« Les Américains, particulièrement ceux à faibles et moyens revenus, ont généralement bénéficié » du maintien des taux bas, a récemment affirmé la présidente de la Fed, Janet Yellen. Nicholas Kamm/AFP
Très critiquée à ses débuts, la politique monétaire ultragénéreuse de la banque centrale des États-Unis (Fed), adoptée après la crise financière de 2008, est désormais louée pour avoir remis l'économie sur les rails, même s'il aura fallu sept ans pour y parvenir.
Depuis la crise immobilière puis la récession en 2009, la Fed a maintenu les taux d'intérêt proches de zéro et a injecté pour quelque 3 500 milliards de dollars de nouvelle monnaie dans le système financier afin de soutenir la reprise. La Réserve fédérale devrait aujourd'hui symboliquement tourner la page en relevant modestement les taux d'intérêt pour la première fois depuis presque dix ans.
Cette abondance de liquidités « a dopé l'économie », assure Dean Baker, fondateur du Center for Economic and Policy Research. « Sans les mesures de QE (Quantitative Easing, assouplissement monétaire par des rachats d'obligations publiques) et la politique de taux d'intérêt bas, il est très probable qu'on aurait 2 à 3 millions de chômeurs supplémentaires », affirme-t-il à l'AFP. Le taux de chômage, qui avait atteint 10 % en 2009, est tombé de moitié en six ans, à 5 %. Depuis la sortie de la récession, l'économie américaine a créé 13,5 millions d'emplois nets, se félicite régulièrement la Maison-Blanche. « Les Américains, particulièrement ceux à faibles et moyens revenus, ont généralement bénéficié » du maintien des taux bas, affirmait récemment la présidente de la Fed, Janet Yellen.
Inégalités creusées
Pendant cette période néanmoins, les salaires n'ont pas augmenté et les inégalités se sont creusées. Le patrimoine moyen des 90 % des foyers les moins riches aux États-Unis était au même niveau en 2012 qu'il était en 1986, selon l'étude des économistes Emmanuel Saez et Gabriel Zucman.
Du côté du marché immobilier, à l'origine de la crise, la barre s'est redressée très lentement. Nationalement, les prix n'ont toujours pas retrouvé leur pic de 2007. « Je pense que c'est une bonne chose, c'était une bulle » qu'on ne veut pas rééditer, estime Dean Baker. Selon le site d'évaluation immobilière Zillow, les prix des logements ne rejoindront leur sommet de mai 2007 qu'en avril 2017. Il y a eu quelque 5,36 millions de reventes de maisons en rythme annuel en octobre. Avant la crise, il s'en était vendu presque deux millions de plus.
Parmi les autres bénéficiaires de l'argent bon marché, le secteur automobile a « indubitablement » profité des prêts à taux zéro, soulignait récemment Charles Evans, président de la Fed de Chicago. La politique monétaire généreuse a soutenu la demande, aidée aussi par les bas prix du pétrole. Les ventes automobiles ont atteint en rythme annuel 18 millions de véhicules, un record.
À l'international, les pays émergents ont beaucoup profité de la politique à bas taux de la Fed qui a attiré vers eux les investisseurs en quête de placements plus rémunérateurs. Mais le retour de bâton a largement commencé, et les flux de capitaux s'échappent vers le dollar avec la perspective d'une hausse des taux américains.
Grand gagnant : le marché boursier
Un autre grand gagnant des largesses monétaires aura été le marché boursier, dont les indices ont presque triplé depuis leur plancher de 2009. Mais, pour Dean Baker, cet argument est « exagéré ». « Les prix des actions sont plus hauts parce qu'ils sont beaucoup tombés », rappelle-t-il alors que l'indice Dow Jones à Wall Street s'était écroulé de moitié entre fin 2007 et début 2009. « Où serait le niveau du marché s'il n'y avait pas eu de crise ? Probablement pas loin de ce qu'il est maintenant », affirme cet économiste.
Quant à l'inflation, elle ne s'est pas manifestée malgré l'inondation de liquidités comme le prédisaient les Cassandre. « La demande est trop faible. Nous ne sommes pas encore dans la situation inflationniste classique où trop d'argent court après trop peu de biens et de services », conclut Dean Baker.
Reste qu'en gonflant son bilan à 4 500 milliards de dollars en bons du Trésor et créances immobilières, la Fed est entrée en territoire inconnu et devra agir avec prudence pour assurer un retour à la normale sans à-coups.
Virginie MONTET/AFP

