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Nos lecteurs ont la parole - Dr Sami-Paul Tawil

« Aimer la France »

Il est émouvant dans ces moments dramatiques que nous vivons de parler de la France, de sa langue et de la francophonie : mon exercice pourrait revêtir l'allure d'une déclaration d'amour que l'on fait à une femme qui vous a séduit par son fond et ensorcelé par ses formes. Je suis né au Liban en parlant français dans ce pays où la France a laissé son empreinte, en bâtissant des écoles, des universités, des hôpitaux et des centres culturels...
La France que j'aime n'est ni de droite ni de gauche, elle représente le pays qui a le plus essaimé aux quatre points cardinaux sa science, sa culture, sa langue et ses lois... La France que j'aime est universelle depuis les Encyclopédistes jusqu'à Sartre, de Pasteur à Luc Montagnier, de la Déclaration des droits de l'homme et des citoyens aux Médecins sans frontières...
À part la liberté, l'égalité et la fraternité, elle m'a enseigné la laïcité, elle m'a enseigné la médecine, elle m'a enseigné le français. « Il y a des langues plus faciles, il y a des langues plus pratiques, mais le français me donne ce plaisir intense de la finesse et de l'exactitude, de la souplesse et des contrastes, des fulgurances et de la tendresse. Lors de mon arrivée à Paris, j'ai été fasciné par cette capitale, par ces cinq mille hectares du monde où il a été le plus pensé, le plus parlé, le plus écrit, par ce carrefour de la planète où on a été le plus élégant, le plus libre et le plus révolutionnaire » comme le dit Édouard Azouri.
Au-delà de l'Hexagone, le monde nous réserve un capital de sympathie pour ne pas dire d'amour non évalué toujours à sa juste valeur.
Au lendemain des attentats, pas une seule ville qui compte dans le monde n'a manqué à son devoir de compassion et d'empathie en entonnant la Marseillaise et en projetant nos couleurs sur ses monuments historiques. L'Allemagne dans une de ses expressions déclare que l'on est « heureux comme Dieu France », John Kerry affirme que nous sommes historiquement les premiers alliés des Américains qui reconnaissent que nous excellons dans la création des parfums et de la haute couture, mais aussi dans la haute technologie. Le pavillon français à l'Exposition universelle de Shanghai a été le plus visité après celui de la Chine, et les Anglais ont investi des villages entiers du sud-ouest de la France et gardent précieusement sur leurs blasons les devises françaises « Dieu est mon droit » et « Honni soit qui mal y pense ». Enfin notre sœur l'Italie, par la voix de d'Annunzio, proclame : « France, sans toi, le monde serait si solitaire »...
Le pays de mes racines, le Liban, appelle la France « la tendre mère » et le général de Gaulle lui-même a prononcé un discours au Cercle de l'Union de Beyrouth – qu'on ne se lasse jamais de citer – et qui clame : « Les Libanais ont été le seul peuple dans l'histoire du monde qui, à travers les siècles, quelles qu'aient été les péripéties, le seul peuple dont jamais aucun jour le cœur n'a cessé de battre au rythme du cœur de la France. »
J'ai pris à la France un de ses biens les plus précieux : sa médecine qui est imprégnée de sa philosophie. Cette discipline allie en France la science à la conscience : le malade est le sujet de la maladie et non l'objet de l'investigation. C'est dire à quel point le respect de la vie humaine est sublimé : en plein état d'urgence, l'État de droit continue à régner en France jusqu'à, parfois, la limite du paradoxe. La France ne se limite pas à l'Hexagone. Elle est présente à travers la francophonie qui n'est pas uniquement une langue que l'on a en partage, mais aussi une fraternité commune à des peuples ayant une langue et une attente en commun.
La francophonie incarne une communauté de destin ouverte, tolérante, tournée vers l'action. Ce n'est pas un hasard si cinq grands hommes d'État musulmans et chrétiens, que peu de liens liaient a priori, aient collaboré à la naissance d'une idée, pour conserver des liens qu'une histoire et des références communes avaient créés autour d'une langue : le Sénégalais Senghor, le Tunisien Bourguiba, le Cambodgien Sihannouk, le Nigérien Hamani Diori et le Libanais Charles Hélou. Que la langue française ait été le dénominateur commun de cinq personnalités aussi différentes, de pays aussi disparates, souligne l'universalité de la langue française et de la France. Ce qui se passe aujourd'hui en France doit nous inciter à faire le tri entre le bon grain et l'ivraie : l'amalgame et la stigmatisation seraient encore plus désastreux que le mal qui nous assaille.
Le vrai islam est celui d'Avicenne enseigné à Montpellier, celui d'Averroes et du siècle andalou de Maimonide... et non celui de l'obscurantisme et de la haine, et du nihilisme.
L'identité et l'intégration de l'homme se forgent au gré de la trajectoire de sa vie, des influences culturelles dont il s'imbibe, des épreuves qu'il gère, du respect des devoirs et de la jouissance des droits que lui confère le pays où il a choisi de vivre. L'identité se forge aussi grâce aux passerelles entre la culture d'origine du sujet et sa culture d'adoption. Il serait suicidaire de s'enfermer dans une culture unique, à ce carrefour dangereux de l'histoire du monde, dans une citadelle culturelle fermée et frileuse comme l'écrit Amin Maalouf.
L'Europe moderne a su panser ses blessures et doit persévérer en contribuant à combattre la barbarie, sans pardon ni pitié. Aucune action ne paraît plus importante ni plus urgente parce qu'il est presque déjà trop tard.
Pour ma part, je m'y suis déjà employé dans mon dialogue des cultures en cultivant mes deux appartenances orientales et occidentales car le Liban de mes parents coule dans mes veines et la France de mes enfants bat dans mon cœur.

