Amine Gemayel a présenté hier ses condoléances au général Michel Aoun.
L'ancien président Amine Gemayel s'est rendu hier à Rabieh auprès du chef du bloc parlementaire du Changement et de la Réforme, Michel Aoun, pour lui présenter ses condoléances après le décès de son frère. Si la circonstance était sociale, la conversation était éminemment politique. Elle s'est articulée comme on peut le deviner autour de la présidentielle.
On apprend de sources informées que le général Aoun n'a pas caché son mécontentement face à l'arrangement politique que le chef du courant du Futur, Saad Hariri, essaie de défendre pour débloquer le dossier de la présidentielle et dont un des volets porte sur l'élection du chef des Marada, Sleiman Frangié, à la tête de l'État. Devant Amine Gemayel, il a réaffirmé qu'il se considère lui-même comme un candidat de compromis, au moment où l'ancien chef des Kataëb défendait pour sa part l'idée d'une entente autour d'un programme qui permettrait aux pôles politiques chrétiens de choisir un candidat de compromis.
Dans une déclaration à la presse à sa sortie de Rabieh, M. Gemayel a souligné la difficulté de la situation actuelle. « Il semble que la situation ne soit pas mûre à l'heure actuelle, mais les dirigeants libanais ne doivent pas laisser le pays dans cet état, avec des jeunes qui ne songent qu'à émigrer et une déliquescence qui risque de devenir irréversible si nous ne nous y attaquons pas dès à présent. »
Se disant « ouvert à toutes les propositions de solution », M. Gemayel a indiqué, en réponse à une question, que l'arrangement dont il est question depuis quelque temps n'a pas été soumis aux Kataëb. Il a insisté particulièrement sur l'élection d'un président de la République « conformément à un programme clair dans lequel la souveraineté du Liban et les constantes nationales sont confirmées ».
L'ancien président a jugé, dans ce cadre, « nécessaire une rencontre (entre les dirigeants chrétiens) pour parvenir sans tarder à une solution ». « Les dirigeants chrétiens doivent coopérer avec tous les leaderships du pays pour essayer de dégager un dénominateur commun pouvant constituer une base pour sauver le pays) », a-t-il encore dit.
L'ancien président a insisté sur le fait que des solutions ne peuvent pas être imposées aux Libanais, avant de plaider en faveur d'un dialogue entre toutes les parties. « Le vide sera mortel pour tous. Il n'épargnera personne », a averti M. Gemayel.
Il s'est dit favorable à une rencontre entre les quatre pôles politiques à Bkerké, mais a indiqué que le patriarcat maronite n'a pas encore pris l'initiative d'en convoquer une.
M. Gemayel a invité les dirigeants politiques, notamment chrétiens, à « procéder à une autocritique », jugeant qu'« il n'est pas permis de jeter la balle dans le camp opposé ». Selon lui, le problème « ne porte pas sur une personne ». « Nous respectons tous les leaderships et notamment Sleiman Frangié », a poursuivi l'ancien président avant de mettre l'accent sur l'importance de s'entendre sur un programme commun ou des solutions qui peuvent faciliter l'élection d'un président. Il a fait état d'une « multitude de dialogues engagés tantôt de façon publique, tantôt loin des feux de la rampe » et qui pourraient, selon lui, déboucher sur la solution requise pour en finir avec le vide présidentiel.
Safadi à Rabieh
Le général Aoun a également reçu la visite du député Mohammad Safadi qui a exprimé par la suite l'espoir que les Libanais « finiront par prendre conscience de leur intérêt et élire un président voulu par la majorité d'entre eux ». Interrogé au sujet du compromis proposé, il a fait remarquer qu'« il reste au stade de suggestion et qu'il y a eu dans le passé plusieurs propositions de solutions de compromis ». « Je respecte Sleiman Frangié et Saad Hariri mais ce compromis n'est pas le premier », a-t-il insisté.
Au journaliste qui lui faisait remarquer que l'élection de Sleiman Frangié à la tête de l'État semble inévitable, Mohammad Safadi a répondu : « Inévitable si une unanimité se forme autour de lui, or jusqu'à ce jour, celle-ci fait défaut. » « La position chrétienne est fondamentale dans ce contexte », a observé le député de Tripoli.


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11 h 12, le 09 décembre 2015