Ces derniers mois, nous avons plusieurs fois noté que l'économie américaine montrait une disparité croissante entre, d'une part, un secteur industriel plombé par le dollar fort et l'effondrement du prix du pétrole et, d'autre part, un secteur des services dynamique. Les chiffres de crédit viennent en donner une nouvelle preuve. Les crédits industriels et commerciaux avaient été les premiers à rebondir en 2011, affichant des progressions annuelles à deux chiffres. En un an, le rythme s'est d'abord stabilisé puis a ralenti. À l'inverse, les prêts aux ménages sont en accélération (depuis des rythmes plus faibles). À plus de 5 % par an, les crédits à la consommation sont revenus sur la pente moyenne d'une phase d'expansion. La situation des prêts immobiliers est plus contrastée mais la tendance récente est également à l'amélioration. C'est dans ce contexte que la Fed va amorcer la fin de sa politique de taux zéro, ce qui marquera le début d'un cycle de hausse. Le crédit va-t-il faire les frais de ce changement de politique monétaire ? Au vu des précédents cycles, on serait tenté de répondre par la négative. L'expérience historique des années 1994/1995, 1999/2000 et 2004/2006 montre que les prêts aux ménages ont crû au même rythme, voire même un peu plus rapidement, durant la hausse des taux que l'année précédente. Mais pour la Fed, un autre épisode est plus frais dans sa mémoire et plus riche d'enseignement pour aujourd'hui. Vers la mi-2013, une communication malhabile concernant la fin du QE avait causé un fort rebond des taux longs en quelques mois (taper tantrum). On avait alors constaté un impact négatif très net, quoique temporaire, sur les ventes de maisons. La réaction des taux longs au début de la normalisation monétaire aura une grande importance pour les hausses de taux suivantes. La prudence est d'autant plus de mise que la situation de crédit des entreprises est plus fragile, en particulier dans les secteurs liés aux matières premières où les défauts s'accumulent. La remontée des spreads corporate est assez vive. Pour accompagner la hausse des taux, attendons-nous donc à un discours extrêmement dovish.
Cet article est réalisé par Fidus