Dr Sami-Paul TAWIL
Professeur au Collège de médecine des Hôpitaux de Paris
Chevalier de la Légion d'honneur
Chevalier des Palmes
académiques
Prix de l'Académie française

Il est émouvant dans ces moments dramatiques que nous vivons de parler de la France, de sa langue et de la francophonie : mon exercice pourrait revêtir l'allure d'une déclaration d'amour que l'on fait à une femme qui vous a séduit par son fond et ensorcelé par ses formes. Je suis né au Liban en parlant français dans ce pays où la France a laissé son empreinte, en bâtissant des écoles, des universités, des hôpitaux et des centres culturels...La France que j'aime n'est ni de droite ni de gauche, elle représente le pays qui a le plus essaimé aux quatre points cardinaux sa science, sa culture, sa langue et ses lois... La France que j'aime est universelle depuis les Encyclopédistes jusqu'à Sartre, de Pasteur à Luc Montagnier, de la Déclaration des droits de l'homme et des citoyens aux Médecins sans frontières...À part...
commentaires (3)

Le Liban est le seul pays au monde où, par francophilie, on donne aux enfants des noms thypiquement français comme prénoms : Jeanne-d'Arc, França, Foch, Joffre, Clémenceau et, depuis 1940, De Gaulle. Quant au Cercle de l'Union à Beyrouth, il s'agit du Cercle de l'Union française où le général de Gaulle prononça le 27/7/1941 le célèbre "Discours aux Libanais" d'où est extraite la fameuse phrase ci-dessus : "Les Libanais ont été..."

Annie

11 h 34, le 10 décembre 2015

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Commentaires (3)

  • Le Liban est le seul pays au monde où, par francophilie, on donne aux enfants des noms thypiquement français comme prénoms : Jeanne-d'Arc, França, Foch, Joffre, Clémenceau et, depuis 1940, De Gaulle. Quant au Cercle de l'Union à Beyrouth, il s'agit du Cercle de l'Union française où le général de Gaulle prononça le 27/7/1941 le célèbre "Discours aux Libanais" d'où est extraite la fameuse phrase ci-dessus : "Les Libanais ont été..."

    Annie

    11 h 34, le 10 décembre 2015

  • Thomas Jefferson (1743-1823) troisième président des Etats-Unis, avait dit : "Tout homme a deux patries, la sienne et puis la France".

    Annie

    19 h 33, le 09 décembre 2015

  • Merci Mr. Le professeur. pour moi c une benediction des dieux d'avoir etudier et vecu en France.

    Houri Ziad

    13 h 52, le 09 décembre 2015

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