviers des affaires publiques libanaises, économiques et politiques, et se comportait comme si elle était le grand vainqueur de la guerre libanaise, à qui tout est permis, les vaincus, eux, n'ayant aucun droit.
L'ancien ministre des Affaires étrangères Fouad Boutros, que le patriarche Sfeir considérait comme un « homme politique chevronné », était favorable à cette orientation. Le 12 décembre 1993, il suggéra au patriarche de rappeler avec insistance que la situation politique au Liban était instable, afin que l'opinion publique mondiale ne pense pas que la question libanaise avait été résolue. Il donna également raison au patriarche quant à la nécessité d'accorder une chance au gouvernement.
(...) Mais cette tendance à trouver un équilibre entre le rappel de la dure réalité qui était le lot des Libanais et le fait de donner une chance au gouvernement se fit moins présente dans le discours du patriarche lorsqu'il devint clair, avec le temps, que le gouvernement était incapable d'infléchir favorablement le cours pris par les événements depuis le début de l'application de Taëf.
Bkerké devenu mur des Lamentations
(...) L'incapacité de donner corps aux promesses de provoquer « un choc positif » et, partant, de renverser la donne de fond en comble s'accompagna d'un déclin des rapports politiques entre les responsables, notamment entre les trois présidents, qui se lançaient souvent des accusations, en public comme en privé. Certains portèrent même leurs doléances et leurs plaintes jusqu'à Bkerké, qui se transforma en mur des Lamentations (...).
En visite à Bkerké le jour du vendredi saint, le 9 avril, le président de la République affirma qu'il passait son temps à assumer « la tâche d'arbitre entre le président de la Chambre et le chef du gouvernement ».
(...) Cette visite du président Hraoui intervint quelques minutes après la diffusion du message pascal, dans lequel le patriarche Sfeir avait déclaré que « le Liban commence à s'éveiller à une nouvelle vie », tout en énumérant, avec force détails, les difficultés qui entravaient ce réveil.
(...) La fréquence des critiques dans le discours du patriarche poussa Rafic Hariri à redoubler d'efforts pour se rapprocher de lui. Ainsi, à la veille de son départ pour le Vatican, le 17 avril 1993, il le contacta pour lui demander s'il avait quelque chose à lui dire avant le début de sa tournée incluant aussi la France, lui promettant qu'il lui rendrait visite à son retour.
Au lendemain de son retour, le 29 avril, Rafic Hariri reprit le chemin de Bkerké, accompagné du ministre Bassem Sabeh et de ses conseillers Daoud Sayegh et Nouhad Machnouk.
(...) Le patriarche écouta Rafic Hariri avec félicité. Comme tous les responsables ecclésiastiques, que ce soit au Saint-Siège ou dans d'autres églises, il était heureux à chaque fois qu'un lien positif s'établissait avec des personnalités musulmanes. Le président du Conseil aborda ensuite le volet interne, énumérant les dossiers sur lesquels le gouvernement planchait, surtout dans le domaine des services. Il mit en exergue sa volonté de poursuivre son projet visant à relever le Liban de son marasme économique. Il s'adressa au patriarche en ces termes : « Votre Béatitude occupe un rôle essentiel à ce niveau : il est nécessaire que vous persuadiez les chrétiens de retourner pour qu'ils investissent au Liban et participent à la vie politique, et en particulier aux élections. Les Syriens finiront bien par partir. Si ce n'est pas demain, ce sera dans trois ans. Le fait de se plaindre ne mène à rien, et le christianisme enseigne la patience, l'espérance et l'endurance. Si les chrétiens continuent à être réticents à l'entrée dans la fonction publique et à la reconstruction, ils seront dépassés en nombre par les musulmans. Je suis moi-même musulman, et je vous tiens quand même ces propos, alors qu'il est dans mon intérêt que les musulmans aient la suprématie. Or je travaille dans l'intérêt du Liban. En tant que musulmans, nous avons les mêmes préoccupations : pourquoi est-ce que nous reconstruisons et nous bâtissons alors que les chrétiens s'en vont ? Si le nombre de chrétiens diminue, les musulmans n'accepteront plus la parité. Et s'il ne reste plus que cent mille chrétiens au Liban, Sa Béatitude restera-t-elle ici ou bien suivra-t-elle ses fils ? Nous encourageons les résidents riches à prendre part à la société immobilière qui va prendre en charge la reconstruction du centre-ville de Beyrouth. Nous voulons que les chrétiens y participent aussi. »
Hariri acheteur de biens-fonds
– (Le patriarche) Le manque de confiance manifesté par les chrétiens s'explique par de nombreuses raisons, notamment l'absence de décision nationale, décision qui n'est plus entre les mains des Libanais...
