Naji Kozayli en compagnie du grand pape Jean-Paul II.
Le Liban-message de Jean-Paul II, phénoménologie d'une nation Christ, de Naji M. Kozayli, est une thèse de philosophie que seuls les doctorants en philosophie pourront aborder utilement. C'est dommage, car l'amour du Liban y ressort à chaque page. Analysant les discours et actions du pape polonais, son auteur montre comment Jean-Paul II en est arrivé à parler du Liban comme nation et nation viable. L'ouvrage fourmille de citations de Jean-Paul II, ce qui le rend d'autant plus attachant.
Né à Ghosta (Kesrouan), l'auteur est journaliste et professeur d'université. Diplômé en théologie, en philosophie et en linguistique, il enseigne à l'Université de Kaslik. Son cours, Église et mass media, attire des étudiants de tous horizons. Lecteur assidu de Péguy et de Claudel, il doit son sens de l'Église à sa famille d'abord, puis à la « pastorale universitaire » de ses années d'étudiant, où il s'est laissé former par quelques grands chrétiens comme Jean Dalmais et Daoud Kawkabani.
Ce qui frappe dans son ouvrage, c'est d'abord son apparence, qui reproduit au détail près les livres publiés par la Libreria Editrici Vaticana. Même le blason pontifical y figure. L'ouvrage est dédié par l'auteur à sa mère, « qui fut de ces mères de l'Église militante, de ces mères qui ont fait l'Église ». Il s'accompagne d'un volume-frère, de même facture, mais moins volumineux, L'Anneau du pêcheur, dédié à Benoît XVI.
Pour parler du Liban « dans le contexte de la pensée du pape », Naji Kozayli a vécu sept années dans une familiarité quotidienne avec l'œuvre, la pensée et la chronique d'action de Jean-Paul II. Il a scruté jusqu'au vertige la personnalité du pape polonais, son enfance, son éducation catholique, sa vie de résistant, les idéologies qui ont marqué son époque : le communisme, le stalinisme, l'athéisme et finalement le relativisme.
« On me demande, confie-t-il à L'Orient-Le Jour, comment vous avez passé sept ans au quotidien avec Jean-Paul II ? Ce n'est pas exactement ça. C'était sept ans de confrontations avec un homme qui n'a jamais connu le Liban, mais qui était préoccupé jusqu'à l'obsession par ce petit bout de terre. Il l'a aimé jusqu'à la passion, jusqu'à en faire un modèle de pays, de relations humaines, aux niveaux de la politique, du social, du religieux. »
« La première fois que le pape a parlé du Liban, se souvient Naji Kozayli, c'était à son élection, dans son message urbi et orbi. Il n'a parlé, ce jour-là, que de deux pays, la Pologne et le Liban. Il a même dit la très chère terre, ou la terre bien-aimée du Liban, selon les traductions. »
« Il a commencé par la terre, explique l'auteur, c'est-à-dire en soulignant l'importance de la terre. Il a poursuivi en disant que c'était une terre sanctifiée par le passage du Christ, sanctifiée par la bénédiction du Père. Enfin, il en arrive à dire que c'est une terre d'alliance entre Dieu et les hommes, qui a été assumée par le Fils. »
Ce résumé dit bien dans quelle estime Naji Kozayli tient Jean-Paul II, et, dans un même mouvement de l'esprit, le Liban. « Et c'est un pape qui a été proclamé saint par la suite qui le dit », insiste-t-il.
Dans la deuxième partie de son ouvrage, l'auteur résume la pensée du pape relevant que « le Liban est une valeur de civilisation », qu'il a une histoire, une identité, une culture, en somme « tout ce qui contribue à promouvoir une mémoire collective et une mémoire qui dure ».
« Car lorsqu'on dit mémoire, on dit conscience, on parle d'une durée historique et culturelle », relève Kozayli.
« Le 1er mai 1984, relève l'auteur, Jean-Paul II en personne rappelle aux Libanais, dans une lettre qu'il leur adresse, qu'ils sont "responsables de l'espérance". Il les avertit que les générations qui viendront les jugeront sur l'espérance qu'ils leur auront laissée. Et de demander aux Libanais de ne pas oublier ce que l'humanité tout entière doit au Liban, comme terreau de civilisation, dès l'époque phénicienne. »
« Jean-Paul II en arrive finalement, troisième étape, à parler du Liban en tant que nation et nation viable ; c'est sur ce cheminement de la pensée de Jean-Paul II que j'ai travaillé », se résume Naji Kozayli, qui souligne qu'en raison de la longévité exceptionnelle de son pontificat, « le pape a eu tout le temps nécessaire pour développer cette connaissance essentielle du Liban et d'en faire le prototype des relations internationales dans un monde où le dialogue islamo-chrétien et le dialogue de vie sont plus omniprésents que jamais ».
« Il ne faut pas que le Liban devienne le remords du monde », avait même averti Jean-Paul II, craignant que les grandes puissances n'acceptent que le Liban disparaisse de la carte.
L'Anneau du pêcheur, consacré à Benoît XVI, est un long poème composé entre la date où le pape émérite a annoncé son renoncement et celle de l'élection de François. Naji Kozayli y parle du combat spirituel du pape, tenté par Satan, comme le Christ au désert, le mal s'incarnant sous diverses formes : l'idéologie nazie, la crise universelle de la vérité et la tentation de s'accrocher au siège pontifical et au pouvoir.
(*) Le Liban-message de Jean-Paul II, phénoménologie d'une nation Christ, et L'Anneau du pêcheur, de Naji M. Kozayli. Disponibles à la Librairie Antoine.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef