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Liban - Avocats

Le barreau de Tripoli en grève ouverte contre une « ingérence de la justice dans ses affaires »

Quatre-vingt candidats à l'ordre en situation d'échec ont été repêchés à l'examen. Suite à une plainte présentée par quatre anciens bâtonniers auprès de la juge des référés, les copies ont été mises sous scellés.

L'ordre des avocats du Nord est en grève ouverte, depuis hier, à l'appel du bâtonnier de Tripoli, Fahd Mokaddem. Ce dernier entend protester contre « l'intervention de la justice dans les affaires internes de l'ordre », « un grave précédent », comme il l'a affirmé lors d'une conférence de presse, précisant qu'il y a « des lignes rouges à ne pas dépasser » et qu'il ne se taira pas.
Cet appel à la grève « fait suite à une décision de justice de mettre sous scellés les copies des examens du barreau du Nord, après une demande présentée par 4 anciens bâtonniers du Nord, les avocats Fady Ghantous, Khaldoun Naja, Georges Tawk et Hassan Merhabi, auprès de la juge des référés, Joyce Akiki », confie à L'Orient-Le Jour l'avocat Georges Nakhlé, ancien commissaire du Palais de justice de Beyrouth. Me Fahd Mokaddem a donc invité « la justice à revenir sur sa décision illégale et injuste ». « Nous ne permettrons pas que cette dernière intervienne dans le travail de l'ordre, pas plus que nous ne permettrons qu'elle intervienne dans les affaires internes des ordres des professions libérales, et plus particulièrement celles qui nécessitent un examen d'entrée », a-t-il martelé à la presse.

 

Des résultats irrévocables
Le barreau de Beyrouth a tôt fait de se solidariser avec le bâtonnier de Tripoli et suspendu ses travaux hier, pour une journée, sur décision du conseil de l'ordre, en l'absence du bâtonnier Antonio Hachem qui se trouve à l'étranger. « Une décision prise à la va-vite », estime encore Me Nakhlé, notant « le refus de nombre d'avocats » de Beyrouth de cette décision. « Il est impensable d'arrêter la justice juste pour faire grève, dénonce-t-il. Cette décision est injuste pour toutes les personnes dont les audiences ont été encore une fois reportées. »
Applaudie par certains, la décision du bâtonnier Mokaddem est loin de faire l'unanimité à Tripoli aussi, où d'aucuns qualifient même « ce haririen » de « tête brûlée » et l'accusent d'avoir « fait réussir des candidats nettement en deçà du niveau requis, n'ayant même pas obtenu la moyenne de 9 sur 20 ». Elle montre surtout combien sont profondes les divisions au sein de la profession. Divisions qui prennent une tournure politico-confessionnelle, à l'heure où la profession est minée par le chômage. Divisions qui mettent aussi en exergue les pressions politiques exercées lors de l'examen du barreau, mais aussi celles exercées à l'encontre de la justice.


Dans les faits, 350 candidats ont présenté l'examen au barreau de Tripoli. Cet examen, en principe annuel, est en fait organisé tous les deux ans sur base du mandat de deux ans du bâtonnier de Tripoli, explique à L'OLJ un ancien bâtonnier qui tient à garder l'anonymat. Il précise que selon le règlement intérieur du barreau datant de 1978, « ce dernier est l'unique compétent dans les examens du barreau », « les résultats sont définitifs et irrévocables » et « la correction ne peut être mise en question ». « Seul peut être revu le décompte des points en cas d'erreur de calcul de la note finale », affirme-t-il encore.
Et d'indiquer que l'annonce des résultats de l'examen, dimanche soir, a provoqué un tollé, ce qui a poussé des représentants des avocats mécontents à présenter un recours auprès de la juge des référés. L'ancien bâtonnier regrette « cette division » au sein de l'ordre des avocats de Tripoli et assure qu'elle « n'a rien de politique ». « Elle est tout au plus personnelle », affirme-t-il. Faisant part de son respect pour le bâtonnier de Tripoli, il dénonce l'intervention de la justice dans les affaires de l'ordre et n'hésite pas à rappeler un précédent : « Il y a quelques années, la cour d'appel a pris une décision sans la présence nécessaire de deux membres du conseil de l'ordre. C'était illégal. »

 

Réussir avec moins de 9 sur 20
De son côté, l'un des signataires de la requête adressée à la juge Akiki, l'ancien bâtonnier Georges Tawk, explique la raison de cette démarche. « Normalement, la moyenne requise pour l'examen du barreau est de 11 sur 20. Mais à l'issue de la délibération, seuls quelques candidats ont obtenu cette note, ce qui a poussé le jury à baisser la moyenne nécessaire à 9 sur 20 pour être admis. Une nouvelle fois, 23 candidats seulement ont obtenu cette note. » Me Tawk se demande alors pourquoi 102 candidats ont été finalement admis. « Cela veut dire que 80 candidats en échec (avec une note inférieure à 9 sur 20) ont été repêchés et sélectionnés de sorte à satisfaire les politiciens », déplore-t-il, dénonçant « un partage du gâteau entre les différentes forces politiques du pays ». L'ancien bâtonnier regrette que l'ordre ait voulu mettre sur le marché « des avocats incompétents », « probablement des candidats qui ont échoué au barreau de Beyrouth et qu'on tente de transférer à Tripoli ». « Ce n'est pourtant pas dans son intérêt car la profession souffre de chômage, et l'ordre ne peut alimenter la caisse de retraites sans rentrées financières », souligne-t-il.
Alors que le bâtonnier de Tripoli poursuit sa grève ouverte avec l'aval du conseil de l'ordre, les quatre anciens bâtonniers de Tripoli et les avocats qui les soutiennent attendent la décision de la justice. « Si la justice se prononce en notre faveur, nous demanderons l'annulation définitive des résultats de l'examen du barreau du Nord et l'organisation de nouvelles épreuves. Mais si elle nous donne tort, nous l'accepterons et nous nous excuserons même », conclut Me Georges Tawk. Affaire à suivre.

L'ordre des avocats du Nord est en grève ouverte, depuis hier, à l'appel du bâtonnier de Tripoli, Fahd Mokaddem. Ce dernier entend protester contre « l'intervention de la justice dans les affaires internes de l'ordre », « un grave précédent », comme il l'a affirmé lors d'une conférence de presse, précisant qu'il y a « des lignes rouges à ne pas dépasser » et qu'il ne se taira pas.Cet appel à la grève « fait suite à une décision de justice de mettre sous scellés les copies des examens du barreau du Nord, après une demande présentée par 4 anciens bâtonniers du Nord, les avocats Fady Ghantous, Khaldoun Naja, Georges Tawk et Hassan Merhabi, auprès de la juge des référés, Joyce Akiki », confie à L'Orient-Le Jour l'avocat Georges Nakhlé, ancien commissaire du Palais de justice de Beyrouth. Me Fahd...
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