– (Hariri interrompant) Ce n'est pas vrai, la décision est entre nos mains.
– (Le patriarche, poursuivant son idée) Notre souveraineté est tronquée et notre indépendance fragmentée, et cela n'inspire pas confiance. Nous essayons de redonner confiance aux chrétiens, mais ils ne sont pas convaincus. Je vous dis, en toute franchise, qu'il faut que nous nous rappelions constamment que la situation n'est pas normale, afin de ne pas oublier le sens de la souveraineté. En plus de la situation générale inconfortable, il existe un sujet qui préoccupe les chrétiens en particulier, et qui vous concerne directement : on dit que vous achetez les biens-fonds des chrétiens.
– Ce n'est pas vrai. Que l'on me dise où j'ai acheté, rétorqua Rafic Hariri.
– Près de Balamand, précisa alors Mgr Sfeir.
– Et Rafic Hariri de répondre : « Si je n'achète pas moi-même, les chiites les achèteront. Ce sont les riches qui vendent leurs terres. Alors que j'étais de retour en avion, un membre de la famille Saouma, assis près de moi, m'a demandé d'acheter un bien-fonds immobilier qu'il voulait vendre pour pouvoir marier son fils et passer à un autre projet. »
– Mgr Sfeir : « Nous avons entendu que vous aviez également acheté l'école des sœurs qui n'est pas loin du siège de l'Unesco. »
– Rafic Hariri : « C'est vrai, et j'ai autorisé les sœurs à rester deux ans de plus dans les locaux, en attendant qu'elles construisent une autre école ailleurs. Nous leur avons dit de n'enseigner que les sciences et les langues, mais pas la religion, parce que nos écoles sont neutres et ne dispensent pas de cours de religion. »
Le patriarche souleva ensuite une série de problèmes relatifs à la situation socio-économique des citoyens et à ses retombées sur les foyers aux revenus limités. Il souligna que les impôts mécontentaient les citoyens. « Pourquoi ne consacrerait-on pas une partie du budget de l'Éducation pour aider les élèves à choisir l'école qui leur convient ? » demanda-t-il au chef du gouvernement.


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L'émancipation de ce "Grand-Liban!" confessionnel préfabriqué par des "Protecteurs" français n'est pratiquement possible, que si l'on se place au point de vue de la théorie qui déclare que l'homme est l'essence suprême de l'homme. Ce Patelin-"pays" ne pourra donc s'émanciper de ce rétrograde et archaïque confessionnalisme, qu'en s'émancipant en même temps des simili-victoires remportées sur ce confessionnalisme politique. Ici, au sein de ce Bled-"pays", aucune espèce de confessionnalisme ne peut être détruite, sans la destruction de tout ce système politique confessionnel sectaire. Ce "Grand-Liban!" créé par le Mandat, au départ, pour soi-disant aller au fond des choses et très loin en cet enfin régénéré Levant, ne peut faire de grands bouleversements dans tout ce foutu système retors bidon sans chambarder tout ce bastringue confessionnel de fond en comble. L'émancipation d’1 Libanais Vrai, c'est l'émancipation d’un Laïc Libanais. La Laïcité est la tête de cette émancipation, la sphère confessionnelle et sectaire en est le sujet et le cœur. La Laïcité ne peut être réalisée sans la suppression de la confession politisée, et cette politique sectarisée ne peut être supprimée sans la réalisation de la Laïcité. Quand toutes ces conditions internes essentielles auront été remplies, le jour de la résurrection éhhh libanaise sera alors annoncé par le merveilleux vol éclatant et éclairé de l’épervier éhhh Sain(t) Laïc et éhhh Libanais Vrai !
19 h 26, le 15 janvier 2016