Le Premier ministre français Manuel Valls et la ministre de la justice Christiane Taubira lors d'une conférence de presse à l'Élysee, le 23 décembre. Éric Feferberg/Reuters
La controverse suscitée au sein du PS par le projet d'extension de déchéance de nationalité aux binationaux nés en France ne faiblit pas, Manuel Valls reprochant à une partie de la gauche de « s'égarer au nom des grandes valeurs ».
Deux élus socialistes, l'ancien ministre Benoît Hamon et Julien Dray, expriment à leur tour leur opposition à cette initiative dans des entretiens au Journal du dimanche. La mesure, jugée symbolique par le Premier ministre lui-même, figurera dans le projet de loi constitutionnelle voulu par François Hollande après les attentats du 13-Novembre et sera débattue au Parlement au début de l'année prochaine. De Martine Aubry, la maire de Lille, à Anne Hidalgo, la maire de Paris, plusieurs voix socialistes se sont déjà élevées publiquement contre le projet. « Une partie de la gauche s'égare au nom de grandes valeurs en oubliant le contexte, notre état de guerre et le discours du président devant le Congrès », leur répond Manuel Valls dans le JDD. « La détermination est totale, nous irons jusqu'au bout et que chacun à gauche en soit bien convaincu », poursuit-il en citant l'historien Pierre Nora : « La France est en péril de paix. »
Le prédécesseur de Manuel Valls à Matignon, Jean-Marc Ayrault, a répliqué hier après-midi sur Twitter. « Si la France est en "péril de paix", alors ne la divisons pas davantage! » écrit le député de Loire-
Atlantique.
« Schisme »
Benoît Hamon a déploré pour sa part sur BFM TV les « mots toujours extrêmement agressifs de Manuel Valls ». « Il ne facilite pas la concorde et il "égare la gauche" », a-t-il jugé. « Qui s'égare quand on reprend les propositions du Front national pour les inscrire dans la Constitution ? » a-t-il lancé.
Dans le JDD, l'ancien ministre de l'Éducation, qui a quitté le gouvernement à l'été 2014, estime qu'inscrire dans la Constitution la déchéance de la nationalité « revient à établir la distinction entre deux citoyens français de naissance, suivant qu'ils sont binationaux ou non ». « Cette décision va provoquer un schisme dans le peuple de gauche, mais aussi dans la communauté nationale. C'était une proposition de l'extrême droite, une proposition qualifiée dans un passé récent de "dangereuse" par François Hollande et de "nauséabonde" par Manuel Valls », affirme le député des Yvelines.
L'ex-député socialiste Julien Dray confie, toujours dans le JDD, qu' « (il) ne (s)'explique pas la décision du président ». « D'autant que nous étions nombreuses et nombreux à avoir le sentiment que l'exécutif se rendait compte des risques que représentait la mise en chantier concrète d'une telle mesure ». Le conseiller régional d'Île-de-France, présenté comme un proche de François Hollande, propose à la place une « véritable peine d'indignité républicaine frappant les terroristes condamnés ». « Cela éviterait de toucher au droit du sol et de créer – implicitement – plusieurs catégories de Français. »
Enfin, la sénatrice socialiste de Paris, Marie-Noëlle Lienemann, a accusé elle aussi François Hollande et Manuel Valls de diviser le pays. Le Premier ministre « prend un air martial pour combattre la gauche alors que soi-disant ils veulent œuvrer à une forme d'union nationale », a-t-elle réagi sur iTELE. « Je crois que leurs propositions, que d'ailleurs Manuel Valls fait siennes maintenant après les avoir refusées, divisent le pays. On ferait mieux de s'unir sur des choses plus opérationnelles, plus conformes à nos principes et plus efficaces », a-t-elle ajouté.
(Source : Reuters)


C'EST UNE MESURE TROP MOLLE... SI LES DÉMOCRATIES NE COMPRENDRAIENT PAS QU'ELLES DOIVENT SE DÉFENDRE ET DE MANIÈRES RUGUEUSES ELLES FINIRAIENT PAR ÊTRE ENVAHIES ET DISPARAITRAIENT !
14 h 30, le 29 décembre 2015