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Moyen Orient et Monde - Chine

Six mois après la répression, des avocats insoumis ripostent

Selon les chiffres officiels, les tribunaux sont contrôlés par le PCC, et les inculpés jugés coupables dans 99,94 % des cas.

Des proches et des collègues des avocats emprisonnés dans le centre Hexi de détention à Tianjin tentent d’avoir de leurs nouvelles. Fred Dufour/AFP

Six mois après des rafles d'une ampleur inédite visant 130 avocats chinois défenseurs des droits de l'homme, au moins 16 sont toujours détenus au secret, provoquant la riposte de leurs confrères et l'angoisse de leurs proches.
Certains avocats ont été emmenés encagoulés par la police, d'autres arrêtés chez eux sous les yeux de leurs proches horrifiés. Beaucoup d'autres, seuls lors de leur disparition, n'ont pu qu'envoyer des SMS paniqués à leurs amis.
Ces détentions, dénoncent des activistes, montrent la duplicité du Parti communiste chinois (PCC) lorsqu'il proclame à grands cris qu'il respecte l'État droit et visent à écraser toute tentative d'utiliser le système judiciaire – déjà ultracontrôlé – pour lutter contre les injustices.
Mais des dizaines d'avocats entendent désormais défendre leurs camarades disparus. « Le PCC utilise ses armes pour maintenir sa domination. Nous ne pouvons utiliser des pistolets, mais nous pouvons au moins faire usage de la loi », affirme Yu Wensheng, avocat détenu puis relâché. Il représente dorénavant un confrère, Wang Quanzhang, mais assure, las, que la police ne l'autorise pas à voir son client.
Un document envoyé par la police le mois dernier accuse M. Wang – ex-défenseur de membres du mouvement spirituel Falun Gong, banni en Chine continentale – d'avoir « incité à la subversion du pouvoir d'État », et « provoqué des querelles et fomenté des troubles ». Le texte indique le placement de l'avocat sous « résidence surveillée », forme de détention où les suspects peuvent être enfermés au secret jusqu'à six mois dans des « prisons noires » non officielles. « Dans un centre de détention, des règles existent (...) Mais en résidence surveillée, il y a juste la police », souligne M. Yu, inquiet : « Nous soupçonnons qu'ils y sont torturés. »

« Organisation criminelle »
Les tribunaux chinois sont contrôlés par le PCC et les inculpés jugés coupables dans 99,94 % des cas, selon des chiffres officiels. Des centaines d'avocats ont déjà utilisé les tribunaux afin de demander réparation – parfois avec succès et avec le soutien des autorités – pour leurs clients, des victimes d'expropriations, de « prisons noires » ou des intellectuels dissidents.
Le cabinet pékinois Fengrui, qualifié par les médias d'État d' « organisation criminelle », était particulièrement visé par la rafle de l'été 2015 avec sept personnes arrêtées. Il avait défendu des victimes de violences sexuelles, des membres de groupes religieux interdits et des intellectuels dissidents.
« Fondamentalement, le parti-État essaie d'en faire des exemples. Cela pose la question de savoir si le gouvernement pense qu'il a véritablement besoin d'avocats de la défense », a déclaré à l'AFP Eva Pils, spécialiste du droit transnational au King's College de Londres.
Fin 2014, le PCC avait promu l'idée d'un État de droit « aux caractéristiques chinoises », promettant de protéger suspects et avocats, et de créer un système judiciaire plus équitable afin d'apaiser le ressentiment populaire face aux injustices. Mais le parti – qui a renforcé son contrôle sur les voix dissidentes depuis l'arrivée au pouvoir du président Xi Jinping – avait pris soin de rappeler sa suprématie sur le système judiciaire. Les détentions « tournent en dérision la prétention de (M. Xi) selon laquelle la Chine est gouvernée par l'État de droit », avait déclaré Sophie Richardson, directrice pour la Chine de Human Rights Watch (HRW).

« Sécurité d'État »
La femme de l'avocat Li Heping, ex-défenseur d'écrivains dissidents et de militants environnementaux, est restée impuissante lorsque des policiers sont venus à leur domicile emmener son mari, dont elle est sans nouvelles depuis. « Il n'y a aucune garantie qu'il soit en sécurité », a déclaré l'AFP Wang Qiaoling. « Les avocats sont par définition des gens qui disent "non". Les avocats ont dit "non" à la situation à laquelle font face les gens tout en bas de la société chinoise, et ils ont été arrêtés pour cela ». La police a laissé entendre aux avocats que leurs confrères emprisonnés sont détenus dans la ville portuaire de Tianjin (Nord), près de Pékin, mais les empêche d'y accéder en invoquant la « sécurité d'État ».
Face au mutisme des autorités, les avocats entendent désormais les traîner en justice pour abus de pouvoir. Provocateur, l'un d'eux, Me Tang Jitian, assure à l'AFP : « Nous essayons de rendre les choses le plus difficile possible pour les autorités, pour qu'ils ne puissent pas juste traiter ces gens comme ils veulent. »
(Source : AFP)

Six mois après des rafles d'une ampleur inédite visant 130 avocats chinois défenseurs des droits de l'homme, au moins 16 sont toujours détenus au secret, provoquant la riposte de leurs confrères et l'angoisse de leurs proches.Certains avocats ont été emmenés encagoulés par la police, d'autres arrêtés chez eux sous les yeux de leurs proches horrifiés. Beaucoup d'autres, seuls lors de leur disparition, n'ont pu qu'envoyer des SMS paniqués à leurs amis.Ces détentions, dénoncent des activistes, montrent la duplicité du Parti communiste chinois (PCC) lorsqu'il proclame à grands cris qu'il respecte l'État droit et visent à écraser toute tentative d'utiliser le système judiciaire – déjà ultracontrôlé – pour lutter contre les injustices.Mais des dizaines d'avocats entendent désormais défendre leurs camarades...
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