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Nos lecteurs ont la parole - Antoine Courban

Hommage au docteur Robert Khouri

Un des derniers médecins humanistes nous quitte sans faire de bruit. Un de nos plus grands authentiques cliniciens n'est plus. Il était un très grand médecin et non un technicien performant de la chose médicale. Il appartenait à une tradition dont l'éducation ne présente aucune faille. C'était Robert Khouri. Avec un « i » et non un « y », il insistait à le préciser avec son sens inégalé de l'humour et de l'ironie sur toutes les vanités du monde. Les « y » sont des maronites, les « i » sont des orthodoxes, répétait-il avec un sourire d'autodérision.
Robert Khouri, au regard d'une infinie bonté, en dépit de son éclat narquois et primesautier, a fermé pour toujours ses grands yeux d'enfant qui ne cessaient de s'émerveiller devant tout savoir et toute connaissance.
Robert, un des derniers patriciens de la grande tradition byzantine, est aujourd'hui en compagnie de ces figures de l'Orient romain qu'il affectionnait : Theodora, Justinien, Theophano, Eudoxie, Pulchérie, Constantin Dragasès l'empereur immortel. Byzance lui avait appris que le médecin est au service non d'un idéal naturel ou scientifique, mais de la personne humaine, fragile réalité de chair et de sang. C'est pourquoi il fut le plus humain des praticiens de la médecine, c'est-à-dire modeste et humble dans sa science qu'il aimait par-dessus tout.
Les aphorismes d'Hippocrate lui servaient de préceptes professionnels. La maxime « Surtout ne pas nuire » lui avait conféré cette sagesse qui donne le courage de décider de ne rien faire et de ne jamais s'acharner sur un patient. « La nature est parfois le meilleur des médecins », disait-il comme Helicos de Sélymbrie. Son regard, tel celui d'Asclépios, le dieu de la médecine, frappait par son extraordinaire mansuétude. Il ne cessait d'admirer le beau visage de ce fils d'Apollon, où s'affirme moins la majesté d'un dieu qu'une certaine et modeste grandeur humaine ; où s'exprime moins de sérénité divine que de mélancolie pensive, voire douloureuse, tant il était conscient de la tragique condition de l'homme.
Robert Khouri ne livrait pas la guerre aux maladies comme Don Quichotte combattait les moulins à vent. Il soignait les hommes dans la mesure de ses moyens qu'il savait limités. Comme Hippocrate, il était conscient combien « la vie est courte, l'art est long, l'occasion fugace, l'expérience trompeuse » et surtout, combien « le jugement est difficile ». Le bon Dr Khouri savait que la science, surtout médicale, n'est pas et ne sera jamais un réservoir de certitudes.
Robert, le praticien humaniste, était généreux dans le partage de son savoir. Historien de la médecine, il compila des pages et des pages afin de rendre service à ses confrères et au grand public. Il avait l'obsession permanente de conserver la mémoire d'événements et de belles figures de l'art de guérir, surtout celles du Liban.
Dans la plus pure tradition de la médecine de toujours, il avait fait siennes les invocations de la prière médicale imputée à Maïmonide. Il ne voyait que l'homme dans celui qui souffre et non une source de profit. Il s'appliquait à rechercher la confiance fidèle de ses patients afin qu'ils ne tombent pas entre les mains des charlatans ou qu'ils soient induits en erreur par l'armée des parents et des voisins qui savent tout. Sa patience était infinie auprès des malades entêtés, voire grossiers.
Époux merveilleux, authentique papa poule pour ses quatre enfants, le plus fidèle et le plus loyal des amis, ce géant de la médecine libanaise est demeuré modéré en tout mais insatiable dans son amour de la science et de la culture humaniste.
Te voilà maintenant, cher Robert, en compagnie de tes amis de toujours : Hippocrate de Cos, Polybe, Praxagore, Galien de Pergame, Arétée de Cappadoce, Dioscoride d'Anazarbe, Soranos d'Ephèse, Oribase, Alexandre de Tralles, Paul d'Égine, Ibn al-Nafis, Ibn Butlan, Lorenzo Valla, Guy de Chauillac, Ambroise Paré et tant d'autres.
Que ta mémoire soit éternelle.

Antoine COURBAN
Docteur en médecine

Un des derniers médecins humanistes nous quitte sans faire de bruit. Un de nos plus grands authentiques cliniciens n'est plus. Il était un très grand médecin et non un technicien performant de la chose médicale. Il appartenait à une tradition dont l'éducation ne présente aucune faille. C'était Robert Khouri. Avec un « i » et non un « y », il insistait à le préciser avec son sens inégalé de l'humour et de l'ironie sur toutes les vanités du monde. Les « y » sont des maronites, les « i » sont des orthodoxes, répétait-il avec un sourire d'autodérision.Robert Khouri, au regard d'une infinie bonté, en dépit de son éclat narquois et primesautier, a fermé pour toujours ses grands yeux d'enfant qui ne cessaient de s'émerveiller devant tout savoir et toute connaissance.Robert, un des derniers patriciens de la...
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